HOME Guide de voyage Voyage de bon sens
img

Révolutions en Afghanistan : voyages, souvenirs et espoirs

Un pays aux mille visages

L’Afghanistan évoque tant de scènes – guerriers moudjahidines, Route de la Soie, statues de Bouddha de pierre, mosquées aux carreaux d’un bleu éclatant, et même des grenades. Aujourd’hui, les talibans, la pauvreté et la violence s’ajoutent à cette image. Pendant six ans, j’ai eu la chance de le parcourir à pied, en raquettes, à cheval, à moto, à vélo et, bien sûr, à bord d’innombrables Toyota Corolla blanches.

J’ai pêché dans la rivière Panjshir, traversé Kandahar sous un burqa, monté des chevaux de buzkashi sur la plaine de Shomali, et sillonné les montagnes en randonnée, VTT ou ski. C’est un véritable paradis d’aventure, si seulement la violence pouvait reculer comme les caravanes de chameaux d’autrefois.

Les Bouddhas de Bamiyan

Au printemps de l’an dernier, je suis allé à Bamiyan, la région la plus sûre du pays, nichée dans les Hindu Kush. C’est ici que les talibans ont dynamité les immenses statues de Bouddha en 2001, effaçant des siècles d’histoire bouddhiste. En arrivant, les niches qui les abritaient sont immédiatement visibles, entourées de grottes sculptées qui témoignent du contraste entre quarante ans de conflit et des millénaires d’histoire.

Le principal atout du pays est l’absence de foule. Les rares moments où je l’ai ressentie, c’était à la Mosquée Bleue de Mazar-i‑Sharif et dans les marchés de Kaboul. À Bamiyan, j’étais le seul visiteur des niches ce matin‑là. On peut encore gravir les escaliers autour du petit Bouddha et admirer la vallée où sa tête se dressait. Les décombres du grand Bouddha reposent dans une grotte au pied de la niche, tandis que ceux du petit sont conservés dans une boîte protégée. Aucun projet de reconstruction n’a encore été décidé ; pour l’instant, les ruines restent un rappel poignant de la destruction.

Tranchées, mines et rencontres inattendues

Après avoir visité les deux statues, j’ai emprunté le sentier escarpé à gauche de la grande niche. Au sommet du plateau, la vue était la plus spectaculaire que j’aie jamais eue sur une chaîne de montagnes. Des tranchées de moudjahidines s’étendaient le long du vallon, parsemées d’obus et de mines terrestres. Bien que la zone soit officiellement déminée, la fonte des neiges révèle chaque printemps des munitions non explosées (UXO).

Un jour, alors que je descendais à vélo, j’ai aperçu un éclat métallique sur le sol. Instinctivement, j’ai évité le danger, mais en m’arrêtant, j’ai découvert une vraie mine. Un ami militaire m’a immédiatement confirmé : « Oui, c’est une mine. Elle est instable, pas de doute ». Cette expérience a renforcé ma règle d’or : rester sur les sentiers balisés.

Des femmes qui pédalent contre les tabous

J’ai ensuite rencontré Zahra, une étudiante universitaire qui enseigne le vélo aux jeunes filles de Bamiyan. Dans ce pays, les filles à vélo sont presque un tabou ; aucune famille n’en autorise une. Grâce à des projets comme l’équipe nationale afghane de cyclisme, certaines jeunes femmes bravent le risque et défient les normes. Zahra, accompagnée de deux autres filles, a pédalé dans les champs devant les ruines, attirant l’attention d’une foule de garçons curieux. L’un d’eux a déclaré qu’il irait enseigner le vélo à sa petite sœur. Ce petit geste montre comment chaque femme qui pédale ouvre la voie à d’autres.

Parc national de Band‑e‑Amir et la cité rouge de Shahr‑e‑Zuhak

Le lendemain, j’ai visité le premier parc national afghan, Band‑e‑Amir, célèbre pour ses six lacs turquoise séparés par des barrages naturels de dépôts minéraux. En été, les Afghans y pique-niquent et nagent, même si les femmes y sont généralement exclues ; des rumeurs parlent d’un espace réservé aux femmes.

En continuant vers l’ouest, j’ai découvert Shahr‑e‑Zuhak, la « Cité rouge », taillée dans la terre. Fondée il y a des siècles, elle a été prise d’assaut par le petit-fils de Gengis Khan en 1221, puis à nouveau détruite par le grand‑père de Gengis. Aujourd’hui, les vestiges de ses murailles rouges, les grottes creusées, et les mines encore présentes témoignent d’un passé tumultueux. Mon chauffeur, détendu sur une tourelle d’artillerie, observait le paysage époustouflant qui s’étendait à perte de vue.

Dernière journée : Shahr‑e‑Gholghola

Avant l’aube, je suis parti pour Shahr‑e‑Gholghola, la citadelle surnommée « Ville des cris » à cause des hurlements lors du massacre de Gengis Khan. Trois gardes m’ont accueilli, et j’ai partagé mon vélo avec eux. Ce vélo est devenu un véritable passe‑partout : soldats, policiers, enseignants, garçons et maintenant jeunes femmes le montent, créant des conversations spontanées qui brisent les barrières culturelles.

En parcourant ces ruines, j’ai ressenti l’espoir d’un tourisme sécurisé qui permettrait à davantage de visiteurs de découvrir l’humanité commune qui unit Afghans et étrangers.


Notes de voyage
  • Connexions sauvages en Antarctique

    Une sortie épuisante Je libère ma main du pogie avec une minutie presque chirurgicale, comme si je démêlais une liane noueuse d’une branche. Un petit rire s’échappe, non pas parce que la scène est comique, mais parce que l’effort requis pour cet acte, si naturel pour moi que de marcher, dépasse largement la tâche elle‑même. J’étais à bout. Après m’être libéré, je saisis la GoPro fixée au pont de mon kayak et lutte quotidiennement pour la détacher de son support. La caméra cède. Je fixe le petit

  • Pas d’excuses

    Une terre au‑delà des rêves Aux confins nord de l’Alaska, visible uniquement pendant une courte période de deux mois de chaleur, s’étend une étendue plus vaste que l’imagination. Une toundra verte ondulante, dominée par des sommets de montagne noirs comme du charbon, sculptés dans la glace. Un tapis de bleuets sous les pieds et un éventail d’animaux uniques, évolués récemment depuis le Pléistocène. En un jour, les collines peuvent être envahies par des milliers de caribous suivant leur ancienne

  • Dans mes chaussures : récit d un voyage à travers le Moyen-Orient

    Sidetracked : à 21 ans, vous avez fait du stop du Caire à Londres via Bagdad. En Israël, une bombe a explosé et les frontières ont été fermées à tous sauf à la Jordanie. En Jordanie, vous ne pouviez pas prendre l’avion et la seule autre frontière franchissable était celle de l’Irak. Que s’est‑il réellement passé ? Levison : C’était ma troisième année d’université, en 2003. C’était les vacances d’été et un ami et moi sommes allés en Égypte avec l’intention de traverser Israël, puis de prendre un