Voyage à vélo à travers l'Islande
Introduction
« Si c'était facile, ce ne serait pas un défi », ces mots résonnaient dans ma tête tandis que je pédalais le long de la F208, au cœur de l'Islande. Le sol de cendres volcaniques, ponctué de ravines créées par le trafic, rendait parfois difficile de garder le vélo sur le bord du sentier. J'étais étonné de voir des bus circuler sur cette même voie, semblables à des voitures de tourisme qui n'ont clairement pas été conçues pour de telles conditions, mais qui foncent quand même.
Intérieur islandais
Au cinquième jour de mon aventure, la pluie cédait enfin la place au soleil et la journée s'annonçait splendide, presque estivale. J'ai pensé à troquer mon legging de cycliste contre un short, mais le vent frais a rapidement fait revenir le doute.
En pénétrant les hautes terres, le paysage change radicalement : les verts pâturages laissent place à des étendues de sable volcanique, les routes goudronnées deviennent des sentiers. La désolation du décor se fait sentir, surtout autour du lac Hrauneyjalón où seules quelques montagnes se profilent à l'horizon.
Le chemin s'est rapidement abrupte et j'ai dû affronter une montée difficile. Le sol meuble faisait patiner la roue arrière, m'obligeant à pousser le vélo chargé d’environ 20 kg d’équipement. Des automobilistes me saluaient, souriaient, voire prenaient des photos pendant que je poussais – une vraie mise à l'épreuve. Mais ces obstacles font partie du charme de l'Islande.
Tout au long du trajet, les montagnes de rhyolite aux couleurs variées – noir cendre, rouge volcanique, vert mousse – formaient un tableau vivant qui restera gravé dans ma mémoire.
Landmannalaugar
Impossible de manquer le mur de lave solidifiée et le camping qui s’y trouve à Landmannalaugar (« piscine du peuple »). Avant d'arriver, j’ai dû franchir un large gué. Un super‑jeep des secours montagneux islandais était déjà en train de le traverser. Le conducteur a baissé la vitre pour me proposer de l’aide, mais j’ai décliné grâce à un pont piétonnier en amont.
Le principal attrait du site est la source chaude située au pied du mur de lave. L'eau bouillante qui jaillit du sous-sol se mêle à l'eau plus froide d’un ruisseau voisin, offrant un bassin parfait pour se détendre après une journée de vélo.
Landmannalaugar restera un lieu spécial que je revisiterai dès que l'occasion se présentera. J’ai passé de longues heures dans la piscine chaude avant de reprendre la route pour explorer davantage ce pays incroyable.
Vers le sud
Le sentier continue vers le sud, les gardiens du camping m’avertissant d’un nouveau défi. Le temps était clément : aucun vent, aucune pluie. Le trajet descend de 600 m d’altitude jusqu’au niveau de la mer, mais les courbes escarpées sont toujours au rendez‑vous.
Après avoir traversé quelques montagnes et lacs, j’ai rencontré mon premier grand gué. Sans autre issue, j’ai enfilé mes tongs et traversé à côté des traces de pneus de véhicules plus gros. L’eau était glaciale, jusqu’aux chevilles.
Ce fut le premier d’une série de traversées de rivières ce jour‑là. Certaines étaient assez larges pour y rouler, d’autres nécessitaient à nouveau les tongs. Au final, mes pieds et mes chaussures de cyclisme étaient trempés. Après plus de six heures de marche et de pédalage, je n’avais parcouru que 40 km avant d’arriver au simple camping de Hólaskjól.
Icebergs magiques
Un vent mordant s’est levé au col de montagne, nous enveloppant, moi et mes deux compagnons, dans un froid glacial. Nous avons cherché refuge dans un café au bord du lagon glaciaire de Jökulsárlón, complètement trempés.
Le propriétaire, généreux, m’a permis d’installer ma tente derrière le hangar. Le montage a été rapide, mais il a fallu ancrer la tente avec des pierres et des haubans pour résister au vent. Mon vélo a servi de pare‑vent grâce à son large siège recumbent. Malheureusement, mes sacoches ont perdu de leur étanchéité et mon sac de couchage était mouillé aux pieds, j’ai donc dû le sécher à l’intérieur de la tente avant de repartir pour un autre café.
Le panorama du lagon était époustouflant : les icebergs d’un bleu saisissant contrastaient avec le ciel gris. Le site est très fréquenté, comme le confirme une guide locale dont le groupe a passé quatre heures en bus depuis Reykjavik pour arriver ici, avant de repartir rapidement. Mon expérience solitaire était donc d’autant plus précieuse.
Une semaine plus tard, je suis retourné à Jökulsárlón pour assister aux feux d’artifice annuels organisés par les services de secours. Les fusées, transportées dans de petites caisses en carton, étaient allumées à la main depuis des zodiacs qui tournaient autour des icebergs, offrant un spectacle lumineux au-dessus de l’eau.
L’Islande a conquis mon cœur ; je reviendrai sans doute pour découvrir davantage de ses merveilles.




