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Svalbard – prisonnier de la liberté

« Non. » C’est ainsi que j’ai été accueilli dans le bar le plus branché de Longyearbyen. Je n’avais qu’une envie : dîner. « Je suis désolé ? » ai‑je répliqué. « Non. »

Premières impressions

J’ai entendu parler des Suédoises austères, mais je pensais à une plaisanterie. « Il est 6h30, le lieu est vide », ai‑je objecté.

« Elles sont toutes réservées. »

« Elles sont toutes vides. » J’ai tenté de négocier : « Puis‑je m’asseoir au comptoir ? » Après une longue réflexion, la serveuse a finalement cédé : « Très bien. »

Assis au bar, je goûtais à mon premier « vrai » Svalbard, une ambiance qui rappelait les clubs sélectifs de New‑York.

Le décor arctique

Le froid était tel qu’on l’attendait, mais la désolation frappait davantage. Les passants semblaient volontairement antisociaux, ce qui convenait à mon besoin de solitude. Ce n’était pas ma première aventure polaire, mais j’étais prêt à affronter les leçons du Grand Nord.

Première sortie en motoneige

Je ne suis pas conducteur, je prends le taxi. Pourtant, guidée par une guide blonde et intrépide, je me suis lancé sur une motoneige vers Barentsburg, ville minière russe. La traversée du Val de Todalen a été une vraie leçon : voir, pas photographier. Chaque montée raide mettait à l’épreuve mon équilibre et ma concentration.

Arrivé à Barentsburg, on se serait cru en Sibérie. Un déjeuner traditionnel servi par une jeune femme aux yeux tremblants débutait avec un borscht… sans betteraves. Au sommet du restaurant, la statue de Lénine nous surveillait.

Retour à Longyearbyen

Le trajet de retour était une lutte contre le terrain ondulé. Chaque tentative d’éviter une chute était accompagnée d’une prière aux dieux nordiques que je ne connaissais même pas.

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Randonnée au Trollenstein

Le lendemain, je me suis engagé dans une ascension à pied du mont Trollenstein, loin de toute machine. Armé de raquettes, j’ai compris pourquoi les dieux nordiques nous ont donné des motoneiges : elles sont parfois la seule issue.

En haut, le vent et la neige fouettaient mon visage. Un pont de roche étroite, 12 inches de large et 20 m de long, menaçait de basculer. J’ai choisi de laisser mon ego de côté, de poursuivre les cent derniers mètres, et d’accepter la peur.

Seul, presque au sommet, j’ai senti une vulnérabilité totale, une communion avec le paysage. L’Arctique, par ses vents et sa lumière, m’a enseigné l’honnêteté entre l’homme et la nature.

Rencontre avec le chien‑traîneau

Le jour suivant, j’ai revêtu le rôle de passager. J’ai attaché le harnais à « Jimmy », un grand chien noir, patient et curieux. Le traîneau‑chien, icône du Grand Nord, m’a offert une leçon de dévouement : aucune pause, seulement l’honneur et l’amour du travail.

Nos chefs de meute, Raska et Snooten, ont mené la course. Leur énergie, leurs aboiements, leurs hurlements formaient une symphonie sauvage que je n’oublierai jamais.

Le face‑à‑face avec l’ours polaire

Le dernier jour, nous avons parcouru les plaines glacées à la recherche du « grand blanc ». Le ciel sombre et les nuages menaçants laissaient place à une rencontre inattendue : un ours polaire, endormi près d’une congère.

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Alors que les nuages s’assombrissaient, le vent s’est levé. Nous avons dû fuir à toute vitesse. L’ours s’est réveillé, marchant majestueusement vers nous, son pelage agité par la brise. Dans la blancheur quasi‑total du blizzard, je n’ai pu que deviner son passage.

Ma guide, pressée, hurlait : « NON ! Il faut avancer, on n’a pas le temps de s’arrêter ! ». Cette course contre le temps, sous le regard indifférent de la nature, m’a rappelé que l’Arctique ne fait aucune concession.

En fin de compte, l’image de cet ours, souverain du blanc, gravée dans ma mémoire, était le salut que la nature m’offrait : un rappel que, même face au changement climatique, la beauté sauvage persiste.

Notes de voyage
  • Connexions sauvages en Antarctique

    Une sortie épuisante Je libère ma main du pogie avec une minutie presque chirurgicale, comme si je démêlais une liane noueuse d’une branche. Un petit rire s’échappe, non pas parce que la scène est comique, mais parce que l’effort requis pour cet acte, si naturel pour moi que de marcher, dépasse largement la tâche elle‑même. J’étais à bout. Après m’être libéré, je saisis la GoPro fixée au pont de mon kayak et lutte quotidiennement pour la détacher de son support. La caméra cède. Je fixe le petit

  • Pas d’excuses

    Une terre au‑delà des rêves Aux confins nord de l’Alaska, visible uniquement pendant une courte période de deux mois de chaleur, s’étend une étendue plus vaste que l’imagination. Une toundra verte ondulante, dominée par des sommets de montagne noirs comme du charbon, sculptés dans la glace. Un tapis de bleuets sous les pieds et un éventail d’animaux uniques, évolués récemment depuis le Pléistocène. En un jour, les collines peuvent être envahies par des milliers de caribous suivant leur ancienne

  • Bornéo à pied

    Première rencontre Mon cœur battait la chamade en apercevant notre cible, un sanglier noir gigantesque. Taman Kala, silencieux, préparait sa sarbacane, à l’affût du moindre bruit. Il lança une fléchette empoisonnée qui trancha l’œil du sanglier ; l’animal s’effondra immédiatement. En levant les yeux, je vis le large sourire de Taman Kala, le vainqueur du jour. Vers le village Penan Notre périple débuta à Long Seridan, le bourg kelabit qui sert de point de transition aux Penan quittant leur mode