Dans mes chaussures : récit d'un voyage à travers le Moyen-Orient
Sidetracked : à 21 ans, vous avez fait du stop du Caire à Londres via Bagdad. En Israël, une bombe a explosé et les frontières ont été fermées à tous sauf à la Jordanie. En Jordanie, vous ne pouviez pas prendre l’avion et la seule autre frontière franchissable était celle de l’Irak. Que s’est‑il réellement passé ?
Levison : C’était ma troisième année d’université, en 2003. C’était les vacances d’été et un ami et moi sommes allés en Égypte avec l’intention de traverser Israël, puis de prendre un bateau pour la Grèce afin de passer l’été. La guerre d’Irak venait tout juste de se terminer. Nous sommes partis quelques semaines après la fin des opérations de combat à Bagdad en mai, avant que l’insurrection ne prenne réellement son essor. Le climat était assez calme, une période intéressante, et nous voulions en apprendre davantage. J’étais un jeune de 21 ans assez téméraire.
Nous avons commencé à voyager et, au début, tout était fascinant. Puis, l’attaque contre le siège de l’ONU à Jérusalem a eu lieu. Les Israéliens ont fermé toutes les frontières et les ports, et le FCO (Foreign Office) a demandé à tout le monde de quitter le pays. Nous n’avions plus d’argent et très peu d’options. La seule direction possible était la Jordanie, qui était relativement sûre, tout comme sa capitale Amman. Des attaques se sont ensuite déclenchées à travers tout le Moyen-Orient – c’était le début de l’insurrection. Nous étions bloqués en Jordanie, sans moyen d’aller en Grèce et sans les moyens de prendre un vol pour rentrer chez nous.
Après quelques recherches, nous avons découvert que la frontière avec l’Irak était ouverte, les États‑Unis contrôlant les postes de contrôle. Nous avons pris un taxi et parcouru 1 000 miles jusqu’à Bagdad (pour 40 $). À la porte, des soldats américains nous ont laissés entrer. Nous nous sommes retrouvés à l’hôtel Palestine, où séjournaient les journalistes. Malheureusement, le dernier étage de l’hôtel avait été détruit après qu’un commandant de char eut pris un caméraman pour un sniper. Notre plan était de dormir à la belle étoile sur le toit, mais nous avons rencontré Martin Geissler, journaliste d’ITV, qui nous a demandé ce que nous faisions là – nous étions les premiers non‑journalistes à entrer à Bagdad. Il nous a offert une chambre libre de son équipe pendant que nous attendions un plan d’évacuation. Leur sécurité, composée d’anciens membres des forces spéciales, nous a escortés jusqu’en Turquie, passant probablement près de la cachette de Saddam à l’époque.
Quel âge aviez‑vous lorsque vous avez rejoint l’armée et qu’est‑ce qui vous a motivé ?
J’ai d’abord intégré l’OTC (Officer Training Corps) quand j’étais étudiant – les forces armées ont toujours été une carrière qui m’attirait. J’avais lu des autobiographies d’explorateurs victoriens, tous militaires. L’OTC m’a donné un avant‑goût de la vie militaire et j’ai décidé que je voulais voyager davantage, après avoir déjà parcouru le Moyen‑Orient. J’ai même fait du stop de Nottingham à l’Inde en traversant l’Afghanistan, le Pakistan et l’Iran, un périple de cinq mois qui m’a fasciné, notamment parce que j’ai pu découvrir l’Afghanistan avant d’entrer dans l’armée. Ensuite, j’ai passé une année à Sandhurst, suivi d’une formation avancée d’infanterie dans le Régiment des Paras. J’ai servi dans les Paras pendant environ cinq ans.
Vous avez dû éviter des zones de conflit lors de vos expéditions, par exemple au Soudan. En quoi vos expériences dans des zones de guerre, comme en Afghanistan, vous ont‑elles préparé aux expéditions que vous avez entreprises ?
Le militaire m’a beaucoup enseigné, tant sur le plan pratique que mental. L’armée vous apprend à vous pousser au‑delà de ce que vous croyez possible. Mais, comparé aux zones de conflit, les missions militaires offrent un soutien que l’on ne retrouve pas quand on voyage seul : aucun secours ne viendra à votre rescousse. En tant que voyageur indépendant, on apprend à apprécier le risque. Tout le monde porte des armes dans ces régions, et en tant qu’ancien soldat, cela ne m’a pas intimidé ; ce sont des soldats comme les autres, et ma compréhension de leur mentalité a rendu la situation moins terrifiante.





