HOME Guide de voyage Voyage de bon sens
img

Neige et soleil sur le pic University

Une expédition au cœur du Saint Elias

Le terrain n’était pas du tout adapté aux skis larges. Parfois les skis de Sheldon flottaient légèrement sur la boue glacée, mais le plus souvent ils s’enfonçaient comme dans un Slurpee, aspirés vers le bas par l’eau de fonte. Une lutte constante contre la succion du glacier.

Ce n’était pas censé être le point central du voyage. Sheldon Kerr, Emilie Drinkwater, Jessica Baker et Krystle Wright avaient déjà dépassé, quatre jours auparavant, la ligne de ski‑montagne de 7 000 pieds sur le versant sud du pic University, dans la chaîne isolée de Saint Elias, en Alaska. Elles espéraient enfin voir de la neige sur la face, après l’avoir vue recouverte de glace bleue et grise l’année précédente. Mais le pilote, Paul Klaus, les avait déposées à 15 miles et trois systèmes glaciaires différents du sommet, dans la fourche nord du glacier Barnard.

« Personne ne nous a même pas prévenus de la distance », raconte Jessica. « Nous avons immédiatement commencé à monter le camp de base. Le temps semblait parfait, la couverture neigeuse était bonne et la neige semblait stable… du moins au départ. »

Après dix heures de travail, la température a grimpé de 30 à 40 °F, et ce n’était que le début.

Un rêve qui évolue

Sheldon survole le pic University depuis ses 21 ans. Au départ, la montagne n’était qu’un autre sommet alaskien à conquérir. Après des années d’escalade sur glace et de compétitions de ski libre, elle a commencé à voir sur la face une ligne de ski évidente, un défi qui la passionnait.

Le pic n’a été skié que quelques fois, jamais par une femme depuis le sommet. L’équipe a donc décidé de tenter l’ascension au printemps, mais la face était recouverte de glace, totalement impraticable. Elles ont alors exploité les couloirs enneigés autour du camp du glacier Barnard.

Cette année, Emilie et Jessica les ont rejoint. Deux semaines avant l’arrivée du reste du groupe, Jessica a fait un vol de reconnaissance et a trouvé le pic enneigé et parfait. Mais 24 heures après le débarquement, tout avait changé.

Choix critiques et conditions extrêmes

Le soleil brûlant faisait fondre et détacher le terrain autour d’elles. La question était de savoir si la ligne était encore assez haute pour rester gelée et sécuritaire. Elles ont allégé leur charge à cinq jours de nourriture, tout en gardant le matériel indispensable, et ont décidé de s’aventurer vers le pic pour explorer le terrain.

Sur le glacier, la neige des zones basses ne s’était même pas recongelée pendant la nuit; elles se retrouvaient à skier dans de la gadoue jusqu’aux genoux. « C’est la tâche la plus dure que j’aie jamais faite », confie Sheldon.

Le terrain était complexe, entre lacs glaciaires, moraines et champs de débris d’avalanche. Pendant deux jours, elles ont progressé sous un soleil implacable, voyant les montagnes perdre leurs manteaux neigeux, tandis que la glisse était excruciatingement lente.

Campement et avalanches

Dans le bassin du pic University, elles ont installé un camp et ont laissé le sommet se refroidir une nuit. Elles ont observé des avalanches rugir pendant deux minutes, réalisant la dangerosité du site.

Les trois jours suivants, elles ont testé différents horaires de départ – 3 h, 18 h, minuit – pour trouver le moment où la neige serait suffisamment gelée pour offrir une bonne prise, tout en leur laissant assez de temps pour redescendre avant que le soleil ne la fasse fondre à nouveau.

En remontant jusqu’à 1 000 m dans un champ d’avalanche, elles ont aperçu les approches et la ligne, se donnant une idée de ce qui les attendrait lors d’un futur retour.

Neige et soleil sur le pic University Neige et soleil sur le pic University Neige et soleil sur le pic University

« Nous avions une chance d’atteindre le sommet, mais redescendre en ski était à 90 % improbable », explique Emilie. Elles ont donc privilégié des lignes nord‑sud plus stables avant de repartir, tout en suivant le rythme des avalanches qui se détachaient régulièrement du versant sud.

Le retour le plus périlleux

Le soleil qui détruisait leur ligne idéale rendait également le chemin de retour dangereux. Les zones où elles avaient auparavant skié devinrent des crêtes glacées à parcourir en crampons, avec des flaques d’eau bleue et des fissures profondes où des rochers tombaient.

Le retour s’est transformé en une marche de 24 heures, où chaque minute de glisse était comptée avant de devoir retirer les skis et avancer à pied. Les petits ruisseaux d’alpinisme se sont mués en rivières de fonte, chaque passage posant un nouveau niveau de risque.

Sheldon conclut que, malgré les conditions, c’était l’une des meilleures journées de ski‑montagne professionnel qu’elle ait vécues : « Nous avons eu une journée folle à ajouter à notre palmarès – c’était une vraie journée de ski‑montagne. »

Perspectives futures

Après une brève discussion avec le premier skieur du pic University, Sheldon réalise que la chance des conditions n’est pas toujours fiable. La question reste : abandonner leurs autres projets et rester en Alaska en attendant le moment idéal, ou repartir en mars, quand les températures sont 40 °F plus basses ? L’équipe envisage déjà un retour, peut‑être en mars, vêtues de leurs gros pantalons isolés.


Pour lire le récit complet de la première expédition, consultez « University Peak – Take One ».

Notes de voyage
  • Volcans et vigognes

    Ascension du volcan Le soleil se couchait tandis que je gravissais la route sinueuse du volcan. Peu importe le nombre de virages, le sommet restait invisible. « La richesse vient avec la lutte » – je répétai ces mots comme une incantation, surpris de pouvoir penser entre mes respirations haletantes. À 5 000 m d’altitude, mon corps criait à l’oxygène ; je pensais aux symptômes du mal d’altitude. Au moins, je cochais la case « lutte ». Un coup d’œil par-dessus mon épaule ne révéla aucun signe de M

  • À l’aile et au pied

    Première nuit au bord de l’eau Les vagues ne faisaient pas de grand spectacle ce premier soir, mais mon compagnon biologiste marin, toujours à l’affût, sortit son combinaison de son sac surchargé. Il avait remarqué les signes subtils : petite houle, vent léger, côte parsemée de rochers – le habitat idéal du homard de roche du sud, appelé crabe de Tasmanie. En quelques minutes, il était déjà dans l’eau; une main gantée de néoprène surgit, agrippa fermement le crustacé rouge. Après un rapide contr

  • Delphes et les prophéties modernes

    Visite du célèbre oracle de Delphes Nous avons visité le plus célèbre oracle grec, à Delphes, pour découvrir qui remportera la Coupe du monde. Dans lAntiquité, les prophéties étaient très prisées. La plus célèbre se déroulait à lOracle dApollon, perché sur les pentes du Mont Parnasse, en Grèce centrale. Le trajet depuis Athènes, denviron 2 h 30, valait le détour non seulement pour les ruines, mais aussi pour obtenir des réponses cruciales. LOracle de Delphes, une référence mondiale Dans lAntiq