Éloge du bonheur
Un accueil exotique
Une histoire de lecteur qui arrive – et se perd – à Zanzibar.
STONE TOWN, Zanzibar – Le Zanzibar Serena Inn vous est chaudement recommandé par un homme rencontré trois jours plus tôt en Tanzanie. « Vous allez adorer », vous assure-t-il. La simple prononciation – Zan‑zee‑barrrr – évoque un cocktail exotique, sucré, mousseux et indulgent. Vous imaginez déjà des eaux plus claires et des plages plus blanches que dans vos rêves. En 20 minutes de vol depuis Dar es Salaam, vous composez mentalement une mélodie aux paroles inconnues. En sortant de l’avion, vous visualisez des patios balayés par le vent, des rideaux qui s’envolent et une chambre que vous n’avez jamais vue.
Le Serena Inn, un petit bout de paradis
Une réceptionniste nommée Happyness (avec un Y) vous enregistre. Elle porte des couleurs crayon – orange outrancière et magenta flamboyant – et son sourire accueillant complète le tableau. Elle vous indique une noix de coco découpée qui vient d’apparaître sur le comptoir. « S’il vous plaît », insiste‑t‑elle. Vous buvez sans poser de questions. Un portier monte votre valise lourde sur trois étages sans se plaindre. Les couloirs sont décorés de vitraux colorés qui laissent filtrer une lumière passionnée. Votre chambre donne sur la mer ; le balcon offre une vue sur des navires à l’horizon, comme sortis d’un conte. Une brise tiède caresse votre peau. En bas, des serveurs dressent les tables autour d’une piscine aussi vaste que l’avion qui vous a amené ici.
Le soir, vous sirotez une bière Kilimandjaro au bar, tandis qu’un groupe de taarab se dispute le bruit des vagues. Le serveur vous recommande le restaurant de fruits de mer à l’étage supérieur. « La meilleure vue de Zanzibar », promet‑il. Vous commandez un autre verre, jurant de revenir le lendemain. Vous discutez avec le chef d’orchestre, Mohammed, qui ne joue du violon que depuis trois ans. Vous ne le croyez pas. Quand son archet glisse sur les cordes, une mélancolie poignante s’élève comme une bande‑son d’un film tragique. Vous murmurez : « Vous avez un don ». Vous achetez le CD du groupe pour 30 000 shillings tanzaniens, un très bon prix.
Petit‑déjeuner céleste
Le matin, le soleil tarde à percer votre rideau. Une employée fantôme a déjà installé un moustiquaire au-dessus de votre lit. Le buffet du petit‑déjeuner, somptueux, se termine en quinze minutes : jus frais sur glace, œufs à la demande, pancakes, gaufres, pâtisseries, pains, saucisses, bacon, pommes de terre et fruits, le tout sur des nappes blanches. Vous avez payé cher, alors vous vous laissez tenter. La serveuse, dont le visage suffit à la communication, vous sert un cappuccino avec un tel orgueil que vous en prenez une photo. Sur l’île du bonheur, le temps n’a pas d’urgence.
Excursion dans Stone Town
Un adolescent, Sale, vous propose de vous montrer Stone Town. Avant d’accepter, il vous fait prendre un « raccourci » à travers des enfants sales accroupis, leurs vêtements autrefois lumineux maintenant noirs. Les rues ressemblent à des impasses. En quelques secondes, il récite un script : la maison où est né Freddie Mercury, une église catholique rouillée, le dernier marché où l’on vendait des esclaves. Des hommes vous invitent à entrer dans leurs boutiques, vous refusez poliment. Sale vous enseigne comment dire « non, merci » en swahili.
Le marché couvert déborde de stands sous des bâches rouges et dorées, la chaleur double, la foule triple. Vous perdez votre guide comme un enfant perdu à la foire. Des épices, des noix de muscade, des fruits et légumes s’entassent dans un labyrinthe. Un vieil homme courbé implore l’aide de personne. Un vendeur vous fait payer un guirlande de clous de girofle enveloppée de papier journal. La pluie commence ; Sale vous propose de vous abriter, vous refusez et continuez, trempée, sous les rires des habitants.
Visite du marché aux esclaves
Sale insiste pour vous montrer le marché aux esclaves. Vous êtes silencieuse pendant une heure, sans mots pour les prisonniers enchaînés qui ont traversé les dhows depuis Bagamoyo, « le port où l’on dépose son cœur ». Vous ressentez une profonde commisération.
Le dernier souvenir
Sale vous conduit à la plus vieille porte de Zanzibar, une porte en bois sombre crantée de pointes de laiton. Vous feignez de devoir retourner à l’hôtel pour pouvoir quitter la visite. Il termine le tour par une promenade sur la plage, où vous ramassez des coquillages lisses. Il vous offre le coquillage le plus blanc. Vous le remerciez d’un « Asante ». Vous acceptez de lui donner un petit argent pour qu’il puisse acheter des livres scolaires, même s’il n’y a peut‑être pas d’école.
Retour à la réalité
Après une douche chaude sous l’eau tiède, vous vous glissez sous les draps. Les volets masquent l’obscurité et vous vous réveillez sans culpabilité d’avoir sauté le buffet de fruits de mer, celui qui offrait la plus belle vue.
TROUVEZ‑LE →
Zanzibar Serena Inn
Stone Town, Zanzibar
+255‑242‑233‑051
zanzibar@serena.co.tz
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