Un long chemin là‑bas
Un long chemin
Nous étions en Mongolie quand les difficultés ont commencé. Aucun chemin, aucune clôture, aucun panneau… chaque vallée entre deux montagnes se transformait en bourbier de boue ; même les locaux s’y enlisaient et venaient nous demander d’utiliser nos treuils. C’était le tournage de Long Way Round avec Ewan McGregor et Charley Boorman, et j’étais le réalisateur de la production. Aucun de nous ne savait vraiment à quoi s’attendre en Mongolie, mais j’ai été frappé par la beauté du pays et, malgré les obstacles, par la gratitude d’y être. Tout cela était le résultat d’une longue chaîne d’événements, de décisions fortuites et de rencontres chanceuses qui m’ont conduit à devenir réalisateur d’aventures, jusqu’à ces vastes étendues mongoles.
Mes débuts au cinéma
Depuis mon enfance, je suis passionné par le cinéma. À treize ans, j’empruntais la caméra 8 mm de mon père pour créer des animations image par image — billards de billard sur une table de snooker, meubles qui tournent dans le jardin, soldats jouets qui avancent… les résultats étaient souvent médiocres à cause d’une mauvaise exposition, mais l’envie de créer était déjà là.
L’adolescence m’a d’abord poussé vers la moto. Je pensais quitter les études après les examens, gagner ma vie en faisant la course et passer du temps avec ma petite amie. Une rencontre fortuite avec le directeur adjoint de mon lycée a changé le cours des choses : il m’a expliqué qu’on pouvait être payé pour étudier. J’ai donc intégré une filière de génie civil, où je recevais une rémunération. Cela me permit de continuer à courir en moto tout en lançant une petite entreprise de photographie. Cette activité m’a ramené à la réalisation de films et, finalement, à la route vers la Mongolie.
Rencontre avec les nomades
Une nuit, sous la pluie sur la steppe, nous avions installé notre tente près d’un petit groupe de yourtes (gèrs). En observant des hommes qui semblaient s’occuper d’un cheval, j’ai demandé à Ewan si nous pouvions nous approcher. Nous avons découvert qu’ils castraient le cheval — une scène douloureuse. Une fois terminée, les nomades nous ont invités à prendre le thé.
Nous nous sommes installés dans la ger, les pieds repliés par respect, et un homme nous a demandé en anglais : « Would you like some nuts? ». Pensant à des noix, nous avons été surpris d’apprendre qu’il parlait en réalité de testicules. Il a ouvert un grand chaudron où flottaient deux cents testicules d’animaux variés, de la chèvre au cheval. Ils nous ont offert une « noix » chacun ; Ewan les a dévorées sans hésiter. J’ai reçu un gros testicule blanc veineux, que j’ai essayé d’avaler d’un seul coup, comme un Kinder Egg. L’effort a été vain, le morceau a éclaté dans ma gorge, j’ai toussé, vomi et le testicule a rebondi sur le sol, provoquant les rires des hôtes. Une expérience mémorable, bien que peu glorieuse.
Aventures et amitiés
Les expéditions m’ont toujours offert du temps de qualité avec les autres. Elles renforcent ou mettent à l’épreuve les relations. J’ai écrit 101 Amazing Adventures, un livre qui, selon l’éditeur, pourrait être écrit depuis chez soi avec des photos d’archives. Mais je voulais vivre le plus d’aventures possible, même avec ma petite amie, pour enrichir le récit.
Voyage au Guyana
Nous avons traversé le Guyana pour vivre avec les cow‑boys vaqueros. Le trajet de huit heures était parsemé de nids‑de‑poule remplis d’eau, de rivières infestées de piranhas (« ne vous inquiétez pas, ce ne sont pas les monstres du film »), et de routes glissantes. À notre arrivée, une grenouille gigantesque occupait les toilettes, des chauves‑souris voltigaient au plafond, et ma compagne m’a averti de faire attention aux scorpions.
Le lendemain, nous avons passé seize heures assis sur une planche à l’arrière d’un pick‑up. Loin de la routine londonienne, cette expérience a transformé les épreuves en souvenirs inoubliables.
Accident en Mongolie
Après la « fête des testicules », la pluie a rendu la piste glissante. J’ai eu une crevaison sur le côté droit de mon Mitsubishi, et en franchissant une petite bosse, la voiture a perdu le contrôle, a glissé, et s’est retournée deux fois. Coincé sous le métal, le réservoir fuyait, le moteur tournait, et la bande‑son de Blur – une chanson sur les accidents de voiture – résonnait. J’ai pensé : « Si ça prend feu, ce sera ma fin, au milieu de nulle part en Mongolie ». Malgré la panique, cette mésaventure a ajouté un nouveau chapitre à mes récits de voyage.
Passion du voyage
Depuis toujours, l’idée d’un atlas, d’un globe ou même d’une simple carte me fascine. Ma douche est décorée d’une carte du monde, et chaque fois que je me lave, je rêve de nouveaux horizons. Je continue de camper sauvage avec ma compagne Victoria, savourant ces moments où le crépuscule tombe et que tout le monde rentre chez soi, sauf nous.
Conclusion
Regarder le fil de sa vie, c’est voir comment de petites rencontres fortuites peuvent devenir des projets concrets. Il suffit d’une idée, d’une bouteille de vin ou d’une soirée sur la colline, et de la transformer en réalité. C’est la philosophie qui guide mes voyages et mes films : choisir une destination, planifier le financement, puis simplement franchir la porte.
Le reste est simple : il suffit de sortir.




