Aviron pour la liberté
Contexte et objectif
Deux jours avant le départ, notre capitaine, la personne la plus expérimentée du groupe, a dû quitter l’équipage dans des conditions difficiles. Nous avons décidé de poursuivre sans elle, reportant le lancement officiel de deux jours afin de redistribuer ses fonctions. Ce revers a renforcé notre cohésion et a mis davantage l’accent sur notre mission : attirer l’attention du monde sur le trafic humain à des fins d’exploitation sexuelle et de l’esclavage.
Préparations
Nous n’étions que des novices en aviron, mais nous nous sommes entraînées intensivement : deux séances d’aviron sur l’eau par semaine, deux séances de musculation, et jusqu’à quatre entraînements sur l’ergo par semaine, parfois même à 2 h du matin. Nous avions étudié la navigation céleste au cas où le GPS faillirait, et nous avions testé nos batteries et nos panneaux solaires avant le départ.
Défis physiques et mentaux
Traverser 3 000 miles d’Atlantique en 45 jours, sans voir la terre, a été une épreuve mentale. Les vagues atteignaient parfois 15 mètres, les nuits étaient longues et l’obscurité accentuait la peur. Le manque d’énergie solaire a fait griller notre testeur de batterie dès les premières heures, ne nous laissant qu’une petite veilleuse pour éclairer le pont.
Le travail en rotation de deux heures d’aviron suivies de deux heures de repos était épuisant. Nous ne dormions que 90 minutes à la fois, mais chaque seconde gagnée était cruciale : perdre 30 secondes toutes les deux heures aurait ajouté des jours à la traversée.
Vie à bord
Notre « cabine » était à peine assez grande pour nous allonger, dans des vêtements trempés. Nous utilisions des matelas en mousse très fins et des pulls comme oreillers. L’alimentation se limitait à des rations à haute teneur calorique et à des collations d’expédition. L’hygiène se faisait à l’aide de lingettes pour bébé.
Les moments de détente se résumaient à des jeux de mémoire – le « Eye Spy » devenait vite impossible sur l’océan – et à l’observation du ciel étoilé, source de réconfort lorsque le GPS était hors service.
Incidents techniques
Nous avons dû réparer presque chaque composant du bateau, souvent en pleine nuit. Le système de désalinisation s’est cassé au jour 15, nous obligeant à pomper à la main 2 litres d’eau toutes les deux heures pendant un mois, limitant notre consommation d’eau et aggravant la déshydratation. Nous ajoutions du sel de notre trousse médicale pour rendre l’eau plus agréable, mais les maux de tête se faisaient sentir.
Rencontres avec la nature
Des vagues de 15 mètres se succédaient à des moments de calme plat. Sur les 45 jours, nous avons vu des dauphins curieux nager à côté du bateau, et nous avons contemplé des couchers et levers de soleil d’une pureté rare, loin de toute pollution urbaine. Les nuits étoilées et les météores nous ont rappelé pourquoi nous luttions : chaque rame était un cri contre les millions de victimes de l’esclavage moderne.
Arrivée à Barbados
Le 45ᵉ jour, à 23 h, nous avons accosté à Port St. Charles, Barbados. L’émotion était immense : le goût du jus d’orange après tant de jours de privations a semblé le symbole de notre réussite. Nous étions fières d’avoir établi deux records mondiaux tout en donnant une plateforme à la lutte contre la traite et l’esclavage.
Cette aventure ne marque pas la fin de notre combat, mais le début d’un nouveau chapitre où notre expérience pourra inspirer d’autres à rêver grand et à agir.




