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Limites du Nord

Départ au crépuscule arctique

Il est 3 h du matin le 10 juillet, nous venons de déposer nos packrafts sur le rivage de l’océan Arctique. Sous le soleil de minuit, nos horloges internes semblent suivre le rythme d’une autre planète. Sans variation d’angle solaire, chaque jour s’allonge, la marche sur le sable devient hypnotique, l’horizon se métamorphose sans cesse. Nous sommes poussés à avancer bien au‑delà du dîner et du coucher, guidés par les caprices du Nord.

Le delta du Mackenzie, un enfer de moustiques

Nous avons commencé notre journée il y a seize heures, mais nous avons l’impression d’avoir vécu une semaine entière. C’est la fin d’un slog infernal à travers le delta du Mackenzie. Pendant près de deux semaines nous avons pagayé dans un labyrinthe de rivières et de marais, combattant vents contraires, moustiques et notre propre découragement. En plein été arctique, les moustiques règnent en maîtres : ils envahissent nos repas, nos vêtements, nos sacs de couchage et même nos chaussures, masquant le chant des oiseaux et le bruit de l’eau. Nous avons dû nous contenter d’un petit‑déjeuner froid, de flocons d’avoine à peine réhydratés et de café instantané, abandonnant toute prétention de volonté. La désespérance était notre unique moteur.

Un trajet de 4000 miles à pied et à la rame

Nous avions prévu, depuis mars 2012, de parcourir près de 4000 miles sans routes ni sentiers, en combinant rame, ski, packraft et marche. Il fallait maintenir une moyenne de plus de 40 km par jour pour atteindre l’Arctique en six mois. Après le passage du Inside Passage, la traversée de plusieurs chaînes de montagnes, nous nous retrouvions face à un problème inattendu : une armée de moustiques et de boue collante qui menaçait de nous faire échouer au point le plus bas du voyage. Le delta du Mackenzie était inévitable, mais il fallait l’accepter. Nous avons donc continué, en alternant marche sur les bandes herbeuses et traversées en raft des innombrables étangs.

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Le premier regard sur l’océan Arctique

En fin de soirée nous avons atteint le bout de la terre, où un faible talus de terre se jetait dans l’eau silty. L’impression était celle d’une ascension du sommet d’un Himalaya. Le vent marin a enfin éloigné les moustiques, nous permettant de respirer sans être assaillis. Le ciel s’est ouvert en un million de nuances de bleu. Au loin, des points blancs se sont révélés être des cygnes glissant paisiblement sur l’eau. Nous avons compté des dizaines de ces oiseaux, tandis que le sol était tapissé d’une herbe néon et de petites saxifrages aux cinq pétales roses. Plus de 200 miles au‑nord du cercle arctique, nous avions trouvé un havre côtier vibrant de vie.

Rencontre avec l’ours

Absorbés par les fleurs, nous avons remarqué une bosse brune au loin. En levant nos jumelles, nous avons découvert qu’il s’agissait d’un ours brun massif qui s’avançait vers nous. La panique initiale a vite laissé place à la réalisation que l’animal était plus effrayé que nous. En moins d’une minute, nous sommes passés de l’admiration des fleurs à la confrontation avec un grizzli de 400 kg. Heureusement, l’ours a finalement décidé de rebrousser chemin, nous laissant reprendre notre souffle.

La tempête soudaine

À peine avions‑nous digéré la rencontre qu’un orage violent a éclaté. Des éclairs zébraient le ciel, le tonnerre grondait, et une pluie glacée commençait à fouetter nos visages. Nous nous sommes abrités sous un énorme tronc d’arbre mort, le même qui avait attiré l’ours. Pendant deux heures, nous avons résisté aux rafales, le visage collé aux parois de la tente. Puis, tout aussi rapidement que la tempête était arrivée, elle s’est dissipée, laissant place à un paysage féerique : des gouttelettes scintillantes sur la végétation, le soleil et la lune partageant l’horizon, et une mer calme comme un miroir.

Limites du Nord

Découverte d’une carcasse de phoque

Affamés et assoiffés, nous avons trouvé un feu et découvert une carcasse de phoque, fraîchement dévorée par l’ours. Le site était entouré de traces de fouilles, de terre retournée et de restes en décomposition. Nous avons compris que l’animal était revenu pour se nourrir, mais il était déjà parti.

Moose flottants dans le Beaufort

Alors que nous reprenions notre route sur l’eau, deux énormes corps bruns ont émergé à plus d’un quart de mile du rivage. Des orignaux, avec leurs cornes, nageaient dans l’océan Arctique ! Ils nous ont suivis pendant près d’un kilomètre, nous forçant à pagayer avec force pour rester devant eux. Finalement, nous avons supposé qu’ils étaient simplement curieux, mais la situation restait surréaliste.

Fin de la journée sur le littoral

Épuisés, nous avons trouvé un petit bassin d’eau non‑salée, l’avons bu, puis installé un camp de fortune. Nous avons fait cuire des pâtes au feu de bois, observé une mouette glaucous perchée sur un tronc, et réalisé que ce poteau était en fait une antenne du système DEW (Distant Early Warning) de la Guerre froide. Le paysage, dépourvu d’arbres, semblait être le bout du monde.


Notes de voyage
  • Dartmoor

    Ceci est le deuxième volet de notre série sur la cueillette et la cuisine sauvage explorant différents paysages et ingrédients au Royaume-Uni. Pour suivre les itinéraires et obtenir plus didées, visitez Viewranger.com.La brume saccroche encore aux murs tapissés de lierre qui encadrent notre voiture tandis que nous avançons prudemment dans les ruelles étroites du Devon. En traversant un petit village, je constate que le paysage et le rythme de vie nont guère changé depuis que jai vécu et travaill

  • Orizaba

    Introduction Pour fêter le lancement du nouveau Sidetracked Volume Seven, nous publions en ligne une histoire tirée de chaque précédent numéro. Dans ce récit du Volume One, Luc, Jim, Steve et Todd ont voyagé jusqu’à Mexico, acheté des vélos bon marché, parcouru 225 km, gravé le Pico de Orizaba – le plus haut sommet du Mexique – puis descendu à la pagaie sur 130 km jusqu’au golfe du Mexique. Le départ de Mexico JIM : Packrafts enroulés comme des burritos et attachés aux guidons, nous roulons ver

  • Au-delà

    Départ dÉdimbourg Nous partons à la recherche de l’ailleurs, au‑delà des limites de la ville, des Trossachs, du vaste Rannoch Moor et des montagnes. Notre plan était simple : marcher, voir, apprendre, manger, dormir, observer, écouter et rire. Un week‑end de randonnée, de bons repas et de camping, avec pour destination le bothy « Lookout », perché sur les falaises nord de l’île de Skye, réputé comme le plus spectaculaire d’Écosse. Après le vol, les formalités à l’aéroport, le ramassage de la voi