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Traverser les Andes à vélo : 100 jours, 5 100 km d'aventure

Ecuador : le point de départ dans les hauts plateaux

Après sept mois de travail à Cuenca, j’ai enfin pu prendre la route. Mon rêve était de traverser les Andes à vélo, un véritable montagnes‑roues‑vives. Les premiers jours ont été éprouvants : montées interminables le matin, descentes l’après‑midi. Au fil des kilomètres, les páramos – écosystèmes typiques au‑dessus de 3500 m – offraient un décor à couper le souffle. Malgré la saison sèche de mai, la pluie me mouillait chaque jour. Le soir, j’ai souvent trouvé refuge chez les habitants : pompiers, postes de police ou fermes locales, preuve de l’hospitalité andine.

En traversant la vallée de Vilcabamba, surnommée la « Vallée de la Longévité », la route a laissé place à un mélange de terre, de boue et de pierres. Pendant 200 km, j’ai lutté contre des glissements de terrain pour atteindre la frontière péruvienne. Formalités : passeport, tampon, échange de dollars en soles – « Bienvenidos a Perú ».

Pérou : des Andes à l’Amazonie

Le nord du Pérou, plus pauvre et moins cher que l’Équateur, m’a conduit à San Ignacio, région caféière. Une proposition inattendue d’une habitante (« tu restes ici, on te donne une fille ») a été poliment refusée, mais j’ai gardé le souvenir d’une population rurale, chaleureuse et méfiante. La partie amazonienne est ponctuée de rizières qui bordent le fleuve Marañón.

Arrivé à Jaén, j’ai entendu parler de récents braquages. Alors que mon odomètre affichait 120 km, la chaleur à 40 °C était accablante. J’ai été brièvement arrêté par trois hommes en gilet « sécurité nationale », qui se sont avérés être des volontaires de la zone. Après un moment d’hésitation, je me suis enfui, soulagé d’apprendre plus tard leur rôle de protection.

La Cordillère Blanche m’a accueilli à l’Abra Cerro Negro (3680 m). Une descente de 60 km avec 2780 m de perte d’altitude a fait grimper la température à 46 °C. Un arrêt à Balsas, ville isolée, m’a coûté 1,5 € pour une chambre infestée d’insectes. Une blessure à l’Achille a compliqué la suite du parcours jusqu’à Huamachuco, où des ivrognes criaient « gringo ». J’ai pris quelques jours de repos, mais la douleur persistait.

Pour rejoindre Huaraz, j’ai pris le bus. Là, j’ai découvert le quechua et traversé le parc national Huascarán, campant à 4200 m avec vue sur le pic de 6878 m. Le lendemain, j’ai atteint l’Abra Yanashalla (4750 m), porte d’entrée de la Sierra Centrale, région où l’esprit inca reste vivant. L’authenticité des habitants et leurs sourires m’ont profondément touché.

Bolivie : le Salar de Uyuni et les hauts plateaux

Après Cusco et une visite à Machu Picchu, j’ai rejoint un compagnon anglais pour longer les hauts plateaux péruviens sans descendre sous 4000 m. Le climat glacé, la neige abondante et les nuits gelées ont rendu le trajet exigeant jusqu’à la Bolivie.

À Copacabana, j’ai visité l’« Île du Soleil », puis j’ai atteint La Paz, ville majestueuse entourée de montagnes. Le Salar de Uyuni, malgré la saison sèche, était partiellement inondé. J’ai traversé le salar pour rejoindre l’île Incahuasi (37 km), les yeux brûlant sous le reflet du soleil sur le sel. Les pieds brûlés et la fatigue extrême m’ont obligé de lutter contre de forts vents jusqu’à la frontière chilienne.

Chili : du désert d’Atacama aux côtes du Pacifique

Le Chili, pays le plus riche d’Amérique du Sud, m’a offert des routes en mauvais état, partiellement couvertes de neige, évoquant un paysage lunaire. Après le Salar de Ascotán, je suis arrivé à Calama, où le bruit de la ville m’a surpris après tant d’isolement.

À Antofagasta, l’océan Pacifique m’a accueilli avant que je ne me dirige vers le désert d’Atacama, le plus aride du monde (105 000 km²). Sans aucune installation à proximité, j’ai monté un bivouac près de l’Observatoire européen austral, profitant d’un ciel étoilé spectaculaire.

Impossible de franchir les Andes argentines à cause de la saison, j’ai descendu vers Copiapó puis Santiago, où j’ai séjourné chez un ami de Warmshowers, propriétaire d’une « Casa de Ciclistas », pendant une semaine avant de reprendre mon vol vers la maison.

Conclusion

Ce périple a duré 100 jours et couvert 5100 km à vélo à travers les Andes, du sud de l’Équateur jusqu’au nord du Chili. Entre paysages grandioses, climats extrêmes et rencontres humaines chaleureuses, j’ai découvert une richesse culturelle qui contraste avec la pauvreté matérielle de nombreux habitants. Leur sourire, leur dignité et leur hospitalité resteront gravés à jamais dans ma mémoire.


Notes de voyage
  • La Poussée

    Je me suis tordu, essayant de libérer mes bras coincés dans ma veste et de les porter à ma tête. Les deux bonnets que je portais sont tombés, et l’air glacé de la nuit mordait douloureusement mes oreilles. En cherchant dans mon sac de couchage, je déplaçais maladroitement des piles, des bouteilles et des bottes en fourrure. J’ai finalement retrouvé les bonnets et les ai remis sur mes oreilles. À travers la froideur de mes mains gantées, j’ai cherché le loquet à l’ourlet du sac. Après plusieurs t

  • Au‑dessus des nuages : de l’échec du Sajama à la conquête de l’Illimani

    Avec un temps clair annoncé et la dynamique après les ascensions réussies du Huayna Potosí et du Pequeño Alpamayo, le moment semblait idéal pour gravir le Sajama. Pourtant, comme pour toute expédition sérieuse, les nerfs s’activent la veille, même lorsque l’on se sent préparé et que le climat est favorable. Le défi du Sajama Le Sajama est réputé pour mettre à l’épreuve les alpinistes les plus endurants : une longue montée vers le sommet et un terrain brutalement instable sur sa pente occidentale

  • Voyage aux îles Féroé

    Le brouillard grisâtre, doux comme du flanelle, s’est glissé sur les collines, masquant leurs cimes et isolant les vallées les unes des autres. Malgré le froid et l’humidité, une bruine persistante s’accrochait à l’air, nous étouffant tout en circulant dans le tunnel et redescendant les pentes humides, suivant la route scintillante jusqu’aux quelques maisons du village en contrebas. C’était un moment de contemplation silencieuse et d’attente. J’attendais le déjeuner, la chaleur, un café, et une