Sous la Montagne Blanche : trek au cœur de Tenerife
Arrivée et premières impressions
Le message diffusé sur le haut-parleur annonçait notre atterrissage imminent. En me penchant à la fenêtre, j’espérais apercevoir notre destination, mais je ne voyais qu’une mer de nuages. Au moment où l’avion commençait sa descente, le joyau de Tenerife, le Teide – volcan actif culminant à 3 718 m au cœur de l’île – perça le voile blanc.
Origine du nom « Montagne blanche »
Avant la conquête espagnole des Canaries au XVe siècle, les tribus autochtones de l’île voisine de La Palma appelèrent Tenerife « teni‑ife », « montagne blanche ». En hiver, le Teide se couvre parfois de neige, d’où ce surnom.
Motivation du trek
Chaque année, cinq millions de visiteurs affluent à Tenerife pour le soleil, les plages et la vie nocturne. Mais mon partenaire Adriana et moi recherchions autre chose : explorer à pied l’intérieur diversifié de l’île et observer les micro‑climats nés de sa topographie unique.
Départ du littoral sud vers le cratère Las Cañadas
Avec des sacs lourds et des bouteilles d’eau, nous avons quitté le réseau animé de stations balnéaires du sud. En janvier, le climat était presque estival comparé à l’Angleterre. Notre première étape était le rebord du cratère dormant Las Cañadas, situé au centre de l’île et offrant une vue imprenable sur le Teide. Le trajet, deux jours de montée, nous a menés à travers complexes touristiques, villages, spécialités locales et glaces, jusqu’à une forêt de pins canariens à mi‑chemin.
Le sol sec interdisait les feux de camp ; nous avons donc dû surveiller attentivement la flamme bleue de notre réchaud pendant la préparation du repas du soir.
Premier jour de randonnée – Villaflor
Au lever du jour, le soleil diffusait une lueur chaude à travers les branches de pins. Nous avons traversé Villaflor, le dernier village que nous verrions avant le reste du parcours. L’anglais était moins répandu qu’en bord de mer, alors j’ai tenté de parler espagnol pour refaire le plein d’eau. Adriana, plus à l’aise, a rapidement pris le relais. Un vieil homme à la canne, observateur lent, a renforcé mon impression du rythme de vie paisible de ces hauteurs.
Vestiges agricoles et paysages lunaires
Sur le sentier, nous avons découvert de vieilles fermes abandonnées, leurs outils s’enfonçant peu à peu dans le sol. Le tourisme a rendu l’agriculture difficile sur l’île ; l’accès à l’eau étant rare, les exploitations ont souvent été abandonnées. Adriana a trouvé le crâne d’une chèvre, témoin silencieux de ce déclin.
En quittant les pins denses, nous sommes entrés dans un décor de formations rocheuses étranges et de dunes de sable volcanique, rappelant la surface poussiéreuse de la Lune. Des vents anabatiques chauds formaient une mer de nuages semblable à celle vue depuis l’avion. Nous étions les seuls à profiter de ce spectacle.
Arrivée au bord du cratère et descente
Au crépuscule du deuxième jour, les falaises escarpées du cratère nous offraient une vue majestueuse du Teide. Selon la légende guanche, le volcan soutenait le ciel. Nous avons finalement descendu dans le fond du cratère, épuisés et assoiffés. Sans source d’eau courante, nous avons dû faire un détour vers un hôtel isolé pour nous ravitailler, attirant les regards des quelques occupants.
La nuit était glaciale, bien plus froide que prévu à cette altitude. Nous avons rangé nos sacs et nos sacs de couchage givrés au petit matin. Après avoir réchauffé les lentilles de contact d’Adriana, nous avons repris la marche, le soleil bas nous offrant des éclats intermittents.




Pause à l’observatoire astronomique
Un appel d’Adriana à des amis a débouché sur un hébergement inattendu : l’observatoire astronomique de Tenerife, perché à 2 390 m d’altitude. Après une douche chaude bien méritée, nous avons observé le crépuscule, le Teide projetant son ombre tandis que les étoiles brillaient d’une clarté exceptionnelle.




Traversée vers le nord et retour à la civilisation
Les jours suivants, nous avons suivi des sentiers qui nous ont menés du cœur montagneux vers le coin nord‑est de l’île. Le paysage lunaire a laissé place à des forêts d’eucalyptus aromatiques, les aiguilles de pin cédant aux écorces sèches. La circulation s’est intensifiée, les maisons se sont transformées en villages aux senteurs de spécialités locales.
Enfin, nous avons posé nos sacs dans un appartement climatisé à Punta del Hidalgo, offert par la famille d’Adriana. Après avoir lavé la poussière volcanique, nous avons contemplé les lumières des hôtels qui s’allumaient, rappelant les étoiles au crépuscule. Le Teide, silhouette imposante, veillait sur la baie.
Conclusion
Tenerife, petite île au milieu de l’océan, accueille chaque année des millions de touristes, mais elle recèle également des lieux d’une beauté exceptionnelle. Il suffit d’un peu d’effort et de volonté pour les découvrir.




