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La vie derrière l’objectif

Mon parcours

Je pratique la photographie depuis plus de 30 ans. Étudiant, je imprimais et revançais des tirages Cibachrome pour financer mon matériel de prise de vue et de développement. Le Cibachrome, aujourd’hui presque oublié, offrait un rendu exceptionnel sur film diapositif.

Avec le temps, ma carrière de chirurgien oral‑facial et ma vie de famille ont pris le dessus. J’étais souvent de garde quatre jours de suite et passé la moitié de mon temps loin de la maison, notamment lors des naissances de mes enfants. Le temps et l’énergie créatifs étaient alors très limités.

Il y a six ans, j’ai intégré un centre spécialisé comme chirurgien oral principal, ce qui m’a permis de réduire mon activité hospitalière à deux jours et demi par semaine. En été 2011, j’ai pris la décision radicale de quitter le service hospitalier pour me consacrer pleinement à la photographie et à mon portfolio. Cette transition a été difficile sur le plan mental, mais elle était guidée par la conviction profonde de devoir porter mon travail photographique à un niveau supérieur.

Passer au professionnel

Le passage au statut professionnel s’est fait progressivement. J’ai d’abord réalisé des missions pour Rab, puis d’autres entreprises m’ont contacté. Les réseaux sociaux ont été un levier essentiel pour faire connaître mon travail. Aujourd’hui, je partage mon temps entre trois jours de chirurgie orale par semaine et une activité de photographe professionnel, avec des collaborations pour plusieurs marques d’outdoor et une clientèle en constante expansion.

Ce qui distingue un professionnel

Posséder un smartphone avec caméra ne suffit pas. L’essentiel réside dans la façon dont l’œil et le cerveau perçoivent une scène, la connexion émotionnelle que l’on crée, et la manière d’utiliser l’appareil pour transmettre cette émotion. Une expertise technique est nécessaire, mais ce n’est pas le matériel qui fait le photographe. Un bon photographe peut créer une image remarquable avec un vieux reflex 35 mm, tandis qu’un appareil dernier cri ne garantit pas une bonne composition. Le vrai défi est de voir les opportunités là où les autres ne voient que le décor.

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Ma philosophie

Mon approche combine le paysage, le portrait et le lifestyle. Le paysage m’enseigne la composition, les lignes directrices, la lumière naturelle et le moment optimal. Le portrait, surtout en extérieur, m’apprend à manier les flashs pour obtenir une lumière douce ou dramatique selon la situation. En sport d’aventure, je fusionne ces éléments, travaillant avec l’athlète pour créer des images originales.

Le facteur imprévisible du temps est le plus grand défi : un jour unique pour photographier une nouvelle gamme de vêtements d’aventure sous une météo capricieuse exige une adaptation rapide. Ma polyvalence me permet d’utiliser des flashs de studio à l’extérieur afin de compenser une lumière défavorable et de satisfaire les exigences du client.

Un projet marquant

L’image qui a intégré le livre Landscape 7 représente le meilleur de ma philosophie : lumière, composition et dynamique d’un sport d’aventure. Elle a été prise en décembre dernier, lors du projet « Extreme Scotland ». Initialement prévu sur Ben ou Aonach Mor avec Kev Shields, les conditions d’avalanche ont annulé le plan. Grâce à un appel rapide à Frazer à Fort William, nous avons pu réaliser le shooting sur le Mont Glencoe le lendemain, démontrant l’importance de la flexibilité et des solutions de secours.

Expositions et reconnaissance

Les photographies primées lors du concours « Landscape Photographer of the Year » ont été exposées pendant trois mois au National Theatre, South Bank. C’est un honneur d’être aux côtés de photographes talentueux qui m’inspirent depuis des années.

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Vers le cinéma

En parallèle de la photographie, je développe mes compétences en réalisation. En janvier, je travaille dans les Écrins avec un réalisateur et des grimpeurs sur un projet commun, suivi d’un séjour en Islande en février. En mars, je participe à un atelier et à une conférence sur la photographie d’aventure au Fort William Film Festival, puis je réalise un shooting pour The North Face UK. Cet été, je prévois un road‑trip à travers les Alpes suisses, françaises et italiennes.

Réflexions sur la photographie

La réponse que donnent les photographes depuis toujours est la même : la photographie ne consiste pas à reproduire fidèlement ce que l’on voit, mais à interpréter artistiquement une scène. Les maîtres du noir et blanc comme Ansel Adams utilisaient des filtres colorés, le dodging et le burning pour sculpter le contraste. Avec les films diapositifs (Fuji Velvia, etc.), on accentuait la saturation des couleurs. Aujourd’hui, le numérique offre une large latitude en post‑traitement : récupération des hautes lumières, détails dans les ombres, mais il faut rester honnête. L’art doit rester sincère, tout en créant une émotion qui touche le spectateur.

Équipement

J’utilise des boîtiers Canon, principalement le 5D Mark II et le 5D Mark III, avec les objectifs de la série L. Pour le flash hors‑camer, je privilégie les déclencheurs radio Pocket‑Wizard et le système portable Elinchrom Quadra. Mon trépied est un Manfrotto en fibre de carbone, et je transporte mon matériel dans des sacs F‑Stop.

En escalade technique

Lors de mes ascensions, le boîtier est logé dans un sac Lowepro Toploader fixé à l’épaule et à la partie arrière du harnais. Si l’espace le permet, j’ajoute un Canon Speedlite (580 EX II ou 430 EX II) selon la longueur et la difficulté de la voie. Pour les sorties sans pression commerciale, je me limite au boîtier seul afin de ne pas alourdir mon équipement. En cas de shooting commercial, je prépare minutieusement le dispositif : deux objectifs, le flash, le matériel de fixation (jumar, etc.) pour être toujours prêt à capturer le moment décisif.


Nous travaillerons à nouveau avec Nadir sur plusieurs projets plus tard dans l’année, restez à l’affût de ses nouvelles créations.


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