Le Mur Étincelant
Une urgence glacée
Tout a commencé avec un appel de Scott. « Mec, tu dois absolument venir à Zion, maintenant. Il y a bien plus de glace qu’on ne le pense. » Il parlait toujours de la glace avec une urgence contagieuse.
Du shooting à la quête
Ce qui devait être une simple séance photo sur le seul itinéraire glacé de Zion à l’époque, le Zicicle, s’est transformé en une recherche d’autres formations gelées dans le canyon. Scott avait raison : il y avait plus de glace, mais elle se cachait un peu plus loin, le long du rebord du canyon, et il a fallu la découvrir. La trouver était une chose, la grimper en était une autre.
Au‑delà des classiques de Zion
Quand on évoque la glace à Zion, on imagine immédiatement les voies comme Moonlight Buttress, des parois de Navajo Sandstone s’élançant sur des centaines de mètres avec de longues traînées bleues de glace. Ces itinéraires sont très fréquentés, les files d’attente sont longues. Mais ce sont les voies du canyon principal, le site le plus connu, et le moins propice aux pentes glacées escaladables. Scott s’est dirigé vers les zones plus reculées du parc, au-delà du canyon principal.
Là‑dessus, au sommet des couches rocheuses les plus hautes, s’étend un réseau de canyons profonds, découpés par d’innombrables drainages secondaires qui se jettent dans le Zion Canyon. En regardant depuis le haut, on voit un abîme sombre de parois lisses et courbées qui semblent se frôler. La glace coule du sommet de ces murs. Un avantage : on peut toujours descendre en rappel, vérifier jusqu’où la glace s’étend et si elle est assez épaisse pour être escaladée. Mais une fois au fond, si l’on décide de tirer les cordes, on s’engage à remonter. L’escalade devient alors sérieuse.
La découverte du Mur Étincelant
Après avoir exploré autour du Zicicle, principalement le canyon Orderville à l’est du parc, l’équipe a jeté un œil sur Kolob Creek, à l’ouest, qui semblait prometteur. Après avoir trouvé quelques bonnes lignes dans le canyon principal, ils ont pénétré un plus grand canyon secondaire qui se rejoignait plus bas. C’est là qu’ils ont fait l’une de leurs plus grandes découvertes : le Mur Étincelant. Un réseau scintillant de plus de 100 m de glace, alimenté par des sources printanières au bord du rebord. On ne pouvait pas exagérer en le qualifiant de Graal de l’escalade glacée à Zion.
Les températures montaient, la plupart des lignes commençaient déjà à fondre en haut. Une seule paraissait encore viable. « Last Man Standing » devint la dernière voie de leur marathon de deux semaines. Le jour suivant, le soleil fit fondre le reste, ne laissant que le souvenir d’une saison prochaine.
Retour au Mur Étincelant
Lorsque la deuxième saison arriva, l’attention de Scott était focalisée sur le Mur Étincelant. La glace était mince mais, selon eux, escaladable. Au centre du mur, une goutte d’eau débordait du bord, créant un petit surplomb, puis une élégante colonne de glace de 30 m de haut. L’eau alimentait deux larges traînées en forme de « chewing‑gum » qui descendaient 50 m jusqu’au fond du canyon. Plus de 100 m de glace fine, avec le crux près du sommet.
Arrivés au fond du canyon étroit, la perspective change : la remontée semble bien plus intimidante. Matt Tuttle, revenu avec Scott, a pris le premier pitch, une fine bande bleue à droite, couronnée d’un grand toit. Il a dû traverser à gauche sur le grès lisse vers une autre large traînée, se frayant un chemin avec précision et équilibre sur des échappées inclinées. Peu de prises étaient assez solides pour une piolette, il a donc dû se servir de ses mains pour saisir les petites aspérités.
Une fois de nouveau sur la glace, il a poussé un cri de soulagement. La partie suivante était plus aisée jusqu’aux échappées et à la base du pilier abrupt. Scott, au point d’ancrage, s’est rapidement préparé et a grimpé. Son cri de joie à la fin du pitch a résonné dans le canyon, suivi du nôtre.
Le défi final et les perspectives
Après le premier rappel, Scott a voulu explorer la droite, où il avait repéré une ligne classique qui descendait comme une autoroute lisse, se rétrécissant en un fin pilier. En redescendant, il a tapé la glace pour vérifier son adhérence. À 30 m du fond, la glace a produit un son creux, révélant qu’elle n’était plus solidement fixée. Nous avons installé un ancrage juste au-dessus et avons tiré les cordes avant de remonter.
J’ai ensuite mené la seconde montée, très exposée, au-dessus de Matt et Scott, pendu à un belay. La lumière déclinait, le soleil rougeoyait sur la glace scintillante. Nous savions que nous reviendrions la saison suivante, le temps que la glace se stabilise davantage.
L’avenir des nouvelles ascensions glacées à Zion reste mystérieux. L’eau peut couler sur d’innombrables falaises ; avec les bonnes conditions, la glace peut se former là où on l’attend le moins, créant des voies uniques. Sur les cinq principaux drainages, seulement deux ont été explorés. La question n’est plus « Y a‑t‑il de la glace ? » mais « Qui la trouvera et qui l’escaladera ? »
Ce récit a été publié pour la première fois dans Sidetracked Magazine, volume 14.




