Carrefour : aventure et histoire en Bosnie-Herzégovine
Introduction
Accompagnés d’un guide tchèque hésitant mais soucieux de notre sécurité, nous avons entamé une expédition au cœur du massif de Bjelašnica, à 1 896 m d’altitude. Sous un soleil chaud, les nuages sombres s’amoncelaient dans la vallée, rappelant que la Bosnie‑Herzégovine (BiH) porte encore les cicatrices de son passé récent.
Cartes, mines et précautions
Le guide nous a présenté une carte tirée d’internet, l’une des meilleures ressources pour la randonnée en BiH. Les premières cartes de la région ont été dessinées par les Autrichiens‑Hongrois à la fin du XIXᵉ siècle, puis retravaillées par l’armée yougoslave (JNA) en deux versions : 1 : 50 000 (publique) et 1 : 25 000 (classée). Pendant la guerre de 1992‑1995, nombre de ces cartes ont disparu ; seules quelques‑unes ont filtré sur des sites de passionnés.
« Évitez la vallée sous Lukomir », nous a averti Lorenc, le guide bosniaque, en pointant le pont détruit et les champs de mines qui bordent le sentier. En BiH, les mines restent un danger réel, surtout dans les zones montagneuses qui ont servi de lignes de front. Les panneaux d’avertissement sont fréquents, mais la connaissance locale reste indispensable.
Perception et histoire du pays
En tant que Britannique d’origine serbe du Krajina, j’ai longtemps étudié le conflit dans le cadre de mon doctorat en droit pénal international. Malgré cela, je n’avais jamais envisagé de voyager en Bosnie‑Herzégovine jusqu’à ce que Green Visions me contacte. Même si National Geographic a désigné la BiH comme l’une des meilleures destinations d’aventure en 2012, elle reste méconnue des touristes non issus des Balkans.
Le territoire a été traversé par les missionnaires orthodoxes au VIIIᵉ siècle, les Franciscains, les Ottomans et les Autrichiens‑Hongrois, chacun laissant son empreinte culturelle. Cette diversité explique les cicatrices visibles à Sarajevo et Mostar, mais aussi la richesse actuelle du pays, où les cultures se mêlent comme les épices d’un bon plat.
Randonnées et découvertes naturelles
Le parc national de Sutjeska, abritant le pic le plus haut de BiH – le Maglić (2 386 m) – offre des forêts primaires parmi les plus préservées du monde. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la vallée a été le théâtre de la bataille de Sutjeska. Le canyon de la rivière Tara, qui s’étend jusqu’au Monténégro, est l’un des plus profonds au monde et attire les amateurs de rafting.
Lukomir, le village du sommet
En descendant vers Lukomir, le plus haut village semi‑nomade bosniaque (1 496 m), nous avons été accueillis avec des sourires et des Uštipci chauds. Les habitants, autrefois contraints de fuir pendant le conflit, sont retournés pour reconstruire leurs maisons et leurs terres. Aujourd’hui, les coopérations entre anciens ennemis sont courantes : les guides touristiques achètent des produits locaux plutôt que de se rendre au supermarché.
Un habitant, Sulieman, a raconté comment un soldat croate avait tenté d’agresser sa sœur, mais qu’un autre soldat croate l’avait arrêté. Ce témoignage illustre la difficulté de catégoriser les personnes par leur appartenance ethnique.
Ascension du Maglić
Sur huit jours en BiH, quatre furent consacrés à la randonnée. À Sutjeska, nous avons atteint le sommet d’Uglješin Vrh (1 859 m) avant d’admirer le Maglić à l’horizon. La forêt de sapins et d’épicéas, haute de 40 à 50 m, crée une atmosphère presque surnaturelle.
Nous avons ensuite gravi le Maglić. Le sentier, parfois proche d’une via ferrata, était raide, avec des sections glissantes et des câbles de sécurité. Le sommet offrait une vue panoramique sur le Monténégro d’un côté et la BiH de l’autre, où les drapeaux du pays et de la Republika Srpska flottaient côte à côte.
Une tempête soudaine nous a forcés à chercher refuge dans une dépression à proximité. Nous avons été frappés par la foudre, la grêle et le vent, rappelant la fragilité du corps face aux éléments. Grâce à notre équipement thermique, nous avons survécu sans hypothermie.
Conclusion
Guidé par Lorenc Konaj de Green Visions, j’ai découvert une Bosnie‑Herzégovine à la fois magnifique et complexe, où l’histoire, la nature et les rencontres humaines se conjuguent. Un grand merci à Lorenc, à Thierry Joubert, à USAID et à l’Adventure Travel Association pour ce voyage inoubliable.




