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Janhukot

20h00 : Altitude 6300 m. La journée d’escalade a été éprouvante. Le manque d’oxygène rendait chaque respiration difficile et nos mouvements lents. Jusqu’à 16h, le temps était clément, puis les nuages se sont accumulés, l’air s’est chargé d’électricité et une tempête était inévitable. Nous avons cherché un endroit où camper sur une crête étroite, sans plateforme plane. Après avoir creusé en vain dans la neige dure, nous avons compris qu’il valait mieux repartir.

Nous avons finalement trouvé un petit promontoire où installer la tente, juste avant que la tempête ne se dégage. Pour la première fois en trois jours, nous avons pu enlever nos casques et harnais, nous déplacer librement et préparer le repas.

Le temps restait capricieux, mais nous avons photographié le tracé vers le sommet. Le relief était un enchevêtrement de corniches rocheuses et de couloirs glacés. Les précédentes tentatives de Paul, Malcolm et de Simon Yearsley en 2014 avaient échoué à cause du mauvais temps. Nous avions donc besoin d’un bon camp pour recharger nos forces.

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05h00 : L’alarme a retenti dans la tente, nous rappelant que nous étions à 6300 m sous une pluie inattendue. Aucun de nos 30 expéditions précédentes n’avait connu de précipitations à cette altitude. L’humidité et le vent menaçaient engelures et hypothermie.

Nous étions épuisés, mais nous devions décider : rester et risquer la perte de chaleur, ou poursuivre. La tente était déjà humide, les réserves alimentaires très limitées.

06h00 : La pluie persistait, la visibilité était quasi nulle.

07h00 : Malcolm a allumé le réchaud, nous avons partagé une boisson chaude et, malgré la fatigue, nous avons décidé de partir, sans corde, pour gagner du temps.

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08h30 : Altitude 6450 m. La visibilité était toujours très mauvaise. Nous avons avancé sur une pente de glace raide, chaque pas étant une lutte contre le manque d’oxygène.

10h00 : Altitude 6550 m. La pluie a cessé, quelques flocons persistaient, mais nous progressions bien.

12h00 : Altitude 6600 m. La visibilité s’est nettement améliorée, nous avons repéré la crête du sommet et un itinéraire de neige‑glace.

13h00 : Altitude 6650 m. Aucun sommet en vue, mais nous avons fixé l’heure de retour à 16h pour garder une marge de sécurité.

14h00 : Altitude 6700 m. Nous sommes enfin sur la crête du sommet, avec des corniches instables de chaque côté. Malcolm a glissé dans une corniche, mais a réussi à se remettre en sécurité.

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15h00 : Altitude 6750 m. Les faux sommets retardaient notre progression, mais nous avons finalement identifié le vrai sommet.

16h00 : Altitude 6805 m. Élation totale. Le temps s’est éclairci, offrant une vue imprenable sur les chaînes himalayennes et la plaine indienne. Nous avons remercié nos proches, nos porteurs, puis savouré ce moment unique.

La descente a commencé avec prudence, chaque pas étant vérifié. La fatigue et la faim nous ont poussés à rester concentrés jusqu’à regagner le camp.

20h00 : Altitude 6300 m. De retour à la tente, nous avons enfin pu nous détendre, conscients que le reste de la descente se ferait demain. Le sentiment d’accomplissement, d’amitié et d’aventure reste gravé en nous.



Notes de voyage
  • Dans l Abîme

    Prologue – Une nuit sous la pluie Dan et moi nous relayions pour quitter la tente où nous tentions de dormir, courir sous la pluie jusquaux toilettes improvisées. Entre deux accès de nausée, je restais allongé sur mon tapis de camp, écoutant la pluie marteler le toit – une pluie qui remplissait les affluents boueux et gonflait le fleuve Apurimac. Mon corps et mon esprit étaient épuisés après trois jours de kayak quand les serpents de la maladie senroulaient à nouveau dans mon estomac, se transfo

  • Sans frontières

    L’aube filtre à travers la toile de mon abri, me tirant d’un rêve anxieux qui se dissipe dès l’ouverture des yeux. La nuit précédente avait été difficile : jouer à la roulette russe avec les orages était un risque que j’avais accepté en entamant le col de Tinée deux jours plus tôt, mais le cerveau du randonneur oublie facilement l’angoisse viscérale du tonnerre en altitude lorsqu’on est en mode planification ambitieuse. Je me débats sous la masse humide de ma couette ; une flaque d’eau s’est inv

  • Lancer les dés

    Réveil à lancreLe bruit de l’ancre me tira brusquement du sommeil. À moins d’un mètre au-dessus de ma tête, à travers les parois ultra‑minces de la cabine, j’entendais le moteur peiner tandis que la lourde chaîne claquait avec force en remontant. J’ai jeté un coup d’œil à ma montre : 6 h00. Il restait encore deux heures avant le départ. Les vents katabatiques, violents, descendaient des montagnes et nous avaient obligés à jeter l’ancre à plusieurs reprises la nuit précédente. J’imaginais le capi