Escalade des tours du Tigré : récit d’une quasi‑fatalité et d’une aventure familiale
Une chute qui aurait pu être fatale
ROCK ! Un seul mot pour résumer l’adrénaline qui m’a envahi alors que Caro était suspendue à 20 m sous moi. Le rocher que je tenais dans ma poche semblait prêt à se détacher, même si nous avions soigneusement décalé nos assurances du trajet de chute. Un THUD ! sourd a retenti, mais ce n’était pas le bruit du roc sur la pierre : c’était un impact sur quelque chose de mou. J’ai immédiatement compris que le cam, détaché de mon harnais, avait frappé une éclat de pierre lâche qui reposait sur une corniche.
« WOW ! C’était très proche ! » a crié Caro, soulagée. « Ça va ? » « Oui, ça a touché mon sac à dos ». Le choc aurait pu être bien plus grave ; la vie peut basculer en une fraction de seconde.
Les tours du Tigré, un défi désertique
Nous avions entrepris l’ascension d’une nouvelle voie, Excalibur, sur l’une des imposantes tours du Tigré, en Éthiopie. Ce récit n’est pas le seul quasi‑accident sur cette voie, où chaque prise était précaire et chaque relance longue. À un moment, Caro a arraché une prise de la taille d’un poing, qui a atterri dans mon sac de magnésie.
En alpinisme, la roche lâche fait partie du jeu. J’ai toujours expliqué que l’escalade n’est pas une prise de risque mais une gestion du risque. Pourtant, ce jour‑là, la seule perte réelle fut un talkie‑walkie brisé.
Le dernier étage de la tour était une véritable œuvre de Gaudí, un labyrinthe de patine dure collée à une base de sable très tendre. Le sommet offrait une vue panoramique à 360° sur les plaines désertiques et le premier sommet de Caro a été célébré comme une première mondiale.
Escalade et parentalité : l’aventure avec Arthur
Ce voyage était notre première vraie aventure d’escalade depuis la naissance d’Arthur, notre petit bout de chou d’un an. Arthur, avec ses joues potelées et son sourire permanent, nous a poussés à repenser nos limites. Nous voulions lui montrer qu’un bébé peut voyager et découvrir le monde.
Le bloc, le sport et le trad en courte longueur se sont adaptés : on grimpe tant que le bébé est à portée, on garde les voies bien protégées. Le multi‑pitch, en revanche, nécessite un tiers‑pilote. Nous avons donc fait appel à nos parents – la mère d’Arthur et le père de Caro – qui ont aimé jouer les baby‑sitters tout en découvrant l’Éthiopie.
Le quotidien d’un grimpeur‑père
Je me suis interrogé sur l’impact de la paternité sur mon style d’escalade. Bien que je ne me considère pas téméraire, le risque reste un élément inhérent à ma pratique. Depuis qu’Arthur est né, je ne prends plus de voies dangereuses sans qu’elles soient vraiment exceptionnelles. Chaque décision intègre désormais un calcul subconscient où le bien‑être de mon fils compte autant que ma propre sécurité.
Réflexions sur le risque et la responsabilité
Après deux quasi‑accidents, la conscience du danger devient aiguë. On se retrouve face à ses proches, on se questionne : suis‑je vraiment un père responsable ou un « selfish asshole » qui justifie ses prises de risque ? La réponse réside dans la capacité à offrir à son enfant la liberté de choisir son propre chemin, qu’il s’agisse d’escalade, de course, de vélo ou même de violon.
En fin de compte, l’objectif est simple : montrer à Arthur qu’il peut aller où il veut et faire ce qu’il veut, sans imposer un mode de vie qui ne serait pas le sien.




