Le Taj Mahal et moi
Comment appréhender la magnificence du Taj Mahal lorsqu’on voyage seul, à pied, parmi des inconnus ? Voici le récit d’un lecteur.
En route vers Agra
AGRA, Inde – Trente‑trois kilomètres. Trente‑deux. Trente‑une. Chaque panneau défile sous mes yeux. Le Taj Mahal m’attend. Puis un train de nuit vers Varanasi. Je me tiens dans l’embrasure d’un bus bondé, le moteur crache des nuées de fumée noire, les villageois se pressent à monter et descendre. Et cela ne me dérange pas. C’est l’Inde, comme les habitants le répètent sans cesse, et je suis en route vers le Taj.
Des chevaux‑têtes claquent alors que le conducteur à visage de pierre fonce au milieu de la route, forçant les ouvriers du chantier à se pousser sur le côté. Sept. Six. Attends, attends, attends le passage d’un train ridiculement court. Cinq. Je ne prête même pas attention à la femme avec son ours dansant au bord du chemin ; je veux juste arriver.
Après six semaines en Inde, j’ai enfin abandonné mon air blasé et je suis réellement enthousiaste.
Le Taj Mahal
À la gare routière d’Agra, je me tourne vers le conducteur d’autorickshaw et lui dis : « Emmène‑moi au Taj ! ». Et nous partons.
Le Taj Mahal. Dômes de marbre qui semblent surgir des nuages, une symétrie blanche qui évoque un rêve, une scène tirée des Mille et Une Nuits, un édifice dédié à l’amour. Je m’avance le long du promenade bordée de bassins rectangulaires, les yeux grands ouverts, fasciné, comme si je n’en croyais pas mes yeux.
Un palais imaginaire, une fantaisie architecturale, le geste de l’empereur Shah Jahan pour sa bien‑aimée Mumtaz Mahal. Des couples se tiennent la main, poussent des poussettes ; des familles de quatre ou cinq personnes flânent, s’arrêtant de temps à autre pour poser pour des photos. Certains pique-niquent sur l’herbe. Tout le monde sourit.
Je contourne le bâtiment plusieurs fois, essayant d’absorber sa splendeur sous tous les angles, encore persuadé que ce n’est qu’un mirage. Le soleil descend paresseusement, la rivière Yamuna trace une courbe immobile derrière.
À l’intérieur
Des motifs de fleurs rouges et vertes serpentent le long des murs. Un guide brandit une lampe torche pour illuminer les lotus semi‑précieux qui s’ouvrent et se referment. Je fais de même pour les visiteurs autour de moi. Un bourdonnement constant de voix chuchotées et de pas feutrés remplit l’air. Les sarcophages de Shah Jahan et de Mumtaz Mahal reposent au sous‑sol, tandis que leurs répliques trônent au centre de la chambre, entourées d’un mur de marbre baigné d’une lumière pointilliste filtrée à travers les écrans finement sculptés. Les enfants courent, testant l’écho du dôme assombri. La salle alterne entre clarté et obscurité, entre sons superposés.
Plus tard, je rejoins d’autres étrangers près d’une des fontaines face au Taj. Allongés sur le dos, nous dessinons des formes dans les nuages.
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