Voyage au cœur du Fourneau – Danakil, Éthiopie
Introduction
En tant que voyageur, on rencontre des situations terrifiantes : chambres d'hôtel à deux dollars envahies de puces, maladies aquatiques incompréhensibles comme la schistosomiase, ou encore les toilettes les plus sombres et insalubres. Mais il existe aussi des appels irrésistibles, comme les sirènes sensuelles d'Ulysse qui nous entraînent dans les fournaises ardentes de l'enfer.
Le Danakil, une dépression infernale
J'avais entendu parler de la Dépression du Danakil, je l'avais vue dans « Planet Earth », et elle me hantait même en rêve. C’est un lieu où les températures brûlent, le terrain est inhospitalier et les Afars, un peuple nomade réputé pour sa férocité, y vivent. Cette vallée désertique s’enfonce à 100 mètres sous le niveau de la mer, alors que le reste de l’Éthiopie se situe à plus de 2 000 mètres d’altitude. On y trouve des volcans en éruption, des mares de magma bouillonnant et des piscines psychédéliques d’acides et d’eaux colorées (jaune, orange, vert, brun) aux odeurs qui brûlent les narines.
Accès et conditions extrêmes
Le Danakil n’est accessible qu’en 4×4, sur des kilomètres de routes cahoteuses, de pistes de sable et le long de la frontière contestée avec l’Érythrée. Chaque jour, les marchands afars traversent le désert à dos de chameau, formant des caravanes à perte de vue. Les températures oscillent entre 43 °C et 49 °C ; quatre litres d’eau par jour sont indispensables pour survivre. Le paysage, d’une grisaille désolée, laisse parfois place à des spectacles naturels à couper le souffle.
Préparatifs et première étape
Nous avons engagé un chauffeur et un véhicule de secours (sans quoi, bloqué avec une panne, on risque de finir comme l’un des nombreux chameaux desséchés qui jonchent le désert). Armés de plus de 130 litres d’eau et du matériel nécessaire, nous avons pris la route. La chaleur a été brutale : mon nez a saigné, ma peau s’est desséchée et rougie, mes yeux brûlaient. Malgré les gorgées d’eau, la déshydratation se faisait sentir. Un point de contrôle nous a obligés à rencontrer le chef des Afars, qui nous a interrogés sur nos intentions avant de nous laisser passer.
Les fenêtres baissées, le vent chaud était plus mordant que l’air ambiant, aucune accalmie. J’ai enroulé un turban autour de ma tête et de mon visage. Nous sommes arrivés à Hamd Ela, un petit poste où nous avons passé quelques nuits, en nous demandant comment quelqu’un pouvait appeler cet endroit « maison ».
Ascension d’Erta Ale
La deuxième nuit, nous avons entamé l’ascension d’Erta Ale, qui s’élève à 613 m au-dessus du sol désertique et est entouré de pics coniques. La montée, bien que peu raide, semblait interminable. Même au crépuscule, la chaleur était écrasante. La fatigue et la déshydratation rendaient chaque pas difficile, mais l’espoir d’atteindre le sommet nous portait. Arrivés dans l’obscurité, nous avons aperçu une lueur orangée : le lac de lave d’Erta Ale, en éruption continue depuis 1967, offrait un spectacle spectaculaire. À l’aube, le lac s’est renversé, la croûte noire s’est déployée et le magma a jailli, révélant la nature à son état le plus brut.
Dallol, le point le plus bas d’Afrique
Après d’autres traversées du désert, nous avons atteint Dallol, à 116 m sous le niveau de la mer, le point le plus bas du continent africain. Dallol, considéré comme l’endroit le plus chaud de la Terre, ressemble à un kaléidoscope extraterrestre : piscines colorées de liquides, sources chaudes bouillonnantes, geysers, canyons de piliers de sel et lacs chimiques. Le paysage évoque une scène martienne ou un roman d’Isaac Asimov. Nous arpentions le terrain en sueur, le cerveau en surcharge : « Comment la Terre a-t-elle pu naître ainsi ? » Au cœur de ce chaos, le sel constitue la principale ressource des Afars, qui le récoltent depuis des siècles. Les « salt men » cuisent le sel sous le soleil, le découpent en blocs, les chargent sur le dos de chameaux et les transportent vers les marchés éthiopiens.
Conclusion
Cette région hostile est une destination extrêmement gratifiante pour les aventuriers et les chercheurs. Elle reste à la fois inconnue et inexplorée, rude mais d’une beauté saisissante, habitée par un peuple parfois distant comme le vent de feu qui balaie le paysage aride. Le Danakil demeure l’une des véritables merveilles de l’Éthiopie.




