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Ama Dablam 6812 m

Introduction

Ama Dablam est, à mon sens, la montagne la plus belle du monde. Chaque face, chaque arête, est escarpée, haute et parée de sculptures de glace et de bandes rocheuses impénétrables.

Préparatifs au camp de base

Après près de 30 jours passés dans le Khumbu, j’arrivais au camp de base totalement acclimaté. J’ai décidé de prendre quelques jours de repos pour récupérer, refaire le plein d’énergie et me préparer à l’ascension. Le plan était ambitieux et exigeait beaucoup d’énergie. J’avoue avoir été intimidé par la montagne, par l’inconnu qui m’attendait et par la pure beauté de sa crête sud‑ouest, qui s’élève comme un aigle du camp de base jusqu’au sommet.

Départ en solo

J’ai choisi de grimper seul et rapidement, afin de me plonger totalement dans l’aventure. En milieu d’après‑midi, après avoir fait mes adieux à l’équipe du camp de base, je me suis dirigé vers le camp 1 pour la toute première fois. La musique à fond, les nuages froids m’entouraient et les montagnes semblaient disparaître : je me sentais soudain très seul. Accoutumé à l’altitude, je me suis lancé et, deux heures plus tard, j’étais déjà au pied des « slabs » sous le camp 1. En traversant le champ de blocs, le jour déclinait tandis que je cherchais ma lampe frontale. Au loin, quelques tentes diffusaient une lueur orange chaleureuse, leurs occupants se réchauffant dans leurs sacs de couchage.

Installation au camp 1

Une demi‑heure plus tard, je suis rentré dans ma tente, installé mon matériel (pot de neige, réchaud, sac de couchage, crampons, piolet, casque, harnais…) et j’ai mangé, bu et fondu de la glace – une tâche laborieuse mais indispensable pour rester hydraté. Satisfait de ma préparation, j’ai éteint ma lampe, changé les piles et je me suis endormi, enthousiaste à l’idée des 24 heures à venir.

Montée nocturne

Vers 04 h00, j’ai quitté ma tente, attaché la première corde fixe et, sous un ciel étoilé, j’ai entamé l’ascension. Le tronçon du camp 1 au camp 2 a été intense : je ne me suis presque jamais arrêté. La crête sud‑ouest est raide des deux côtés, mais mes bottes de 7000 m et mon équipement de qualité me procuraient sécurité. Le granite était parmi les meilleurs que j’aie jamais gravi, avec des passages techniques comme la « Yellow Tower » (HVS). La neige et la glace, compactes et soufflées par le vent, offraient une adhérence exceptionnelle.

Ama Dablam 6812 m

Camp 2 et lever du soleil

En franchissant une courte section rocheuse pour atteindre le camp 2, le soleil se levait à peine, teintant le ciel d’une lueur rosée. Le camp 2 regroupait une demi‑douzaine de tentes précaires où dormaient des grimpeurs venus des quatre coins du monde, tous destinés à rejoindre le camp 3 plus tard dans la journée. J’ai rapidement fait le plein et profité du lever du soleil, ressentant la puissance d’une solitude en montagne : un moment propice à la réflexion et à la liberté.

Vers le camp 3

Le camp 3 se profilait à deux ou trois heures de marche. En restant attaché aux cordes fixes, je devais constamment vérifier les ancrages, changer de cordes, ajouter ou retirer des jumars et des carabiners. Peu après le camp 2, j’ai traversé le « Grey Couloir », un couloir de neige et de glace d’environ 100 m à plus de 70°, où mes mollets brûlaient sous les pointes avant. Les conditions étaient excellentes, me permettant d’atteindre rapidement le pied de la « Mushroom Ridge », une crête étroite en forme de serpent reliant le couloir au camp 3. Cette crête exigeait prudence : une chute aurait pu être catastrophique.

Camp 3 et préparation du sommet

En atteignant le camp 3, le soleil m’a réchauffé pour la première fois depuis six heures d’effort. J’ai radioé le camp de base pour signaler mon avancement et profiter d’une pause pour enlever une couche, boire et manger. Au-dessus du camp 3, quatre grimpeurs s’étaient engagés vers le sommet, déjà de minuscules points blancs sur les pentes glacées.

Dernier effort vers le sommet

Au‑delà du camp 3, les pentes du sommet se dévoilaient, parmi les plus raides et soutenues de la montagne. Sur neige et glace, j’ai gravi pendant quatre heures, contournant de petites failles. J’ai croisé un grimpeur en descente, puis un autre, immobile depuis quatre jours. Cette découverte a éveillé en moi des questions douloureuses, mais je suis resté concentré sur l’objectif.

Seul à 6800 m, j’ai trouvé mon rythme : un pas, quatre respirations, répété sans cesse. Après près de dix heures de marche ininterrompue au‑dessus de 6000 m, épuisé mais déterminé, j’ai atteint le sommet à 14 h 40 et je suis tombé à genoux, submergé d’émotion.

Ama Dablam 6812 m

Le panorama était tout simplement à couper le souffle. En haut, je n’avais prononcé aucun mot depuis le départ. J’ai adressé un signe d’approbation à l’Everest, peut‑être par respect ou comme indication qu’elle serait la prochaine. Le moment était unique, un rêve devenu réalité.

Descente

Conscient du danger, j’ai entamé la descente en me rappelant les mots d’Ed Viesturs : « Atteindre le sommet est optionnel, redescendre est obligatoire ». La descente, lente et exigeante, demandait une concentration totale. Après plusieurs rappels et une perte d’un dispositif d’abseil, j’ai dû recourir à un nœud italien, plus long mais sûr. Finalement, vers midi, je suis revenu au camp 1, où enlever crampons, casque et harnais a été comme une douche revigorante.

Retour au camp de base

Le soir, au camp de base, j’ai observé la montagne changer sous les derniers rayons du soleil, avant que les étoiles n’apparaissent. J’ai senti une profonde gratitude : Ama Dablam m’a offert un passage sûr, un temps clément et le sommet tant espéré. Cette ascension a été tout ce que j’espérais : complexe, exigeante, captivante, et elle m’a fait sentir plus vivant que jamais.

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