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Comment déguster le café à la manière des Bédouins

Le café, un art sacré chez les Bédouins

Vous pensez prendre le café au sérieux ? Attendez de voir comment les Bédouins le préparent.

JORDANIE – « Quand vous préparez votre café, faites‑le le meilleur. Sinon, mieux vaut ne pas le faire », explique notre guide bédouin Suleiman tandis que nous savourons notre al keif, la deuxième tasse versée par le voisin Abu Mohammed depuis une longue cafetière en laiton vers de petites tasses en porcelaine.

Dans une maison bédouine, les invités sont toujours servis en second. La première tasse, appelée al heif, est goûtée par l’hôte pour montrer aux convives que le café est parfait. Ensuite vient al keif, que l’invité doit prendre avec la main droite – jamais la gauche – et le rituel s’arrête au maximum à trois tasses. Une, deux ou trois, jamais quatre.

Boire du café en Jordanie n’est pas une simple habitude ; c’est un véritable cérémonial, agrémenté de musique et de poésie. Originaire de Croatie, où le café est déjà une religion, je découvre ici une tradition encore plus rigoureuse.

Un arrêt au campement d’Abu Mohammed

Je suis venu en Jordanie pour la première édition d’AdventureNEXT Near East, un congrès dédié à l’aventure dans ce pays millénaire. Au milieu de la réserve naturelle de Dana, le plus grand parc de Jordanie, notre groupe de dix personnes rejoint la tente d’Abu Mohammed, faite de poils de chèvre comme le veut la tradition bédouine. La chaleur est telle que les rares zones d’ombre ressemblent à de la soie.

Comment déguster le café à la manière des Bédouins

« Herrrhem ! Herrrhem ! » clame soudainement Suleiman en nous annonçant notre arrivée. Ce n’est pas une visite impromptue ; la station éco‑touristique Feynan collabore avec les communautés bédouines pour faire vivre leurs coutumes aux visiteurs.

Abu Mohammed, vêtu d’une dishdasha brune et d’une chemise à col bleu ciel, porte un foulard rouge et blanc en guise de turban. Le feu crépite, le bois d’acacia et de bouleau chauffe la marmite où il fera rôtir le café.

Comment déguster le café à la manière des Bédouins Comment déguster le café à la manière des Bédouins Comment déguster le café à la manière des Bédouins

Abu Mohammed prend une gorgée.

Le broyage, une musique d’hospitalité

Le petit-fils d’Abu Mohammed, garçon d’une dizaine d’années en survêtement Barcelona, l’assiste. Le café ne peut être préparé que par les hommes, une tradition séculaire.

Abu Mohammed place les grains grillés dans un mortier et commence à les piler avec un pilon. Le rythme produit un battement envoûtant qui devient, pour les Bédouins, une sorte de musique. Le mehbash, moulin à café traditionnel, n’est pas seulement un outil ; il se transforme en instrument. « C’est le son de l’hospitalité », explique Suleiman. « Quand on l’entend, cela signifie que les invités arrivent, c’est l’heure du café et tout le monde est le bienvenu. »


La dégustation

Après le broyage, Abu Mohammed ajoute des graines de cardamome verte, porte le mélange à ébullition, puis effectue le al heif – la première dégustation réservée à l’hôte. Les petites tasses, appelées feenghal, sont ensuite distribuées tour à tour.

Chaque invité doit prendre sa tasse avec la main droite. « Il ne faut pas mettre trop de café dans la tasse, mais il doit être très chaud, assez pour brûler la moustache », précise Suleiman.

Si l’on ne souhaite pas de deuxième tasse, on secoue légèrement la tasse pour signaler qu’on a fini. Si l’on veut une autre tasse, on la rend sans la secouer et l’hôte en verse une nouvelle. Après trois tasses, le secouage indique le refus de la quatrième, qui est interdite.

Ce jour‑là, je ne suis arrivé qu’à ma deuxième tasse ; la troisième devra attendre mon prochain passage.


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