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Orizaba

Introduction

Pour fêter le lancement du nouveau Sidetracked Volume Seven, nous publions en ligne une histoire tirée de chaque précédent numéro. Dans ce récit du Volume One, Luc, Jim, Steve et Todd ont voyagé jusqu’à Mexico, acheté des vélos bon marché, parcouru 225 km, gravé le Pico de Orizaba – le plus haut sommet du Mexique – puis descendu à la pagaie sur 130 km jusqu’au golfe du Mexique.


Le départ de Mexico

JIM : Packrafts enroulés comme des burritos et attachés aux guidons, nous roulons vers le soleil levant. Le premier nid-de-poule déloge le guidon de ma tige et le fait tourner. Nous avions prévu d’offrir nos vélos au confluent du Rio Antigua, alors nous avions choisi les plus bon marché, espérant que notre savoir‑faire mécanique nous permettrait de les maintenir en état. Nous achetons une vis adaptée pour la tige, puis remplaçons celle de Fassbinder. Une manivelle ne se serre pas, le pneu arrière se fissure puis éclate à quelques kilomètres. Nous nous arrêtons sans cesse pour réaligner les pièces de pacotille et resserrer les boulons. Le voyage s’annonce difficile…

LUC : Nous nous retrouvons à l’aéroport international de Mexico‑City. Mehl, Tumolo et Fassbinder se distinguent facilement : ils portent chacun le seul jeu de vêtements qu’ils ont apporté, des pantalons techniques et des chaussures de trail, loin des costumes et mocassins des passagers. Le trafic à Mexico‑City étant trop dangereux, nous prenons le bus direct pour Puebla où nous chargeons nos vélos d’occasion et notre matériel lourd.

JIM : Entre les semi‑remorques et les bordures hautes, je slalome autour d’un chien mort, puis d’un autre, puis d’une douzaine de carcasses. La fréquence des morts d’animaux devient notre baromètre de dangerosité. Les voies sont étroites, nous nous cantonnons aux accotements, grimpant à petit pas sur des sables mouvants. Lorsque nous bifurquons sur une route plus calme, le soulagement est immédiat.

Ascension du Pico de Orizaba

Le chemin grimpe doucement vers le Pico de Orizaba. Son triangle brumeux se transforme en pyramide blanche à l’approche de la ville de Tlachichuca. Le revêtement s’arrête à plus de 3 000 m d’altitude, mais la montée se poursuit sur une route cahoteuse recouverte d’une fine couche de cendres volcaniques. En sueur, nous attirons les tourbillons de cendres qui s’élèvent à chaque coup de pédale.

STEVE : Nous avançons dans la pénombre, la route étant escarpée, poussiéreuse et sablonneuse. La fatigue nous fait trébucher sur les pierres et glisser sur la poussière. Nous nous réfugions dans les bois où un groupe de jeunes médecins nous accueille. Ils apprécient nos guides barbus d’Alaska, et nous partagent la dernière bière disponible avant de camper sous les étoiles, nos vélos chargés appuyés contre les arbres.

Le lendemain, du campement à 3 500 m, nous gravissons la route jusqu’au refuge Piedra Grande à 4 260 m, avec des pentes atteignant 15 %. En regardant les villages en contrebas, nous prenons conscience du chemin parcouru.

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Au sommet

JIM : À 4 260 m, nous nous appuyons contre le refuge Piedra Grande, déverrouillons nos piolets qui ont tinté nos cadres pendant 70 miles. Un sentier part du refuge, monte à travers le talus jusqu’au glacier qui coiffe le cône d’Orizaba. Mehl, Tumolo et Fassbinder ont confectionné des guêtres isolées à partir de vestes d’enfants usées, couvrant leurs chaussures de course sous les crampons. Le matin, nous atteignons le sommet à 9 h, profitons du soleil et observons les nuages de fumée noirs qui s’élèvent des villages en contrebas. La vue contraste entre les champs arides à l’ouest et la jungle luxuriante à l’est.

Descente épique

STEVE : Le refuge grouille de monde, mais nous profitons de l’audience pour vendre nos piolets et une paire de crampons à prix réduit. Puis l’heure de la descente arrive.

LUC : Nous entamons la descente la plus incroyable de nos vies. J’ai choisi un itinéraire sur la base d’images satellite peu fiables, sans savoir à quel point les routes seraient raides ni si nos vélos tiendraient le coup. Les routes sont cependant excellentes ; nous filons en soulevant des nuages de poussière. Les villages que nous traversons sont étonnants, les enfants sales nous accueillent comme de l’eau de source. Nous serrons obligés de resserrer boulons et freins, mais nous dévalons 3 800 m en une journée.

JIM : Nous frappons les virages glissants, traversons des villages où les déchets continuent de fumer. Nos vélos vibrent moins depuis que nous avons donné nos piolets aux guides locaux. Les poules patrouillent les rues, les enfants surgissent des fossés pour nous poursuivre. L’air se rafraîchit, les vapeurs blanches s’élèvent depuis la forêt tropicale.

STEVE : Nous perdons plus de 2 500 m en cinq heures, puis nous campons dans un champ de maïs au crépuscule. Nous descendons près de 4 000 m en une journée – une prouesse. Le lendemain, nous perdons encore 1 000 m, mais les plaquettes de frein nous manquent.

JIM : Nous achetons notre nourriture en route, dégustant tacos de rue et produits frais. Une nuit, nous rôtissons deux poulets entiers avec les mains sales, attirant les regards curieux. Nous sommes une bande visible, nos vélos chargés, nos barbes, nos camps improvisés – personne ne passe inaperçu. Le slogan du groupe devient « Vamos a la playa ! ».

Après le dernier virage, nous arrivons à un pont sur le Rio Antigua où nous déposons les vélos. Après 60 miles et 4 500 m de descente depuis le sommet, les vélos sont légers, presque agiles. Un habitant du village nous demande « Qué quiere esta bicicleta ? », nous serre la main et les vélos repartent avec leurs nouveaux propriétaires.

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Packraft sur le Rio Antigua

JIM : La dernière étape de Mehl consiste à pagayer sur des radeaux gonflables Alpacka pendant 80 miles jusqu’au golfe du Mexique. Ces embarcations de sept livres se gonflent rapidement, portent notre matériel et offrent un centre de gravité bas, idéal pour affronter les rapides.

LUC : Arrivés au Rio Antigua, nous offrons les vélos aux habitants, achetons de la bière et du savon. La bière est ordinaire, le savon de lessive nous laisse l’odeur de roses.

Le lendemain, nous gonflons les packrafts et entamons la descente. Le premier jour, nous traversons la splendide Barranca Grande, ses parois verdoyantes, ses vautours et ses rapides de classe III‑IV qui nous obligent à rester vigilants. Des oranges flottent dans l’eau.

JIM : La gorge de Barranca Grande est peu fréquentée, les rapides sont spectaculaires mais non techniques. Après 20 miles, les berges s’écartent, des affluents pollués arrivent, apportant des eaux troubles que nous avalons involontairement.

Le deuxième jour, Mehl tombe malade, suivi de Jim et de Fassbinder. Nous ne savons pas si c’est la viande de rue ou les produits non lavés, mais la rivière polluée est suspecte.

LUC : Nous remarquons de la cendre noire tombant du ciel, provenant de feux de décharges au loin. Les déchets plastiques envahissent chaque remous, un triste contraste avec la beauté du paysage. Nous buvons de l’eau en bouteille, contribuant nous‑mêmes à la pollution.

Des oiseaux de mer, pélicans et hérons nous annoncent l’arrivée de l’océan. Nous installons nos tentes entre des troncs dérivés et des figuiers de Barbarie, allumons un feu et, après deux semaines de voyage, nous réfléchissons à tout ce vécu : paysages, nouveaux amis, nourriture, lever du soleil à 5 636 m, poules heureuses, chiens morts, vélos cabossés. Quand la pluie tombe, nous nous abritons, épuisés mais comblés, pas encore prêts à repartir vers le nord.

Épilogue

JIM : Luc, à la pagaie, atteint le sable du Rio Antigua, regarde l’horizon marin. Après deux jours de dysenterie, Mehl, affaibli mais souriant, nous rejoint. Steve, Todd et moi profitons des vagues. Ce voyage, émotionnel, éprouvant mais exaltant, restera gravé comme une expérience exceptionnelle.


Ce récit a été publié à l’origine dans Sidetracked Volume One

Notes de voyage
  • Mile…Mile et Demi

    Jour 5 : Le col Donohue à 11 000 pieds C’était notre cinquième journée de randonnée et, ce matin-là, le défi qui nous attendait était le col Donohue, culminant à 11 000 pieds. Les gardes‑forestiers du bureau de la forêt de Yosemite nous avaient fortement mis en garde : plusieurs randonneurs avaient déjà été contraints de rebrousser chemin à cause des conditions extrêmes de la saison la plus neigeuse des Sierra Nevada en plusieurs décennies. Compléter les 219 miles du John Muir Trail (JMT) était

  • De Sitka à Hoonah

    Contexte historique Un soir de juillet 1741, le navire russe St. Paul aperçut des oiseaux et des troncs darbres flottants, signe indiscutable quil avait atteint la côte inexplorée de l’Amérique du Nord. Le capitaine Alexei Chirikov, séparé depuis plusieurs semaines du commandant Vitus Bering et de son St. Peter, décida d’envoyer une petite embarcation à terre pour revendiquer le territoire au nom de la Russie. Aucun des deux bateaux n’est jamais revenu, et le St. Paul dut repartir, à court d’eau

  • Traversée de l Islande à pied – du sud au nord

    Finançant notre périple grâce à la vente de thé au sommet d’une colline près de l’université, mon ami Rémi et moi avons échappé aux examens pour une année supplémentaire. Après un vol depuis l’Écosse, nous avions un objectif clair : traverser l’Islande du coin le plus sud au point le plus au‑nord, uniquement à pied. Faux départ Trois jours après notre atterrissage à Reykjavik, nous observions la poussière de cendre se déposer sur la route vide. Notre véhicule, laissé à Kötlutangi, était parti ;