À travers la nuit bleue arctique
Un hiver extraordinairement doux a contraint José à abandonner les skis sur plusieurs tronçons, qu'il a alors parcourus en raquettes, voire à vélo sur le tronçon russe. Il a partagé les parties initiales et finales du périple à six étapes avec des amis, mais la majeure partie du trajet s'est déroulée aux côtés de son fidèle compagnon canin, Lonchas, un Alaskan Malamute qui l'accompagne dans la plupart de ses expéditions.
Une traversée du Grand Nord à pied et à vélo
Vu du "regard du sud" de José, l’itinéraire, majoritairement improvisé, était une véritable immersion au cœur silencieux de l’Arctique, une sorte de pèlerinage. J’ai toujours une carte de la Laponie à portée de main ; chaque ligne tracée représente une aventure réalisée et chaque nouvelle route rêve d’être dessinée.
Mon dernier voyage, à mon sens, fut le plus esthétique et logique : 1 200 km à travers la Laponie, sans aide motorisée, pendant la nuit polaire arctique.
Première étape – De Murmansk à Ivalo à vélo
Le départ s’est fait à Mourmansk, en Laponie russe, à la fin du mois de novembre, au tout début de la nuit polaire. En raison de l’hiver 2011‑2012 exceptionnellement doux, Ainhoa Aldalur et moi avons troqué nos skis de fond contre des vélos et avons parcouru 300 km sur des routes glacées jusqu’à Ivalo, en Finlande.
Les nuits obscures, le camping sous la canopée forestière et les rencontres improbables – chauffeurs de camions, agents des douanes sur des postes isolés, serveuses en talons hauts, bûcherons ivres de vodka et de karaoké – ont rendu cette étape mémorable.
Deuxième étape – De Ivalo à Inari à pied
Après avoir récupéré Lonchas chez un ami en Norvège, j’ai repris le trajet à pied. Ce qui devait être une balade facile sur le lac gelé d’Inari s’est transformé en une traversée de 100 km sur une toundra rugueuse, la glace n’étant pas encore solide.
Sans cabanes, en plein mois de décembre, la lumière du crépuscule laissait place à une obscurité totale. Nous avancions à la lampe frontale, cherchant désespérément les cairns qui balisaient le sentier.
Accident de Lonchas
Lors de la troisième étape, au départ de Karasjok (frontière norvégienne), une descente trop rapide a fait que mes skis ont blessé Lonchas à deux pattes. J’ai immédiatement renoncé à l’autosuffisance du voyage, l’ai transporté en voiture vers la ville la plus proche pour des soins vétérinaires et un repos obligatoire.
Quatrième étape – De Kautokeino à Kilpisjärvi
Cette portion a croisé les routes des Samis, éleveurs de rennes. Nous avons partagé café, conversations et conseils précieux sur les conditions du terrain.
Le réveillon de Noël s’est déroulé dans une cabane à –17 °C, suivi de l’ascension du Mont Halti, le « toit » de la Finlande. Les soirées de fin d’année ont été célébrées à Kilpisjärvi, à la triple frontière Finlande‑Norvège‑Suède, avec deux feux d’artifice distincts selon les fuseaux horaires.
Nouvelle aventure – Un itinéraire improvisé
Sans plan préétabli, j’ai choisi un nouveau parcours à travers une zone inconnue, plongeant dans le froid mordant, une solitude totale et des paysages d’une beauté saisissante.
Un affrontement avec un chien sami, qui m’a mordu, n’a fait que confirmer que Lonchas reste le meilleur compagnon d’expédition. Marcher avec lui rend chaque instant plus intense et authentique.
Après 46 jours d’obscurité, le soleil a enfin percé l’horizon, offrant un spectacle de couleurs qui a revitalisé notre motivation.
À l’arrivée à Kiruna, des problèmes logistiques m’ont contraint à écourter la dernière étape et à rentrer plus tôt. J’ai toutefois profité d’une semaine supplémentaire pour rejoindre Ritsem et gravir Kebnekaise, le plus haut sommet de Laponie, où Lonchas a démontré ses talents d’alpiniste.
Réflexion artistique
Chaque ligne tracée sur ma carte, chaque trace de patte, chaque sillage de traîneau raconte une histoire. Ces marques donnent à la nature un aspect personnel, presque artistique. C’est ainsi que se conclut ce nouveau trait sur ma vieille carte sentimentale de la Laponie.




