Lignes blanches – Expédition arctique sur l’île de Baffin
Une île aux extrêmes
L’île de Baffin, cinquième plus grande île du monde, se trouve entièrement dans le cercle arctique. En été, le soleil ne se couche jamais ; en hiver, l’obscurité est totale. Les températures descendent régulièrement à -30 °C, aggravées par des vents violents qui multiplient le refroidissement. Les falaises marines les plus hautes de la planète s’élèvent près de deux kilomètres le long des fjords du nord‑est. Des roches de 4,5 milliard d’années, presque aussi anciennes que la Terre, y ont été découvertes, et les Inuits, descendants des Thulé venus d’Alaska il y a plus d’un millier d’années, habitent encore ces contrées.
Préparer l’expédition
Organiser un séjour autonome de 30 jours sur la glace de mer, avec le danger permanent du froid polaire et la menace d’attaques d’ours, n’est pas une mince affaire. Deux années de recherches, de planification et de débats ont laissé place à la peur et aux doutes. Ce n’est qu’après une semaine supplémentaire de réflexion que les billets d’avion ont été réservés.
Première arrivée à Clyde River
En sortant du petit avion à dix places dans le village isolé de Clyde River, la réalité a frappé : un paysage blanc et monotone, où le ciel et la terre se confondent, rend le compas inutile. Le froid extrême saisit immédiatement les poumons, obligeant à couvrir chaque partie du corps. Nos bottes d’expédition, encore humides, ont gelé nos pieds en quelques minutes, transformant nos orteils en « saucisses » congelées. La surveillance des engelures est devenue une routine quotidienne.
Le village et son peuple
Le premier jour, nous avons acheté les dernières provisions et parcouru le petit centre. Les maisons en bois, disposées en grille, possèdent des porches servant de celliers où l’on stocke des phoques ou des peaux d’ours. Les enfants du village, curieux, nous ont observés avec amusement. Notre matériel a rapidement été chargé dans un Komatic pour rejoindre l’océan gelé et les fjords.
Ilko, notre conducteur de 60 ans, a grandi dans une communauté reculée au nord de Clyde River. Chasseur expérimenté, il vit en harmonie avec la nature et ses paroles sont respectées par tous. Son calme a apaisé nos inquiétudes dès le départ.
Premiers signes de danger
En traversant l’entrée du fjord de Sam Ford, nous avons découvert un petit phoque mort, victime d’un ours polaire qui s’est enfui au bruit de nos motoneiges. Cette scène nous a rappelé la brutalité du milieu et la nécessité d’être toujours prêts. Malgré nos armes (fusil .308 et fusil à pompe), les chances de survie face à un ours restent minimes. Nous avons installé un système d’alerte : une corde reliée à un klaxon autour de la tente, qui nous a permis de dormir plus sereinement.
Le ski‑kite, une nouvelle liberté
Après une nuit de vent glacial, nous avons tenté le ski‑kite autour de l’île de Scott. Malgré peu d’expérience, le petit cerf‑volant et la brise nous ont permis de maîtriser la technique. Le kite nous a offert la possibilité de parcourir des dizaines de kilomètres en quelques heures, tirant nos tentes sur des traîneaux. Cette mobilité a transformé notre aventure, nous faisant choisir entre des sessions de kite et la descente de couloirs glacés.
Les falaises de Gibbs Fjord
En progressant de 40 km vers le fjord de Gibbs, les falaises qui paraissaient à première vue de quelques centaines de pieds se sont révélées être d’immenses murs de roche verticales, s’élevant à plusieurs milliers de mètres. Le spectacle était à couper le souffle ; chaque photo ne rendait pas justice à l’énergie qui semblait émaner des pierres. Un sentiment d’appartenance à ce paysage gelé s’est installé en nous.
Une alarme nocturne
Une nuit, l’alarme du système anti‑ours s’est déclenchée, perçant le silence glacial. Après un bref moment de panique, nous avons découvert que le vent avait tiré la corde : fausse alerte. Le soulagement s’est mêlé à des rires nerveux, et nous avons passé le reste de la nuit à discuter de nos réactions.
Exploration d’un couloir et descente inoubliable
Dans le fjord de Gibbs, nous avons repéré un couloir qui s’enfonçait dans la roche à 600 m d’altitude. Après plusieurs virages et une montée exigeante, nous avons atteint le plateau au crépuscule. La poudre fraîche, déposée pendant la nuit, offrait une surface incroyablement souple, semblable à un matelas de plumes. La descente a été un moment de pure liberté, chaque virage exprimant notre passion pour le ski. Au pied du couloir, nous avons célébré une expérience que nous ne reverrons peut‑être jamais.
Sponsored and Supported by:
Berghaus, Black Crows Skis, Mountain Boot Company, High5, Gino Watkins Memorial Fund, Wilderness Award, Alpine Ski Club, PLUM, Goal Zero, Lyon Equipment, Concept Pro Shop Chamonix, Western Logistics, Craig Stenhouse
Watch the film from the expedition here.




