Le circuit de l'Annapurna à vélo ultra‑léger
Je suis accro aux cyclistes de haute montagne. Après une journée d’ascension épuisante, je pose la tête sur l’oreiller, mes articulations craquent, un repas chaud repose dans mon ventre, mes lèvres sèches disent bonne nuit à ma compagne qui dort à côté de moi dans son sac de couchage. Même les yeux fermés, je revois le sentier rocailleux, le pneu avant qui danse d’un côté à l’autre pour me garder en équilibre. Mon corps est meurtri, ma peau couverte de poussière, de crème solaire et de sueur, mais je suis entouré de sommets immaculés et je sais que je suis là grâce à ma détermination à pédaler. La douleur aux cuisses et le manque d’oxygène n’enlèvent rien à la joie immersive qui m’envahit.
Pourquoi voyager ultra‑léger ?
Après des mois à gravir les cols de l’Himalaya indien, Anna et moi sommes arrivés au Népal. Nos corps s’étaient habitués aux terrains exigeants, mais nous voulions pousser nos limites encore plus loin. Pour la première fois, nous avons décidé d’essayer le cyclisme ultra‑léger, en ne gardant que l’essentiel dans nos sacoches. Les nombreux hébergements le long du circuit nous ont permis de laisser le superflu derrière nous et de nous concentrer sur le paysage.
Le circuit de l'Annapurna
Le sentier débute dans les basses terres, traverse rizières et villages qui ressemblent à ceux du Laos ou du Myanmar, puis pénètre une jungle subtropicale brumeuse. Il longe d’imposantes falaises avant d’ouvrir sur des forêts de sapins rappelant la Suisse, pour finalement offrir les paysages typiquement himalayens de rochers nus et de montagnes enneigées.
Le parcours est bien entretenu, avec de nombreux restaurants et gîtes. Le plus grand défi reste le passage le plus haut, qui se trouve sur un sentier de terre et de pierres, bien au‑dessus des cols déjà gravis. C’est ce défi qui nous a poussés à voyager léger.

Alléger nos vélos
Libérés du poids habituel, nos vélos semblaient flotter. L’ascension et l’accélération sont devenues un jeu d’enfant. Une fois arrivés à Besishahar, la route goudronnée s’est transformée en un sentier de terre et de pavés parallèles au sentier de randonnée. Grâce à nos vélos allégés, nous avons pu franchir les parties les plus ardues sans jamais devoir pousser les machines à pied.
Passer les ponts suspendus
Nous avons traversé plusieurs ponts suspendus qui, loin d’être instables, offraient une expérience comparable aux meilleurs sentiers européens. En Chame, le sentier devient piéton, les 4x4 n’y vont plus, et le tracé suit le bord de falaises avec des rivières tumultueuses en contrebas. Les pentes de granit, les pâturages de yaks et de chevaux, les villages où les enfants jouent à l’arc et les vieilles dames qui font le tour des stupas blanchis composent un tableau vivant.
Manang et le festival bouddhiste
Arrivés à Manang, nous avons eu la chance d’assister à un festival bouddhiste : danses traditionnelles, lamas en robes multicolores, masques de démons, tambours et trompettes résonnaient au pied des montagnes majestueuses.
Acclimatation à 3500 m
Logés dans une chambre avec vue sur l’Annapurna III et le Gangapurna, nous nous sommes réveillés chaque matin face à ces géants blancs. Après deux jours de repos, l’envie de reprendre la route nous a menés vers le col Thorong La.
Ascension du Thorong La (5416 m)
Nous avons entamé l’ascension tôt, avant les randonneurs, pour profiter du sentier en solitaire. Le manque d’oxygène s’est rapidement fait sentir ; de nombreuses pauses courtes étaient nécessaires. À 5100 m, Anna a commencé à fatiguer et a demandé à redescendre. Nous étions à deux kilomètres du col. Nous avons décidé d’atteindre le point culminant puis de redescendre. J’ai dû pousser chaque vélo séparément, gravissant le col deux fois.





Arrivés au sommet à 5416 m, nous étions épuisés mais euphorique. Nous avions gravi près de 2000 m en deux jours, entièrement à vélo, sans aide extérieure. Les larmes de joie coulaient sur nos joues tandis que nous descendions la piste rocheuse, fiers d’avoir relevé ce défi.
Conclusion
En deux semaines, nous avons parcouru la majeure partie du circuit de l’Annapurna, découvrant les bienfaits du bike‑packing ultra‑léger. Cette aventure a prouvé que le cyclisme en haute montagne, avec le strict nécessaire, procure une sensation d’accomplissement incomparable. Rien n’est plus puissant que de pédaler au cœur des sommets, libre et reconnaissant.




