Surclassé
Arrivée au pont de Balgie
Je suis entré sous une nuit précoce, longeant la petite rivière qui s’échappe du hameau du pont de Balgie. Balgie se situe au cœur de la plus longue vallée d’Écosse. Le glen de Glen Lyon, niché dans les Highlands, fut autrefois une forteresse pictesque. Le paysage déborde d’histoire tout en restant intensément présent.
Traversée du moor et ascension du premier Corbett
L’air mordant me pousse le long du ruisseau jusqu’à la lande ouverte, où l’obscurité règne. Aucun bruit ne trouble ma respiration, seulement le crépitement de la neige sous ma lampe frontale. J’atteins les tourbières du premier Corbett ; l’espace soudain provoque un choc d’agoraphobie que je surmonte rapidement, passant de deux pas à deux miles.
Le vent est absent, seuls les craquements de la glace sur le tourbe résonnent, ponctués par des cerfs fuyant mon odeur. Une croûte fragile s’étend sur un demi‑heure jusqu’au sommet, où l’air est cristallin.
Campement sur Cloudberry Hill (Beinn nan Oighreag)
Avant l’aube, les vents pré‑dauphins se lèvent, annonçant une haute pression passagère au-dessus de la chaîne Ben Lawyers. J’ai campé au sommet de Cloudberry Hill, où les rafales glacées balayaient la cime comme une lune lunatique. Le vent s’intensifie jusqu’à ce que le soleil perce le crête de Tarmachan. J’ai enfilé à nouveau mes chaussures de trail gelées et repris ma route vers l’ouest.
Descente dans la vallée des ruines
Le matin, d’une blancheur éclatante, je glisse dans des avalanches profondes jusqu’à une vallée où se trouvent les ruines de shielings, d’anciennes huttes estivales le long de l’ancienne route de transhumance. Selon la légende locale, les pierres proviendraient d’un fort de la Fianna, guerriers mythiques. Tout était silencieux, hormis le cliquetis glacé de l’eau sur les rochers.


Le Munro Meall Ghaordaidh
Le vent reprend au pied du seul Munro du voyage, Meall Ghaordaidh, dont le nom gaélique signifierait « colline arrondie de l’épaule ». J’ai fait une pause déjeuner sur cette épaule. Le temps devient « industriel », les sommets paraissent ternes, surtout ce Munro, décrit par Irving Butterfield comme le « mont le plus ennuyeux des Highlands du sud ». Un point trigonométrique en béton de l’Ordnance Survey résiste stoïquement aux rafales.
Tempête et paysage d’hiver
Je pousse à travers des drifts abruptes, tandis qu’une vague de nuages du nord s’abat au-dessus de ma tête. La lumière crayeuse éclaire les collines du sud, projetant des ombres ambrées sur un hiver écossais sale, gris charbon et bleu océan. Aucun alpinisme blanc pur ici, seulement une âme du Nord, froide et noire comme la suie sous les ongles.
Descente vers les terres occidentales
Je redescends dans un territoire rarement foulé, entre tourbières gelées et rochers silencieux, refuges des lièvres et des cerfs. La marche se fait lourde de sens, chaque crevasse semblant porter un poids historique. Le vent faiblit un instant, les touffes de tourbe me poussent à avancer.
Raspberry Hill (Meall na Subh)
Enfin, j’atteins Raspberry Hill, Meall na Subh, surnommé par Hamish Brown comme « une suite frustrante de monticules, tourbières et détours ». Sous la neige, les tourbières d’été se sont stabilisées, créant un paysage désolé, froid et silencieux. Le sommet offre un plateau secret, idéal pour camper.
Je grimpe jusqu’au dernier point avant que la lumière ne disparaisse, puis je redescends jusqu’à une petite corniche plate où un ruisseau coule à proximité, un rocher plat servant de siège de dîner – clairement un ancien campement.

Incident en packraft
Le lendemain matin, sous une pluie fine, je m’aventure en packraft sur la rivière. Deux kilomètres de courant rapide me surprennent ; je perds ma pagaie, submerge mon bateau et lutte pour me libérer. Le froid me paralyse, la température corporelle chute, je suis contraint d’abandonner. Heureusement, mes sacs secs et mon vêtement Primaloft me sauvent.
Rencontre avec Donny Sinclair
En marchant vers le deuxième barrage, je rencontre Donny Sinclair, figure légendaire du glen, connu pour son photo tenant un whisky. Retraité gardien du domaine, il vit encore dans la maison du laird. Il me propose un lift dans son véhicule, surnommé « Blue Menace », tout en me questionnant sur l’indépendance écossaise.
Assis dans son véhicule, nous discutons autour d’un tableau de cendres de cigarette, observant la rivière à travers le rétroviseur. Le trajet me rappelle que l’aventure en plein air oscille toujours entre la folie et le bon sens.
Retour et conclusion
Après avoir quitté Donny, mon vieux véhicule refuse de démarrer, rappelant le danger récent sur la rivière. Plus tard, à Aberfeldy, un propriétaire de café m’offre un thé avant la fermeture. Sur la place du village, j’observe les corbeaux s’envoler au crépuscule, ressentant un regain de vie. La vérité : je suis chanceux, mais la beauté sauvage de l’Écosse n’est pas faite pour les touristes de passage.




