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Descente du Rio Marañón

Une aventure méconnue au cœur du bassin amazonien

Alors que les sentiers de randonnée sud‑américains sont souvent envahis de touristes, la zone où le Rio Marañón dévale les Andes pour rejoindre le bassin amazonien reste largement préservée. Rocky Contos, fondateur de l'association Sierra Ríos, souhaite à la fois faire découvrir ce fleuve majestueux et créer des revenus durables pour les villages isolés des Awajún, un peuple réputé pour son hostilité envers les étrangers.

Emil Carlsson, guide suédois expérimenté en rafting (Uganda, Islande, Népal, Écosse, États‑Unis), a rejoint l'expédition de Contos au début de l'année. Il a rapidement compris que gagner la confiance de cette tribu requiert du temps et du respect.

Le Rio Marañón, source hydrologique de l'Amazone

Le Rio Marañón fournit le plus grand volume d'eau à l'Amazone. L’expédition de janvier‑février a été la première tentative de descendre le fleuve à haut débit, alors que la saison des pluies pérennisait des rapides colossaux et en effaçait d’autres.

Dans sa partie supérieure, le cours d’eau s’enfonce dans un canyon comparable au Grand Canyon américain. Cette région, ainsi que les villages riverains, risquent d’être submergés si les vingt barrages prévus le long du fleuve sont construits. Sierra Ríos et International Rivers militent pour protéger ce « serpent d’or », surnom donné au Marañón dans le roman de Ciro Alegría, La Serpiente de Oro.

Des rapides aux « pongos » de la jungle

Après avoir franchi le canyon avec quelques embarcations renversées, le groupe a pénétré la jungle, où il a dû apprivoiser les « pongos », des rapides de forêt aux caractères uniques. Fatigués, les participants ont dû affronter des rapides violents, des maux de ventre et la chaleur accablante.

Rencontre avec les Awajún

Les Awajún (ou Aguaruna) sont une tribu guerrière qui n’a jamais été soumise par les Incas ni par les conquistadors espagnols. Aujourd’hui, ils font face aux menaces des oléoducs et des bioprospecteurs. En 1995, deux navigateurs américains ont été attaqués sur les rives du Marañón : Patchen Miller a été abattu, Josh Silver a survécu en sautant dans le fleuve. Le crime n’a jamais été élucidé, mais on soupçonne des membres d’Awajún en état d’ébriété.

Des rumeurs circulent dans les villages, évoquant enlèvements d’enfants, prostitution et même trafic d’organes. Contos a lui‑même vécu une menace lorsqu’un homme, armé, l’a interrogé sur la localisation des enfants. Cette atmosphère de méfiance nécessite une approche patiente et respectueuse.

Construire le dialogue

Contrairement aux conseils donnés aux victimes de la décennie précédente, Contos privilégie le dialogue avec les villages Awajún, estimant que cela augmente les chances d’une traversée sûre. Ainsi, à Nahém, premier village visité, les habitants ont accueilli chaleureusement les randonneurs, observant curieusement les équipements comme le système de lavage à la main.

Le matin suivant, les voyageurs ont offert des cadeaux aux enfants – notamment un nouveau ballon de football – et ont discuté du projet de barrages avec le chef (apu) Eusebio. Après un match de football où les villageois ont triomphé, Eusebio et son petit‑fils ont rejoint l’expédition pour la dernière étape, espérant apaiser d’éventuelles tensions.

En approchant du deuxième village, Yupicusa, les tentatives de communication téléphonique sont restées sans réponse. Contos a expliqué aux habitants qu’ils étaient des touristes opposés aux barrages et qu’un futur commerce touristique pourrait profiter à la communauté, à condition de prendre le temps nécessaire.

Le discours de Luciano Troyes, conservateur péruvien, a détendu l’atmosphère, et les participants ont partagé un moment de convivialité lorsque les villageois ont appliqué sur leurs visages une pâte rouge à base de graines d’achiote.

La traversée nocturne et la tension croissante

Alors que le crépuscule tombait, le groupe a dû repartir rapidement pour rejoindre le camp prévu à cinq kilomètres en aval. Des habitants ont commencé à les suivre le long du sentier, brandissant des pierres et des cris menaçants. Contos a tenté d’expliquer à nouveau leur statut de touristes, mais la méfiance persistait.

Des lances traditionnelles (lanza) ont été lancées depuis les rives, les canoës amazoniennes se sont rapprochés, et les randonneurs ont dû manœuvrer habilement pour éviter les collisions. Après quelques échanges en espagnol, les Awajún ont finalement compris leurs intentions et les ont laissés passer jusqu’au camp, où ils ont été accueillis le lendemain matin par un groupe de jeunes curieux partageant café et fruits frais.

Vers un tourisme durable

Avec le temps, la confiance et le dialogue, il devient envisageable d’établir un petit circuit touristique qui ne nuirait ni à la tribu, ni aux visiteurs, ni à la jungle. Cette aventure montre que le respect mutuel peut ouvrir la voie à une coexistence harmonieuse le long du Rio Marañón.

Descente du Rio Marañón

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