Nu sur la montagne de la nuit – récit d’une traversée périlleuse sur la Haute Route Pyrénées
La Haute Route Pyrénées
La Haute Route Pyrénées est un sentier de haute montagne de 900 km qui relie la côte atlantique à la Méditerranée, suivant la ligne frontière entre la France et l’Espagne. Le parcours débute comme il se termine – dans des stations balnéaires humides et paisibles – mais entre ces deux points, la seule constante est le changement. En suivant de près la crête frontalière, nous traversons le cœur verdoyant du Pays basque sur des traces jadis foulées par Hannibal et Roland, passons des lacs glacés, des vallées tapissées de fleurs sauvages, de salamandres, de serpents, de grenouilles, d’abeilles charpentières et de papillons de nuit. Plus haut, les sommets blanchis du massif central accueillent busards, aigles, milans et vautours qui survolent marmottes, chevreuils et chevaux sauvages. L’eau est abondante et, le plus souvent, pure. Le temps est capricieux. On y trouve à la fois paix, silence, aventure et humilité.
Confession
Ceci est une confession, le catalogue de mes erreurs. Je n’en suis pas fier, même si cela m’a beaucoup appris. Mes compagnons et moi nous étions attribué des surnoms de sentier à l’époque.
3 h 00 – Le premier oubli
Nous partons pour le col de Palas. J’exprime mes réserves, mais je reste silencieux, ne voulant pas critiquer le rythme du groupe. Nous atteignons les lacs au-dessus du refuge, puis notre première neigeuse. Le paysage est à la fois solide et fragile, les rochers enveloppés d’une brume menaçante. Une équipe espagnole nous dépasse, de bonne humeur, tandis que nous luttons contre le brouillard et les rochers glissants. Une mauvaise lecture de la carte nous mène à deux cairns que nous prenons pour le Port de Lavedan, alors que la visibilité est quasi nulle. La panique monte, le GPS refuse de fonctionner, et nous nous retrouvons piégés dans un labyrinthe de rochers et de neige.
8 h 10 – Le deuxième faux pas
Au lieu de descendre vers les lacs, nous continuons vers le nord‑est suivant les indications d’un guide néerlandais. La brume s’épaissit, le terrain devient de plus en plus instable. Nous atteignons un petit bivouac de grimpeurs, mais il ne s’agit pas d’un col. Le crépuscule s’installe, le temps se dégrade, et les options se font rares.

9 h 40 – Le troisième faux pas
Je décide de descendre du côté français du massif, le chien me suit avec appréhension. La descente se fait sur rocher mouillé et lâche, les mains et les pieds peinent à se maintenir. Une fois arrivés au fond, nous identifions enfin le vrai Port de Lavedan. Le vent, la nuit et la fatigue rendent chaque respiration difficile. Malgré la peur, nous installons un abri de fortune, partageons de la nourriture et attendons que la météo s’éclaircisse.
Après un moment, le brouillard se dissipe soudainement, révélant une mer de rochers éclairés par une lune bleue‑blanche. Le paysage devient presque onirique, gravé dans ma rétine. Le chien décrit ce moment comme « un humilité qui vous replace au cœur de vous‑même ». Aucun phénomène n’explique cette accalmie, c’est simplement la chance.
Le froid persiste. Nous bivouaquons, le poisson tremblant sous une couverture de survie, le chien et moi enroulés dans nos sacs. À l’aube, le soleil rouge éclaire les sommets espagnols, tandis que la France reste sous un voile de nuages. Nous reprenons notre marche, traversant le Port, passant des grimpeurs en route pour Palas, puis entamant une longue descente épuisante.
Après plusieurs heures, nous atteignons le lac de Micoulaou, nous dépouillons et plongeons pour nous réchauffer. Nous continuons vers Larribet, où nous prenons un dernier refuge pour la nuit, partageons café, gâteau et quelques bières, puis nous laissons le sommeil nous gagner.
Cette aventure, faite d’erreurs, de tempêtes et de moments de grâce, reste gravée comme un rappel de la fragilité humaine face aux montagnes.




