Tous à l'étranger : la magie du voyage transatlantique
Geoffrey Weill, fondateur de l’agence de relations publiques spécialisée dans le voyage WEILL, est passionné de voyages depuis l’enfance en Angleterre. Cette passion l’a conduit à une carrière longue et riche dans le secteur du tourisme, qu’il raconte en détail dans son nouveau livre All Abroad : A Memoir of Travel and Obsession. Si vous avez lu son journal « Travels in Corona Europe » sur Fathom l’automne dernier, vous savez déjà qu’il possède un œil aigu pour le détail et un profond respect pour l’art de l’hospitalité. Dans cet extrait, il se remémore les jours glorieux de la traversée de l’Atlantique.
Le Concorde, icône du glamour aérien
Andrew Lloyd Webber, dans ses mémoires Unmasked, écrit que pour ceux d’entre nous nés trop tard pour voyager à bord du Normandie ou du Queen Mary, rien ne rivalise avec le prestige du Concorde. Ce n’était pas seulement la vitesse – arriver à New‑York à 9 h après un départ de Londres à 11 h – mais surtout le traitement ultra‑luxueux. La version British Airways était un véritable spectacle de courtoisie, comme si des comités entiers s’étaient penchés pendant des jours pour justifier le tarif de 8 000 $ (en 1979) d’un aller simple.
Le Concorde était le fruit d’une coopération franco‑britannique, financée à grands coups de millions de livres et de francs, et son nom a finalement été choisi pour éviter la prononciation française du mot « Concord ».
Le rituel à l’aéroport
À Heathrow, on était conduit à travers le Terminal 3 – alors appelé « Oceanic Terminal » – jusqu’à une porte ornée du logo bleu et argent du Concorde. L’enregistrement était d’une rapidité et d’une courtoisie telles qu’on en oubliait presque le processus. Les bagages, étiquetés de cuir de première qualité, étaient immédiatement pris en charge. On était ensuite escorté, via un ascenseur privé, à travers un salon adjacent à la piste, où l’on pouvait admirer l’avion en plein décollage.
En hiver, les manteaux étaient accueillis par un « Good morning, Sir » à la manière de la marine marchande britannique, puis suspendus sur des porte‑manteaux qui les attendaient à bord. Le personnel de British Airways, vêtu de son plus grand respect, offrait journaux, boissons et répondait à chaque désir avec une politesse presque théâtrale.
Un salon digne d’un club privé
Le lounge rappelait l’atmosphère d’un club d’élite : des fauteuils en cuir, des vitrines de marques comme Vuitton, Gucci et Asprey, des flûtes de champagne servies sur des plateaux d’argent et des canapés délicats présentés sur de la porcelaine. Aucun passager ne faisait la queue ; chacun était escorté individuellement jusqu’à son siège avec une grâce déconcertante.
Le Concorde ne proposait que deux sièges en cuir bleu de chaque côté de l’allée, très spacieux avec un généreux espace pour les jambes. Les fenêtres, petites mais haut placées, offraient une vue limitée mais suffisante pour admirer le décollage.
Le décollage supersonique
Après le roulage, le Concorde prenait immédiatement la piste, sans attendre les autres avions. Une fois à une altitude suffisante au-dessus de l’océan, le commandant – un « Charles Boyer » des temps modernes – annonçait avec un accent français enjôleur : « Ladies and Gentlemen, we are now going to light the after‑burners ». Le bruit des moteurs augmentait brutalement, les passagers étaient comprimés dans leurs sièges tandis que la vitesse grimpait jusqu’à Mach 2, soit environ 2 200 km/h.
À 70 000 pieds, le ciel virait du bleu au violet, et l’on pouvait observer la courbure de la Terre. Le service à bord était digne d’un restaurant gastronomique : caviar, saumon fumé, foie gras, plats raffinés et desserts élégants, le tout accompagné de Pol Roger et de Perrier.
Le vol de 11 h depuis Paris arrivait à JFK à 9 h 30, devançant même le soleil. À l’immigration américaine, le processus était encore lent, mais les bagages étaient déjà sur le carrousel et les manteaux remis aux passagers dès la sortie de l’avion.
Autres traversées emblématiques
Avant le Concorde, les traversées transatlantiques se faisaient à bord de paquebots luxueux comme le Normandie, le Queen Mary ou le SS United States. Le Queen Mary II met encore aujourd’hui sept jours pour relier New‑York à Southampton.
Le Concorde n’opérait que sur deux routes : New‑York‑London et New‑York‑Paris, les plus glamour de l’époque. De brèves expériences avec Singapore Airlines et Braniff ont échoué, car la plupart du trajet devait être effectué en subsonique.
Souvenirs de traversées en paquebot
J’ai traversé l’Atlantique à bord de navires six fois : le Queen Elizabeth, le Canberra, le SS France et trois fois à bord du QE2. Lors d’un voyage sur le QE2 en novembre, une tempête a fait chavirer de nombreux passagers. Un cocktail de gala a vu une sculpture de glace contenant du caviar s’effondrer, offrant à la rédactrice de Glamour et à moi‑même l’occasion de déguster du Beluga directement du sol.
Un autre voyage à bord du QE2 m’a permis de donner une conférence sur New‑York, profitant du « jour de 25 heures » offert par le décalage horaire. Depuis l’avènement d’Internet, je n’ai plus repéré d’océan à traverser, mais la magie de l’isolement en plein milieu de l’océan reste inoubliable.

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All Abroad de Geoffrey Weill. Reproduit avec l’autorisation de University of Wisconsin Press. © 2021 Board of Regents of the University of Wisconsin System. Tous droits réservés.
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