La Longue Route de l’Espérance
Premières impressions
Je me souviens encore d’avoir regardé les longs pentes suspendues de la Long Hope Route en me disant « Merde ! » – à la fois effrayé et exalté. D’ordinaire, l’exposition ne me pose pas problème, mais les 1200 pieds d’air pur ici frappent les sens. Vu du continent, le cap St John’s ressemble à une banane : une paroi surplombante courbe au-dessus d’une partie herbeuse qui descend vers les blocs et la mer.
Préparatifs et recherche
Avant mon premier déplacement à St John’s Head, j’ai échangé de longs mails avec Dave Macleod et Paul Diffley pour tout savoir sur le site. Je pensais tout connaître, mais c’est vite devenu secondaire. En 1970, Olivier Hill et Ed Drummond ont mis 7 jours à gravir la voie ; quarante ans plus tard, je me retrouve à quelques mètres d’un des meilleurs grimpeurs mondiaux, qui tente de la grimper libre en une journée.
Mission photo
Mon objectif était de documenter la montée réussie de Dave et, si le temps le permettait, de refaire le dernier crux du mur. Cela pouvait paraître simple, mais la réalité était d’être prêt à l’inconnu : la météo écossaise, le timing de l’ascension, tout était incertain. Ce projet était spécial dès le départ : commandité par Mountain Equipment, destiné à la couverture du magazine Climb, et réalisé aux côtés de Paul Diffley et de l’équipe HotAches.
Installation du matériel
À notre arrivée sur l’île de Hoy, nous n’avions pas de temps à perdre. Le premier jour de notre séjour de trois semaines, toute l’équipe a transporté des charges lourdes de matériel photo et de cordes pour sécuriser la moitié supérieure du mur. Au total, environ 1000 m de corde et 60 coinceurs ont été posés, jusqu’à « The Vice », une fissure horizontale large à mi‑hauteur. C’était aussi ma première occasion de mesurer les angles du crux pendant que Dave répétait les mouvements.
Premiers clichés et échanges
J’ai pris de nombreuses photos d’essai et même un autoportrait pour me rappeler ce que cela ressentait d’être là. Plus tard dans la journée, j’ai partagé quelques images sur mon blog. Le lendemain matin, Olivier Hill a laissé un commentaire : « Belle photo où tu mesures les angles du crux. Cheveux verts, roche rouge, rappel à Eldorado Canyon. Hâte de voir les photos qui rendront justice à ce pitch incroyable. »
Chaque jour, pendant les trois heures d’approche du mur, je me disais que mes images devaient non seulement documenter les efforts de Dave, mais aussi rendre hommage aux exploits d’Olivier Hill et d’Ed Drummond.
Le jour J
Après deux jours de pluie, le grand jour est arrivé ! Un départ très matinal pour l’équipe, notamment Dave et son partenaire Andy. La première fois que je les ai revus, c’était sur « The Guillotine », une petite corniche où débute le crux. À ce moment, Dave avait déjà gravi presque toute la voie, majoritairement en première tentative, franchissant des sections glissantes de niveaux E6‑E7, tandis que je n’avais à faire que trois rappels angoissants à travers les surplombs, en vérifiant minutieusement chaque ancrage (Camelots n° 5 et 6).
Au guillotine, Dave s’est retourné vers moi, épuisé, et m’a prévenu de préparer un éventuel chût. Mon cerveau de photographe s’est mis en sur‑drive : vitesse d’obturation rapide, grande ouverture, cadre large, composition verticale… Je pensais à la couverture du magazine, à chaque image qui pourrait capturer le moment décisif.
Dave a franchi le premier crux – « OMG ! » – mais le deuxième a apporté une surprise : le ferry Thurso‑Stromness a fait irruption dans le cadre. Finalement, il a atteint le « Thank God Ledge » sans chute. J’ai parcouru les cartes mémoire, nerveusement, pour vérifier que j’avais le « money shot » : le moment où l’histoire de l’escalade se faisait.




