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Dévaler la Triple Couronne des Alpes

« Brenva est bon ». Trois mots qui ont suffi à Enrico Karletto Mosetti pour parcourir sept heures de route depuis la frontière italo‑slovène jusqu’à Chamonix. La descente de la Brenva, sur le versant italien du Mont Blanc, a été ouverte pour la première fois par le skieur tyrolien Heini Holzer en 1975 et constitue la première étape de mon projet Alpine Trilogy.

Le projet Alpine Trilogy

Le but était simple : relever le défi personnel de skier les trois plus grandes faces verticales des Alpes, en profitant de conditions de neige exceptionnelles qui ne se présentent que quelques jours tous les quelques années. J’estimais mes chances à 50 % – il était possible que je ne réalise jamais ce rêve. Ce message à Enrico a lancé une aventure qui allait marquer ma vie.

Les trois faces

Ostwand du Cervin – la face est du Cervin, première descente de Jean‑Marc Boivin le 6 juin 1980, pour célébrer le 150e anniversaire du premier sommet du Cervin.

Face ouest du Mont Blanc – la face de 2 200 m de Sylvain Saudan (première descente le 25 juin 1975). Après des tentatives depuis 2009, je me suis promis de la réussir cette fois‑ci.

Face est du Mont Blanc – le couloir de la Brenva – zone isolée, vaste et difficile d’accès. En 2023, la fonte du manteau neigeux jusqu’à 2 500 m a créé avalanches, coulées de boue et chutes de rocher, rendant la sortie encore plus exigeante : traverser le glacier de la Brenva, passer le col de la Fourche et remonter 600 m de la Vallée Blanche sous un soleil écrasant.

Préparatifs

Enrico a passé la matinée sur le Tour Ronde à examiner la face, repérer les seracs actifs et s’acclimater. Nous avons étudié les photos, repéré les zones de glace et mémorisé la ligne de traversée.

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Le couloir de la Brenva

Arrivés au refuge des Cosmiques, nous avions prévu d’escalader Tacul et Maudit, mais 40 cm de neige nous ont contraints à passer par le col de la Fourche. Nous avons quitté le refuge à 3 h du matin, transportant le minimum d’équipement, et avons skié la Vallée Blanche dans l’obscurité. Un effondrement de seracs au col du Diable a créé un détournement imprévu, mais nous avons finalement rejoint le col de la Fourche au lever du jour.

Après avoir laissé le matériel superflu, nous avons gravi le couloir de la Brenva, chaussé les crampons, puis les skis. La face est un mélange de couloirs, de buttes et de seracs, avec du poudreux ensoleillé à l’étage supérieur. Nous avons réalisé des virages fluides, puis avons redescendu la Vallée Blanche, avant de remonter 600 m pour rejoindre l’Aiguille du Midi.

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Face ouest du Mont Blanc

De retour à Chamonix, nous avons rencontré Guilhem Martin Saint‑Leon, qui nous a montré les dernières conditions sur la ligne de Saudan. Après plusieurs jours d’attente, nous avons tenté la descente le 25 mai, malgré un vent du nord glacial. La neige fraîche (30 cm) sur l’arête a retardé notre départ, mais nous avons finalement pris le col de la Fourche, puis la face ouest.

Les conditions étaient extrêmes : vent violent, neige dure, seracs actifs. Nous avons progressé en suivant la ligne la plus sûre, traversé le couloir de 50° de Saudan et évité les chutes de seracs. Après avoir atteint le glacier de la Miage, nous avons skié le couloir ouest jusqu’au glacier du Dôme, puis redescendu vers le chalet Miage.

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Face est du Cervin

Le dernier jour, nous avons dû camper en raison d’un refuge fermé. Nous avons entamé la descente de l’Ostwand en pleine nuit, sous la lumière de la pleine lune. La face était recouverte d’un manteau de neige très fin, mais les conditions de soleil matinal ont rendu la descente très rapide. Nous avons franchi les seracs, trouvé des passages sûrs et terminé la descente en quelques heures.

En dix jours, nous avions complété la Triple Couronne alpine : Brenva, face ouest du Mont Blanc et Ostwand du Cervin. La satisfaction était immense, tant du point de vue technique que de l’aventure en zone isolée.

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Notes de voyage
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