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Île Espíritu Santo

Première journée – Le souffle sacré de l'île

Les Mexicains l'appellent l'Esprit Saint. Installés sur la plage, nous observions au loin un groupe de baleines à bosse qui sautaient, leurs nageoires claquant l'eau comme un bébé dans son bain. Les falaises de lave noire et de cendres volcaniques entourent des baies protégées aux eaux cristallines et aux plages de sable fin. Ces eaux, riches en nutriments, abritent toute l'année des espèces pélagiques : baleines grises, baleines à bosse, requins-baleines, dauphins, requins-marteaux, etc.

Nous étions avec Alaska Mountain Guides (AMG), une société d'aventures qui organise des expéditions en kayak. Déposés à la baie de Coralito, le programme des cinq prochains jours était de pagayer vers le nord, le long de la côte est, contourner l'Isla Partida et revenir à Coralito, avant de passer une nuit à La Paz, traverser le Baha vers la baie de Magdalena et y rester deux jours pour observer les baleines grises.

Plongée et découverte du récif

Après avoir installé notre camp, nous avons enfilé notre matériel de snorkeling et nous sommes rendus à un petit récif corallien. Au lieu des sites dégradés que l’on voit souvent, ce récif débordait de vie : coraux vigoureux, nudibranches colorés, gros mérous, palourdes, huîtres, milliers de petits poissons et d'innombrables juvéniles. Nous avons repéré trois anguilles, deux poissons-scorpions et, surtout, entendu le chant lointain des mâles baleines à bosse, semblable à la scène mythique du documentaire de la BBC narré par Sir David Attenborough.

Île Espíritu Santo

Randonnée sur les falaises volcaniques

Revêtus de nos chaussures de randonnée, nous avons escaladé les roches rouges volcaniques, qui, il y a des millions d’années, enfermaient d'innombrables bulles d’air. Un léger pluie récente a transformé ce paysage aride en un miracle verdoyant, faisant éclore de nouvelles feuilles. Au sommet, un spectacle d’oiseaux s’est offert à nous : des centaines de volatiles se jetaient sur un banc de poissons, créant une mer bouillonnante de silhouettes noires. Le coucher du soleil, vu depuis la falaise, était un tableau orange qui disparaissait derrière les montagnes.

Lagune cachée et faune aviaire

Le jour suivant, nous avons découvert une lagune accessible uniquement à marée haute, véritable paradis pour les oiseaux. Pélicans bruns, frégates, hérons couronnés noirs, grandes aigrettes et hérons bleus peuplaient les mangroves, offrant un spectacle de quiétude absolue.

Rencontres marines et camping isolé

En repartant vers le nord, un petit groupe de dauphins à gros nez a traversé notre trajectoire. Nous avons installé notre deuxième camp dans une crique protégée, surveillée par des pélicans bruns vigilants. Après le déjeuner, nous avons pagayé vers Isla Ballenas où des frégates majestueuses et des boobies à pieds bleus dessinaient le ciel.

Île Espíritu Santo

Une soirée de randonnée a révélé des raies géantes bondissant hors de l’eau, tandis que les pélicans effectuaient des figures aériennes, créant des formes abstraites semblables à des coups de pinceau d’un calligraphe.

Blessure de méduse et premiers contacts avec les otaries

Au lever du jour, des chauves-souris chassaient les derniers insectes nocturnes. Plus tard, une raie aigle a sauté dix pieds hors de l’eau, suivie d’une « physalie » (Portugais Man O War) avec deux petits poissons dans ses tentacules. Une méduse invisible m’a piqué le genou ; la guide Isis a appliqué du vinaigre blanc pour neutraliser le venin. La douleur a persisté plusieurs heures, laissant une marque rouge.

Le lendemain, nous avons rejoint une colonie d’otaries de mer. Trois petits loutres‑marines nous ont suivi, tandis que deux femelles tourbillonnaient autour de nous, créant des bulles. Un mâle imposant veillait sur le groupe, rappelant à tous de rester respectueux. L’un d’eux a même sauté sur mon dos, nous entraînant dans une série de roulades.

Derniers kilomètres et perspectives

Nous avons continué autour du côté ouest d’Isla Partida, traversé le canal, puis atteint notre dernier camp, à quelques centaines de mètres du point de récupération pour le retour à La Paz. Une dernière randonnée nous a menés à travers un arroyos parsemé d’énormes blocs de pierre, où une crue soudaine transformerait le lit en torrent déchaîné. Un lézard à collier oriental se prélassait sur une roche, tandis qu’un aigle à queue rousse planait au-dessus.

Ces cinq jours ont été une expérience sacrée, mêlant faune marine exceptionnelle, paysages volcaniques et rencontres inattendues. Le lendemain marquera le début de la seconde moitié de l’aventure, du côté Pacifique, à la recherche des baleines grises.

Notes de voyage
  • Au-delà

    Départ dÉdimbourg Nous partons à la recherche de l’ailleurs, au‑delà des limites de la ville, des Trossachs, du vaste Rannoch Moor et des montagnes. Notre plan était simple : marcher, voir, apprendre, manger, dormir, observer, écouter et rire. Un week‑end de randonnée, de bons repas et de camping, avec pour destination le bothy « Lookout », perché sur les falaises nord de l’île de Skye, réputé comme le plus spectaculaire d’Écosse. Après le vol, les formalités à l’aéroport, le ramassage de la voi

  • Camaraderie des Cascades

    Je me tenais sur la crête au-dessus du monument, sous une pluie torrentielle et du grésil horizontal, trempé jusquaux os. Mon compagnon de randonnée, Tommy, surnommé « Walkie Talkie », était loin derrière, titubant encore après avoir fêté le monument. Les épicéas jaunes qui nous entouraient n’offraient aucun réconfort – j’avais vomi sur l’un d’eux la nuit précédente. Il nous restait environ une heure de lumière et un peu plus de cinq miles à parcourir avant de rejoindre le camp, mais je redoutai

  • L outsider

    Le défi de lUTMB Un faisceau de lumière transperce le crépuscule. Une lampe frontale, haut perchée, éclaire ma progression sur la montagne. Mon gibier. Mais deux lampes, plus basses, me suivent : je suis leur proie. Je veux que lhomme devant moi voie ma lumière, quelle le trouble, quelle lépuise mentalement. En même temps, je tente dempêcher les coureurs derrière moi de repérer mon faisceau, pour les mêmes raisons. Le ciel séclaircit, un tourbillon de gris épais laisse juste assez de lumière pou