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Des orteils mouillés : aventure à vélo en Islande

Alors que l’avion descendait à travers des couches turbulentes de nuages vers l’aéroport de Keflavík, les mots de Charlie le Bike Monger résonnaient dans mes oreilles : « L’Islande est incroyable, dure, isolée et bouleversante. » En regardant par le hublot, je réalisai que nous volions à quelques centaines de mètres au-dessus d’un paysage lunaire humide, parsemé de roches escarpées et de mousse, à perte de vue. Si les parties plates de l’île étaient déjà aussi rugueuses, je me demandais à quoi ressembleraient les montagnes.

Premiers pas dans les Hautes Terres

Après une journée de préparatifs et de voyage, Simon et moi fûmes déposés sans cérémonie par le bus sur la route circulaire, à côté d’un enchevêtrement de vélos et de bagages. Il était 21h30, une route de gravier serpentait vers un horizon lointain de montagnes et de glaciers, dorés par le soleil du soir. Fatigués mais souriants, nous attachâmes nos sacs, passâmes nos jambes sur les vélos et partîmes à l’aventure.

Après environ une heure de pédalage, ponctuée d’ajustements de bagages et d’une tentative de faire taire la selle de Simon, étonnamment grinçante, nous installâmes la tente sur un tapis moelleux de mousse multicolore, surplombant un désert de sable noir. Une lune dorée brillait dans le ciel immobile. Nous dînâmes, émerveillés, puis nous endormîmes, heureux que le voyage commence enfin.

Montées, rivières et pneus larges

Les jours suivants défilèrent dans un flou d’ascensions. La route de gravier noir s’élevait pour rejoindre les nuages gris, encadrée de montagnes vertes vivaces encore coiffées de rubans de neige. Des chutes d’eau surgissaient des recoins du paysage, projetant des embruns dans l’air. Nos jambes, maintenant échauffées, nous propulsaient avec aisance.

Nous travînâmes plusieurs rivières chaque jour. Ayant renoncé à garder les pieds secs, nous testâmes les limites de nos traversées, glissant souvent dans l’eau jusqu’aux genoux, riant aux éclats. Le trafic était sporadique ; parfois un gros camion ou un bus aux pneus surdimensionnés passait en grondant. En Islande, les pneus larges sont rois ; nos roues de trois pouces et notre bagage inhabituel reçurent l’approbation des locaux.

Laudmannalaugar, le cœur coloré des Hautes Terres

Les montées s’atténuèrent, laissant apparaître des montagnes rouges et oranges à travers la brume, annonçant notre arrivée à Laudmannalaugar. Nous descendîmes la vallée, accueillis par une bruine et des éclaboussures sur la piste usée. À notre arrivée, la pluie martelait nos capuches tandis que nous découvrions un cirque coloré de tentes plantées sur du gravier humide et des rochers. Nous nous joignîmes à la foule et utilisâmes les gros rochers comme ancres.

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En plein cœur des Hautes Terres du Sud, Laudmannalaugar n’est accessible qu’en été, par des routes de gravier venant de l’est, de l’ouest et du nord. C’est un site réputé pour ses montagnes de rhyolite aux teintes variées et ses sources chaudes. Le tourisme y a explosé ces dernières années, modifiant le paysage autrefois sauvage où les bottes fourrées et les bijoux côtoient désormais les vêtements flamboyants des randonneurs.

Point de départ du légendaire sentier Laugavegur, qui relie le sud à la vallée glaciaire rocheuse de Thórsmörk, nous avions prévu d’en parcourir le maximum à vélo. Mais l’affluence était bien plus importante que prévue, rendant la tâche difficile. Un guide local de VTT confirma nos craintes et nous indiqua que les sentiers plus isolés à l’ouest du Laugavegur restaient praticables avec précaution.

Après avoir revu la carte avec des membres du service de secours en montagne, nous ajustâmes notre itinéraire : moins d’inclinaisons mais davantage d’isolement, avec de la neige encore présente sur les cols élevés. Nous nous couchâmes enthousiastes à l’idée de cette nouvelle aventure.

Entre pluie et poussière volcanique

Le matin, le crépitement de la pluie sur la tente nous réveilla. Le départ fut lent, les doigts froids peinaient à manipuler le matériel. Une fois sur la route, le trafic s’estompa et nous ressentîmes un soulagement immédiat. Le bruit de la pluie céda la place au sifflement des pneus sur le gravier volcanique noir… et au grincement persistant de la selle de Simon.

Vers midi, nous abandonnâmes les routes de gravier pour un sentier de brèche escarpé, gagnant rapidement de l’altitude. Mes mollets peinaient, mais je persistai. Au loin, le sommet d’une montagne perçait l’horizon, se dessinant lentement à mesure que la pente s’adoucissait.

Simon et moi atteignîmes le crêt, haletants et en sueur, face à un panorama à couper le souffle. Nous restâmes sans voix, ne pouvant que jurer en regardant l’immensité devant nous.

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Les flancs noirâtres d’un volcan gigantesque se dressaient, fendant les nuages sombres. Une mer de lave fossilisée s’étendait à sa base, jusqu’aux montagnes vertes lointaines. Nous avions l’impression d’être arrivés au Mordor. Le sentier descendait rapidement, serpentant vers un point perdu dans ce décor intimidant.

Après quelques minutes d’admiration, nous attaquâmes la descente, les vélos crissant sur les rochers et sifflant sur la poussière volcanique noire. Chaque fois que je prenais de la vitesse, je sentais les pneus perdre d’adhérence, frôlant la perte de contrôle. Simon, juste derrière, partageait le même frisson de liberté.

C’est exactement ce pourquoi nous étions venus : au cœur des Hautes Terres islandaises, loin de toute route goudronnée, à trois jours de toute civilisation. La sensation de liberté était palpable.

Le froid, la fatigue et la persévérance

Quelques heures plus tard, la joie laissa place à une inquiétude grandissante. Le paysage, désormais monochrome, se composait de sable noir et de neige blanche. Un vent glacial perçait nos vêtements coûteux comme une lame. Je consultai la carte à plusieurs reprises, conscient du danger de se perdre. Le GPS fut finalement sorti, dissipant les derniers doutes.

Nous poussâmes, muscles crispés, mais au moins nous étions au chaud. La sueur dégoulinait le long de mon nez, tombant sur le guidon, tandis que le crissement de nos pneus sur le gravier noir résonnait.

Vers la fin de la journée, notre camarade Si s’arrêta, visiblement épuisé. Il était clair qu’il manquait d’énergie. Après un bref moment de réflexion, il se mit à se gaver de chocolat, se nourrissant à la vitesse de sa bouche.

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Nous atteignîmes enfin le sommet, épuisés mais émerveillés. La brume se dissipa, révélant une vaste plaine lunaire s’étendant à perte de vue. Le spectacle était si grand que mon cerveau peinait à le saisir. Nous n’avions plus que 10 km à parcourir pour atteindre une petite cabane de montagne, notre destination finale.

Après avoir photographié le panorama, nous reprîmes la route, poussés par la perspective d’un thé chaud et d’un repas. Quatre jours d’aventure plus tard, nos visages étaient encore marqués par des sourires et des rires. L’Islande, à chaque tournant, offrait des paysages inégalés, rappelant à quel point le vélo peut être extraordinaire.

Au sommet d’une crête enneigée, un panneau inattendu nous guida vers la cabane. Celle‑ci était plus grande que prévu. Nous franchîmes la porte pour être accueillis par un gardien au visage rosé typiquement islandais et un thé réconfortant. L’Islande ne regorge pas seulement de paysages époustouflants, mais aussi de chaleureuses surprises.

Épilogue

Assis ici, rédigeant ces lignes à partir de mon journal, je repense aux expériences incroyables qui nous attendaient encore. Le lendemain, le vent changea de direction, apportant un ciel bleu éclatant. La route devint encore plus agréable, et l’Islande continua de nous laisser sans mots. La semaine suivante, nous empruntâmes le trajet Kjölur sous un temps splendide, traversâmes le Storissandur, le « Grand Sable », l’endroit le plus fou et le plus formateur du voyage.

Ce jour‑là restera gravé dans ma mémoire : toute la planification et la logistique se sont enfin alignées pour offrir à Simon et à moi la solitude recherchée au cœur d’un paysage volcanique vaste et intimidant.

Deux semaines furent loin d’être suffisantes. À la fin, nous avions l’impression d’avoir terminé, alors même que l’aventure ne faisait que commencer. C’était notre première vraie expédition de bike‑packing. Nous ne savions pas encore que nous ne faisions qu’effleurer la surface. Le prochain voyage sera plus audacieux ; nous sauterons directement dans le grand bain. Charlie le Bike Monger avait raison.

Notes de voyage
  • De Sitka à Hoonah

    Contexte historique Un soir de juillet 1741, le navire russe St. Paul aperçut des oiseaux et des troncs darbres flottants, signe indiscutable quil avait atteint la côte inexplorée de l’Amérique du Nord. Le capitaine Alexei Chirikov, séparé depuis plusieurs semaines du commandant Vitus Bering et de son St. Peter, décida d’envoyer une petite embarcation à terre pour revendiquer le territoire au nom de la Russie. Aucun des deux bateaux n’est jamais revenu, et le St. Paul dut repartir, à court d’eau

  • Traversée de l Islande à pied – du sud au nord

    Finançant notre périple grâce à la vente de thé au sommet d’une colline près de l’université, mon ami Rémi et moi avons échappé aux examens pour une année supplémentaire. Après un vol depuis l’Écosse, nous avions un objectif clair : traverser l’Islande du coin le plus sud au point le plus au‑nord, uniquement à pied. Faux départ Trois jours après notre atterrissage à Reykjavik, nous observions la poussière de cendre se déposer sur la route vide. Notre véhicule, laissé à Kötlutangi, était parti ;

  • Dartmoor

    Ceci est le deuxième volet de notre série sur la cueillette et la cuisine sauvage explorant différents paysages et ingrédients au Royaume-Uni. Pour suivre les itinéraires et obtenir plus didées, visitez Viewranger.com.La brume saccroche encore aux murs tapissés de lierre qui encadrent notre voiture tandis que nous avançons prudemment dans les ruelles étroites du Devon. En traversant un petit village, je constate que le paysage et le rythme de vie nont guère changé depuis que jai vécu et travaill