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Traversée de la crête des Cuillin en kayak en 48 heures

Départ et conditions météorologiques

Après avoir attendu une fenêtre météo favorable, nous avons quitté Mallaig aux premières heures du jour, alors que le soleil était encore haut. Les deux semaines précédentes avaient été un véritable jeu du chat et de la souris entre prévisions de beau temps et systèmes de basse pression persistants. Pour tenir notre objectif de 48 heures, il nous fallait un bloc de haute pression, vent léger et visibilité claire.

Traversée du Cuillin Sound

Le Cuillin Sound n’est pas un lieu où l’on se sent à l’aise à bord d’un petit kayak en plastique. Le soleil s’était couché derrière l’horizon dentelé des Cuillin, et le vent faisait monter les vagues. En traversant d’Elgol à Loch Scavaig, les vagues s’écrasaient sur nos coques, tandis que la faible lueur verte d’un bâton lumineux collé au gilet de flottaison de Kieron clignotait entre chaque vague.

Arrivée sur l’île de Skye

Dans l’obscurité totale, nous atteignâmes notre site de débarquement sur la côte de Skye. Surveillés par des phoques, nous poussâmes les kayaks à travers un tapis puant d’algues jusqu’à la terre ferme, sous une nuée de moucherons qui ne perdaient pas de temps. Après avoir changé nos combinaisons néoprène, nous remplîmes nos sacs à dos de cordes, de nourriture et d’eau, et dégustâmes un paquet humide de biscuits aux figues.

Ascension de la crête des Cuillin

Le bas‑côté sud de la crête fut rapidement atteint, mais le temps se gâtait. Le système de basse pression qui stagnait depuis plus de deux semaines refusait de céder. En gravissant Gars Bheinn, premier des 22 sommets, nous nous retrouvâmes dans un épais brouillard et des vents violents, la visibilité n’étant que de 10 mètres. Nous avions prévu une journée claire pour naviguer à vue, mais nous devions maintenant micro‑naviguer chaque pas, ce qui ralentissait considérablement notre progression.

Traversée de la crête des Cuillin en kayak en 48 heuresTraversée de la crête des Cuillin en kayak en 48 heures

Arrivés au sommet de Sgurr Alasdair, les nuages se sont momentanément ouverts, révélant la silhouette inconfondable de l’Inaccessible Pinnacle, puis les sommets de Bidein Druim nan Ramh, Bruach na Frithe et, au loin, le cône pyramidal de Sgurr nan Gillean. La ligne noire sinueuse de la crête reliait ces points. Aussitôt, le voile nuageux se referma, nous replaçant dans la brume de Skye.

En descendant dans le col où débute Collie’s Ledge, les nuages s’écartèrent à nouveau, nous offrant un ciel d’un bleu limpide. Nous rattrapâmes le temps perdu, le chronomètre toujours en marche, et trouvâmes un rythme constant le long de la crête.

Le soleil se couchait alors que nous atteignions le dernier sommet, Sgurr nan Gillean. Au nord, la lumière chaleureuse du Sligachan Hotel brillait ; au sud, le chemin du retour traversait les marais et la touffe de bruyère du Glen Sligachan.

Lorsque la nuit retomba, nous traversâmes des champs de rochers et gravîmes le col nord de Sgurr Hain. Ce qui semblait être un simple passage sur la carte se transforma en un véritable cauchemar de marais et de faux sommets, ralentissant notre avancée de façon décourageante. L’objectif de 48 heures s’éloignait dangereusement.

Retour à Mallaig

À l’aube, nous longeâmes les eaux miroirs de Loch Coruisk. Vers 4 h du matin, nos deux kayaks renversés, observés de loin par un troupeau de cerfs, apparurent sur la rive nord de Loch Scavaig. Les moucherons célébrèrent notre pause pour remettre nos combinaisons de la veille. Le vent avait disparu, la mer était lisse comme du verre. Sous les applaudissements des phoques, nous glissions à travers les algues et remontions à bord.

La première traversée de 22 km fut sans vent, l’eau argentée s’étirant à l’infini. Malgré la fatigue, le chronomètre tournait toujours, Mallaig n’étant plus qu’un point blanc à l’horizon. Un autre paquet de biscuits aux figues nous donna l’énergie nécessaire pour poursuivre.

Après 46 heures, 1 minute et 10 secondes, nous accostâmes à Mallaig, suivis d’une file de phoques. Épuisés, nous nous laissions tomber sur la plage rocheuse, tandis que la marée approchait et caressait nos pieds meurtris.

Alors que l’hiver s’installe, nous échangeons bientôt nos pagaies contre des pioches, les brises marines contre les embruns, et les biscuits aux figues humides contre leurs versions glacées.



Notes de voyage
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