Ski au Pakistan : aventure, solidarité et rêves d'hiver
Départ et premiers imprévus
Je demande à Mirza combien de temps il nous reste avant d’arriver à Shimshal. Il répond « trois heures », exactement comme il l’avait dit il y a trois heures. Après quelques jours au Pakistan, nous avons adopté une règle simple : l’heure pakistanaise multipliée par trois correspond approximativement à notre heure. Je me penche en arrière, tente de me détendre alors que le jeep secoue.
Arrivée à Islamabad
Nous touchons Islamabad après un vol étroit. L’excitation est à son comble, puis la première surprise : le carrousel des bagages s’arrête et nous constatons que plusieurs valises, dont tout notre matériel de ski, n’ont pas atterri.
Le Pakistan a ses propres règles. La leçon la plus importante dès le départ : le temps est relatif. Personne ne pouvait nous dire quand nos bagages arriveraient, ni où ils avaient pu être détournés. Le comptoir des bagages perdus était fermé jusqu’au lundi – nous venons d’une société occidentale où tout va vite. Nous apprendrons, au fil du voyage, l’art de la patience.
L’équipe et le projet
Nous trouvons un hébergement et nous présentons : deux guides autrichiens, moi-même (Andreas Gumpenberger) et Stefan Ager, ainsi que le photographe et vidéaste Jan Eric Euler. Nous sommes invités par Mirza Ali et sa sœur Samina Baig, alpiniste renommée.
Mirza dirige Pakistan Youth Outreach, une organisation qui introduit les sports de plein air chez les jeunes Pakistanais. Il se consacre tout particulièrement à la participation des filles, étape cruciale pour l’égalité des sexes. Sa sœur Samina, première Pakistanaise et musulmane à avoir gravi les sept sommets les plus hauts du monde, incarne ce modèle.
L’idée de développer le ski au Pakistan remonte à 2008, lorsqu’un premier échange entre Mirza et le guide autrichien Stephan Keck, au sommet du Manaslu, a donné naissance au projet. Depuis 2015, Keck organise le terrain, et cette année Stefan Ager et moi poursuivons son œuvre, espérant faire du ski un vecteur de paix, d’esprit d’équipe et d’égalité.
Les premiers obstacles logistiques
À Islamabad, l’attitude chaleureuse des habitants compense le retard de nos équipements : ils arrivent avec un jour de retard, sauf une valise contenant les vêtements de Stefan, qui devra se contenter de ce qui reste – les sous‑vêtements mis de côté, mais à quoi bon changer de pantalon quand il fait glacial ?
Route vers le Karakoram
Nous quittons la capitale pour la fameuse autoroute Karakoram, 700 km jusqu’au village de Karimabad, Hunza. La route, parsemée de nids-de-poule, rend le sommeil impossible. Des postes de contrôle militaire jalonnent le trajet, conséquence d’un attentat contre des alpinistes étrangers au camp de base du Nanga Parbat deux ans auparavant. Les soldats nous accompagnent parfois, rappelant que le confort occidental est un luxe que nous n’avions jamais vraiment connu.
De Hunza à Shimshal
Après 14 heures de route cahoteuse, nous rejoignons Mirza, qui nous accueille avec un sourire sincère. Deux jours de réunions préparent le camp de ski. Nous partons alors pour Simshal, village de montagne à 3 300 m d’altitude. La route, construite en 18 ans, ne tient qu’une voiture de large ; des glissements de terrain menacent constamment le passage. Au point le plus haut, un ravin de 300 m tombe à quelques centimètres de nos roues. Le conducteur, expérimenté, nous dépose à la maison familiale de Mirza et Samina.
Le lendemain, nous marchons jusqu’au camp de base, à plus de 4 000 m, les sacs chargés de matériel.
Création d’une piste improvisée
Les jeunes locaux attendent avec enthousiasme. Autour de nous, des montagnes dentelées dépassent les 6 000‑7 000 m. Sans remontées mécaniques, nous construisons nous‑mêmes une petite piste. La neige est une croûte dure sur un sous‑couche de cristaux sucrés, loin du poudreux rêvé. Nous foulons le sol en croisillons pour la tasser, créant ainsi une pente skiable.
Enseignement et énergie des enfants
Malgré le froid mordant, les enfants, venus tant des hautes montagnes que des plaines du sud du Pakistan, ne cessent de skier avant même le petit‑déjeuner. En cinq jours, leurs progrès sont impressionnants. Nous organisons un mini‑concours de ski, rappel des cours habituels chez nous. Certains montrent déjà un réel talent.
Le rêve de Mirza : former des athlètes capables de concourir aux Jeux Olympiques d’hiver 2022, semble un pas plus proche. Un camp d’entraînement en Autriche est déjà envisagé.
Explorations et découvertes culturelles
Après le cours, nous profitons du paysage himalayen. Une nuit dans une cabane de pierre, réchauffés par du fumier de yak séché, nous rappelle la rudesse du lieu. Le lendemain, le temps parfait nous permet une petite descente en couloir, solitude et beauté pure nous envahissent.
Nos repas incluent un chèvre entier, tête et langue compris – une expérience culinaire inattendue. Les rituels locaux et les situations hors du commun restent gravés dans nos mémoires, ouvrant nos esprits à une culture totalement différente.
Moments de joie et de partage
Les enfants, inépuisables, continuent de danser et chanter après des heures de ski. Sans télévision ni smartphone, nous leur enseignons des chants tyroliens et le Schuhplattler. L’aprè‑ski devient une fête où garçons et filles rient ensemble – c’est, à mon sens, le vrai succès de la mission.
Perspectives
Des personnes comme Mirza sont essentielles pour développer les projets jeunesse et l’industrie du sport outdoor au Pakistan, tandis que Samina incarne le modèle d’égalité des sexes. L’implication d’étrangers ouvre les yeux du monde sur les possibilités de ce pays magnifique.




