Amagansett, l'Anti‑Hamptons
Voyage à Amagansett
J’ai quitté New‑York à bord d’un train climatisé, assez frais pour garder le flétan intact. Coiffé d’un bonnet en laine, je me dirigeais vers Amagansett, un coin des Hamptons que je découvrais tout juste. À chaque arrêt, l’atmosphère se faisait plus détendue : moins de seersucker, plus de shorts de bain à l’arrivée.
Le cottage de mon ami se trouvait à mi‑chemin entre la gare et la plage, à environ dix minutes de marche. J’aime explorer les lieux à mon propre rythme ; parcourir lentement les arbres et l’architecture d’Amagansett suscite en moi un désir de rester éternellement. Ici, la seule urgence est d’attraper le coucher du soleil avant qu’il ne disparaisse.
Nous avons donc couru après le crépuscule, le ciel affichant une combinaison de couleurs impossible. La soirée s’est terminée par un benefit et une vente aux enchères d’art silencieuse à Montauk, où le DJ Big Drop a fait danser les convives détendus. Le lendemain, nous avons débuté avec un jus de carotte pressé à froid chez Jack’s. L’auteur John Pollack lisait le journal, son livre sur les bateaux en liège reposait sur l’étagère derrière lui, sous le drapeau américain bien en vue.
Malgré mon expérience de la vie côtière, la plage d’Amagansett m’a surpris. Non pas parce que l’eau était parfaite – elle l’était – ou que les maisons étaient charmantes – elles l’étaient – mais parce que les habitants étaient d’une forme physique impressionnante. Contrairement aux clichés, j’y ai vu des pères musclés aux abdos découpés et des mères aux fesses défiant la gravité, une concentration d’athlètes que l’on ne trouve même pas aux triathlons.
Nous avons visité le phare de Montauk l’après‑midi, en passant devant l’ancienne ferme à poisson et une barge transformée en école d’art. Tout semblait parfaitement à sa place. À côté du phare, une grande banderole PowerBar annonçait le 16ᵉ Triathlon du Montauk Point Lighthouse. Ironiquement, le sport et l’art se côtoient partout.
Dans le centre‑ville, nous avons retrouvé des amis de la côte Ouest lors d’une ouverture d’exposition. Ils nous ont parlé d’une immense foire d’art dans un hangar d’aéroport. Talons hauts et sandales se mêlaient paisiblement, éclipsant même les œuvres, dont une sculpture hilarante d’un jeune Christopher Walken sur une balançoire.
En regagnant New‑York le jour suivant, l’unicité d’Amagansett s’est confirmée. En traversant Bridgehampton, l’effervescence touristique et commerciale est bien plus visible. Amagansett offre moins de consommation, mais bien davantage d’expériences à vivre.
De retour sur la côte Ouest, l’architecture d’Amagansett me manque. Je regrette ce que je ne peux qualifier que d’énergie ancestrale. Amagansett semble être là depuis toujours, plus salée, et 48 heures ne suffisent jamais à en saisir toute la saveur.
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