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Chaos islandais

Premiers vents et première halte

Depuis notre arrivée sur l'île il y a quelques heures, le vent fouette nos tentes. L’idée de quitter mon sac de couchage et d’abandonner notre dernier rempart contre le froid n’est pas des plus séduisantes, mais il n’y a pas d’autre choix. Coincés entre l’océan et un massif rocheux imposant, nous nous dirigeons vers l’un des sites d’escalade les plus isolés de la planète. Au cœur du territoire viking, à l’extrême nord‑est de l’Islande, Vestrahorn s’avère être le décor le plus incroyable que nous ayons jamais vu. Malgré le vent et le froid, nous sommes enthousiastes et prêts à relever tous les défis que cet endroit recèle.

Une approche nouvelle de l’escalade

Nous recherchons une façon plus fraîche d’escalader : quitter les sentiers battus, repenser nos ascensions sous un angle inédit et laisser une large part à l’inconnu. Cette audace rend notre aventure plus dangereuse, mais elle nous livre aux ombres du destin. L’Islande ne se laisse pas apprivoiser facilement. Bien connue des randonneurs, photographes, surfeurs et amoureux de la nature, elle reste encore peu explorée par les grimpeurs. Qu’il s’agisse du climat capricieux ou du manque de falaises majeures, cela n’a aucune importance : nous sommes là.

Le voyage vers le pays des contrastes

Notre arrivée à l’aéroport de Keflavik a eu l’allure d’un tableau intemporel, baigné d’une lumière rosée semblable à du damas. Ce rêve photographique s’est rapidement évaporé lorsque la compagnie aérienne a perdu la majeure partie de nos bagages. Bloqués à Reykjavik pendant plusieurs jours, nous avons arpenté les rues et les bars, moroses. Nous nous sommes jurés de repartir, avec ou sans bagages, et nous avons pris la route. Les visages collés aux vitres de notre 4×4 nous ont enfin permis de découvrir l’Islande dont nous rêvions : une terre qui fume, bouillonne, où la pluie se mêle à une brume opaque. Les glaciers s’étirent le long de la route pour finir dans l’océan, créant un paysage surréaliste où volcans et glaces, feu et eau, cohabitent en équilibre fragile.

Climbs sous le soleil de minuit

En juin, les pluies sont rares et la lumière continue, un avantage précieux qui nous permet d’escalader jusqu’à l’épuisement. Après les premiers jours frustrants, nous atteignons la falaise d’Hnappavellir, un véritable tableau bucolique. Cette falaise basaltique s’étend sur plusieurs kilomètres, avec des langues de basalte ondulant entre dix et trente mètres de hauteur. Nous enchaînons les voies tant que nos doigts, usés par le basalte rugueux, le permettent. C’est une joie pure.

Créativité et improvisation

Comme la plupart de nos bagages restent bloqués dans le soute d’un avion, nous devons faire preuve de créativité. Nous improvisons des harnais de fortune et partageons les cordes. Peu importe tant que nous pouvons grimper. Nous repérons rapidement les lignes majeures, plus difficiles les unes que les autres, et nous nous aventurons hors de nos zones de confort. Certains d’entre nous se consacrent à des dalles exigeantes, chaque placement de pied étant soigneusement pensé, l’équilibre toujours précaire. Les chutes sont suivies de nouvelles tentatives, à la recherche du geste parfait qui dénouera le problème. Les sourires reviennent : nous sommes dans notre élément.

Les réalités du climat islandais

Le froid et l’humidité imposent de gérer soigneusement les pauses : assez longtemps pour récupérer, mais pas au point de geler les doigts. Au bas des voies, le terrain est marécageux, l’océan n’est jamais loin, englouti à l’horizon. Florence et Gérôme, les grimpeurs les plus expérimentés, maîtrisent cet exercice d’adaptation. En fin d’après‑midi, ils enchaînent un solide 8a+, répété seulement quelques fois. Au même moment, Thomas et Danielle font arriver nos sacs, laissés quelques minutes plus tôt par un bus de passage. Nous retrouvons la chaleur de nos vêtements. Il se fait tard, mais la lumière continue de percer le crépuscule, créant une atmosphère presque onirique. Gérôme, inspiré, repère une voie inexplorée et décide de tenter de la réussir ce soir‑là, même si cela signifie grimper à 22 h. La nuit n’a plus de prise sur nous.

Rencontre avec la communauté locale

Nous retrouvons nos amis islandais dans une cabane en bois construite à la base de la falaise : Eyþór Konráðsson et Valdimar Björnsson, deux grimpeurs actifs dans le développement de l’escalade sur l’île. Valdimar nous montre un projet sur lequel il travaille depuis des années. Gérôme, le seul capable de le relever, accepte le défi malgré des doigts enflés, griffés et ensanglantés. Le jour suivant, il enfile ses chaussons, se hisse et, après de multiples tentatives, parvient à envoyer la voie « Kamarprobbi », la plus difficile de l’île à ce jour. Les conversations avec les locaux sont fascinantes ; leur motivation nous impressionne.

Le secret du « Vestrahorn Chaos »

Un soir, Eyþór nous parle d’un secteur de blocs situé à l’extrême sud‑est de l’île, encore confidentiel, sans topo existant, mais où plus de deux cents blocs ont déjà été ouverts. Le potentiel reste immense. Nous avons entendu parler de ce « Vestrahorn Chaos » et nos yeux s’illuminent.

Voyage vers Höfn et première nuit au Vestrahorn

Nous suivons le 4×4 d’Eyþór pendant plus d’une heure jusqu’à Höfn, un village de pêcheurs reculé où nous nous arrêtons à une source chaude et dégustons du homard islandais. Arrivés à Vestrahorn en pleine nuit, la lumière continue de briller, tandis que la fatigue nous pèse. Le temps instable nous pousse à profiter de chaque jour d’escalade, malgré la douleur des doigts usés et des muscles endoloris. Aucun mot n’est échangé dans le 4×4 ; le silence parle pour nous. Nous traversons une lagune qui s’étire sur plusieurs centaines de mètres, comme si nous étions au milieu de l’océan. Le paysage, à la fois vague et imposant, nous laisse sans voix.

Installation au cœur du chaos

Nous découvrons un camping quatre étoiles… ou presque, au milieu d’un chaos de blocs entourant un ancien conduit de cheminée viking. Nous plantons nos tentes au milieu de nulle part et rejoignons les grimpeurs islandais autour d’un feu. Le confort pourra attendre ; demain, nous commencerons enfin ce que nous cherchions depuis le début.

Notes de voyage
  • Mile…Mile et Demi

    Jour 5 : Le col Donohue à 11 000 pieds C’était notre cinquième journée de randonnée et, ce matin-là, le défi qui nous attendait était le col Donohue, culminant à 11 000 pieds. Les gardes‑forestiers du bureau de la forêt de Yosemite nous avaient fortement mis en garde : plusieurs randonneurs avaient déjà été contraints de rebrousser chemin à cause des conditions extrêmes de la saison la plus neigeuse des Sierra Nevada en plusieurs décennies. Compléter les 219 miles du John Muir Trail (JMT) était

  • Traversée de l Islande à pied – du sud au nord

    Finançant notre périple grâce à la vente de thé au sommet d’une colline près de l’université, mon ami Rémi et moi avons échappé aux examens pour une année supplémentaire. Après un vol depuis l’Écosse, nous avions un objectif clair : traverser l’Islande du coin le plus sud au point le plus au‑nord, uniquement à pied. Faux départ Trois jours après notre atterrissage à Reykjavik, nous observions la poussière de cendre se déposer sur la route vide. Notre véhicule, laissé à Kötlutangi, était parti ;

  • Dartmoor

    Ceci est le deuxième volet de notre série sur la cueillette et la cuisine sauvage explorant différents paysages et ingrédients au Royaume-Uni. Pour suivre les itinéraires et obtenir plus didées, visitez Viewranger.com.La brume saccroche encore aux murs tapissés de lierre qui encadrent notre voiture tandis que nous avançons prudemment dans les ruelles étroites du Devon. En traversant un petit village, je constate que le paysage et le rythme de vie nont guère changé depuis que jai vécu et travaill