Sicile : escapade en solo pour une femme célibataire
La Sicile est l’une de ces îles mythiques et romantiques qu’on imagine devoir explorer en amoureux, n’est‑ce pas ? N’importe quoi. On peut s’y rendre seul et vivre une liaison amoureuse avec l’île elle‑même. C’est une autre romance méditerranéenne.
SICILE – J’ai découvert Rome pour la première fois il y a huit ans. Je ne pensais pas tomber amoureuse de cette ville folle, mais c’est arrivé. Trois ans plus tard, j’ai dit arrivederci à Los Angeles et j’ai déménagé en Italie. Mes collègues pensaient que j’étais folle d’abandonner une carrière cinématographique pour partir à l’étranger, mais cinq ans plus tard, je suis une ancienne cadre hollywoodienne qui se consacre à la décoration et à l’écriture. Et mon histoire d’amour avec l’Italie continue, même les jours où la ville me met à rude épreuve.
J’ai toujours eu un faible pour les îles – peut‑être parce que je suis née à Manhattan, île, et que mes parents sont originaires de Saint‑Martin. Alors pourquoi ai‑je mis tant de temps à me rendre en Sicile, l’île italienne dont mes amis ne cessent de parler ? C’était une véritable injustice que je devais corriger immédiatement.
Mon premier arrêt fut Salina, la petite île des Aeoliens. Le trajet fut un vrai calvaire, mais une fois arrivée, chaque avion, train et voiture en valaient la peine. J’avais attrapé le virus sicilien et je voulais en voir davantage.
J’ai donc organisé un voyage de quatre jours sur la côte est de la Sicile pendant le week‑end de Thanksgiving, après avoir terminé un important projet de design d’intérieur. Avant mon départ, tout le monde me demandait avec qui j’allais partir. En atterrissant à l’aéroport de Catane, je me suis demandé « peut‑être que je me trompe ». Partir seule dans un hôtel boutique isolé, entouré de quarante acres de jardins et de terres agricoles, sans amis en Sicile et sans télévision pour me distraire ? Était‑ce une bonne idée ?



Photos de l’hôtel, gracieuseté de Monaci delle Terre Nere.
MON AMOUR COMMENCE DANS LA CHAMBRE
J’ai découvert Monaci delle Terre Nere dans Architectural Digest. L’hôtel se trouve près du petit village de Zafferana, sur les pentes du mont Etna. La villa offre une vue imprenable sur la mer d’un côté et sur l’Etna de l’autre.
Le propriétaire, Guido Coffa, a quitté une carrière d’ingénieur à l’étranger pour restaurer le monastère construit au XIXᵉ siècle. Avec sa compagne de longue date, Ada Calabrese, ils ont mis cinq ans à transformer ce lieu en un espace chaleureux et magnifique. (Ne manquez pas leur petit livret noir sur Catane dans Fathom.) Les intérieurs mêlent éléments d’origine, mobilier sur‑mesure d’artisans locaux et pièces modernes de marques italiennes haut de gamme comme FLOS et Italia B&B. La plupart des œuvres sont signées par l’artiste franco‑brésilien Olivier Mourão.
J’ai séjourné dans la Suite Fresco, dotée d’une cheminée dans le salon et d’un balcon donnant sur la mer. Le design d’intérieur ne se résume pas à la forme et à la fonction ; il crée une émotion. Des fleurs fraîches, une machine à écrire vintage Remington et les œuvres d’art font de cette suite le lieu où je devais être. La chambre abrite l’une des pièces préférées de Mourão, que Guido a mis neuf ans à convaincre l’artiste de vendre.
La cuisine du Monaci est exceptionnelle. La cheffe locale Rossella Ragonese, originaire de l’Etna, cuisine avec des produits de saison, souvent issus du domaine même. (Monaci est l’un des trois hôtels siciliens certifiés Eco‑Bio : recyclage, compostage, etc.)

Pâtes au Monaci. Photo : Arlene Gibbs
Chaque soir à 18 h, un apéritif est servi dans la salle principale, l’endroit idéal pour se détendre devant une grande cheminée, avec des vins d’Etna et des amuse‑bouches comme fromages locaux et miel. (Je ne savais pas que l’Etna était l’une des plus grandes zones productrices de miel d’Italie.) L’atmosphère est très conviviale : j’ai rencontré des habitants et d’autres voyageurs, dont un couple américain en lune de miel, une réalisatrice italienne et son mari sommelier américain, ainsi qu’un dentiste italien au physique de top‑model. Nos conversations ont abordé les sujets tabous du dîner américain – politique, sexe, religion – qui dominaient nos échanges. Personne ne s’est demandé pourquoi j’étais seule.
La première nuit, j’ai entendu le tonnerre. Aseleh, une employée, transportait du bois de chauffage jusqu’à ma chambre et m’a pressée d’aller à l’arrière de la villa. Ce n’était pas du tonnerre, mais le mont Etna qui éclatait. Une éruption !
Habituellement, je m’obstine à contrôler l’incontrôlable, mais face à la lave, j’ai choisi de profiter du moment. Voir la lave jaillir derrière la villa était surréaliste. L’Etna s’était déjà réveillé la semaine précédente, mais une activité aussi intense reste rare. Le soir, je me suis couchée en continuant d’admirer le spectacle.

Fontaine de l’Éléphant sur la Piazza Duomo. Photo : Leandro Ciuffo / Flickr

Cathédrale Sainte‑Agathe. Photo : Allie Caulfield / Flickr
Le Monaci constitue une base idéale pour des excursions d’une journée le long de la côte est, vers Catane, Taormine et le mont Etna.
CATANE
Piazza Duomo, au cœur de la ville, est l’une des plus belles places. Au XVIIᵉ siècle, une éruption et un séisme ont dévasté la ville, et la majorité des bâtiments ont été reconstruits dans le style baroque.
La cathédrale Sainte‑Agathe possède de grands échafaudages au-dessus de l’autel, mais cela ne décourage pas la visite ; elle vaut le détour. En face se dresse la Fontaine de l’Éléphant, un imposant obélisque égyptien posé sur un éléphant au sourire… pour le moins psychotique.
On m’a averti que le marché aux poissons près de la Piazza Duomo était un lieu propice aux pickpockets. J’ai ignoré l’avertissement. Je n’ai pas été volée et le marché était l’un des plus fascinants que j’aie vus, rempli d’espèces de poissons inconnues. Les cris des poissonniers ressemblaient à un mélange entre une opéra de Rossini et le rap de Kanye sur Late Registration. Un incontournable, sauf si vous détestez le poisson – ce qui serait étrange pour une île réputée pour ses fruits de mer.
J’ai déjeuné au Pescheria Fratelli, un petit restaurant convivial au cœur du marché. J’ai goûté un poulpe nappé d’une sauce tomate à la fois sucrée et acidulée. Je ne suis pas fan de poulpe, mais j’ai tout dévoré.
TAORMINE
En montant le bus vers la ville perchée, j’ai remarqué d’immenses tas de terre noire. C’était de la cendre volcanique provenant de l’Etna, déposée lors de l’éruption de la semaine précédente. Les commerces étaient encore en train de nettoyer. Impressionnant.
Taormine est très touristique, même hors saison ; le Corso Umberto I était bondé de visiteurs de croisières américaines. Allez-y quand même : le spectacle en vaut la peine.

Théâtre grec. Photo : Luca Galli / Flickr
Théâtre grec : construit au IIIᵉ siècle av. J‑C. par les Grecs et agrandi au IIIᵉ siècle ap. J‑C. par les Romains. Des concerts y sont organisés en été, avec une vue à couper le souffle.
Piazza Duomo : au cœur de la petite place se trouve une fontaine baroque représentant un centaure, symbole de Taormine. À proximité, l’église San Nicola (ou Cathédrale de la Forteresse) du début du XVe siècle mélange influences arabes, renaissance, gothique et baroque.
Pasticceria Etna : ma gourmandise m’a presque fait perdre connaissance. Je dois revenir à Taormine uniquement pour leurs biscuits viennois à la confiture.

Piazza IX Aprile. Photo : Allie Caulfield / Flickr
Piazza IX Aprile : terrasse emblématique au pavage noir et blanc, cœur de Taormine. Idéale pour le people‑watching, avec vue sur l’Etna et la mer Ionienne, et entourée de la bibliothèque (ancienne église Saint‑Augustin), de l’église Saint‑Joseph et d’œuvres d’art contemporain.
Hôtel Metropole : grand hôtel près de la Piazza IX Aprile, ranimé en 2011 après 40 ans de fermeture. Offrant les mêmes vues spectaculaires, sa terrasse extérieure est un lieu branché pour l’apéritif. Le restaurant, dirigé par le chef Andreas Zangerl (ex‑Casa Grugno, restaurant Michelin), propose un service irréprochable.
Hello, Stranger : sur le chemin du déjeuner, un élégant homme d’âge mûr a engagé la conversation en italien rapide. Je ne comprenais pas, mais il m’a réinvité à déjeuner avec son ami. J’ai décliné poliment pour ne pas manquer mon bus.
De retour à Rome, une amie expatriée m’a rappelé que j’aurais dû accepter. Elle a rencontré son mari dans un supermarché, alors peut‑être que je devrais écouter davantage les conseils. Le flirt en Italie fut un choc culturel à mon arrivée : les hommes abordent directement, ce qui était nouveau pour moi.

Si vous plissez les yeux, vous pourriez apercevoir la montagne. Photo : Arlene Gibbs
LE MONT ETNA
L’Etna, plus haut volcan actif d’Europe et deuxième au monde, était au programme de mon hôtel. Un guide local, Daniele, nous a emmenés explorer une grotte où nous avons reçu casque, lampe torche et doudoune. Après la visite (des chauves‑souris y vivaient), nous avons poursuivi l’ascension.
Le sentier était soudainement couvert de neige. Nous avons attendu le téléphérique pour gagner de l’altitude, partageant le trajet avec deux autres hommes – l’un de Catania, l’autre du Japon – tous deux cardiologues. Malgré ma peur du vide, ils m’ont rassurée en murmurant « tranquilla, tranquilla », tout en m’apprenant quelques expressions locales en catalan, que je promets de ne jamais prononcer en public.
Au sommet, à plus de 2 500 m, le vent glacial et la visibilité nulle rendaient l’expérience irréelle. J’aurais voulu me pincer le nez, mais mes doigts étaient engourdis.
Daniele, récemment devenu père d’une petite fille, voulait rentrer rapidement afin de revoir sa famille. En redescendant, nous nous sommes arrêtés au Rifugio Sapienza pour un espresso. Les murs affichent des photos de l’éruption de 2002, lorsque d’énormes coulées de lave ont traversé le restaurant sans le détruire – un mystère.
ARRIVEDERCI
En disant adieu aux équipes du Monaci, j’ai réalisé que, prise par le plaisir, j’avais oublié que j’étais seule. Tellement de bonheur que je prévois de louer un logement là‑bas cet été.
La Sicile est très romantique, mais pas uniquement réservée aux couples. Elle séduit les amateurs de gastronomie, de vin, d’art, de culture, de paysages, de volcans, d’histoire, de gens charmeurs, de glaces, d’oranges sanguines, de routes sinueuses que même le GPS ne déchiffre pas.
Je suis revenue à Rome un dimanche soir. Plus jamais. L’avion était plein, le couple à côté n’arrêtait pas de s’embrasser. Le PDA italien me surprend toujours, même après cinq ans. Mais au lieu d’être agacée, je pensais « Ah, l’amour ». La Sicile a cet effet.
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