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Ultima Thulé

Dans le folklore médiéval, l'île mythique d'Ultima Thulé était censée se situer au nord, au-delà des frontières du monde connu, gardée non pas par la mer, la terre ou le ciel, mais par d'imposants icebergs.

À la recherche d'une Ultima Thulé sud

Depuis ma première saison de guide sur le Rio Serrano, le Lago Geike est devenu mon obsession personnelle, ma propre Ultima Thulé du Sud. À chaque sortie, je traversais le limon brun trouble où les arbres étaient arrachés d'un horizon de roches et de glace, tentant d'atteindre un lieu qui semblait à la fois lointain et accessible. J'avais vu les pointes de monstres d'icebergs rouler derrière les collines, entendu le grondement de la glace qui se détachait des falaises pendant la nuit. L'année précédente, je suis parti sans conquérir le Geike, le laissant encore plus mythique. Cette année, je suis revenu.

Une expédition improvisée

En poursuivant le fleuve sous une pluie persistante, je pagayais aux côtés d’un nouveau guide, Matt Smith. « Hey, où est ton spray‑deck ? » m’a demandé Matt en voyant le camion s’éloigner. J’avais oublié l’équipement sur la banquette arrière. Partir trois jours dans la sauvage Patagonie sans spray‑deck était ridicule, mais Matt a détendu l’atmosphère en riant : « Le mien ne rentre même pas dans le bateau. »

Nous, deux guides pourtant qualifiés, nous sommes donc lancés dans ce que nous appelâmes l’« Expédition du canoë sans deck », en affrontant pluie, vent et l’absence d’équipement adéquat. Nous ignorions les conditions à venir, mais nous avions une pompe et, au moins, le point de départ. Il fallait improviser.

Premiers défis sur le Serrano

Nous avons bravé les méandres du Serrano, mais l’absence de spray‑deck nous a empêchés de tenter la chute de la cascade, ce qui nous a tout de même évité une immersion glaciale. Nous nous sommes concentrés sur le « gap venteux » pour atteindre notre camp forestier de l’autre côté. Le paysage était couvert de nuages, et notre priorité était de garder les embarcations au sec et nos corps au chaud.

Après une pause sous une bâche battue par la pluie, le parfum de cannelle provenant des bouleaux Nirre nous a enveloppés. Les pics du Torres del Paine perçaient les nuages, rappelant la majesté de la Patagonie vue sous un angle nouveau.

Portage et navigation

Le lendemain, nous avons séché nos combinaisons et nous sommes préparés à une longue journée de portage dans une eau à 2 °C. Nous avons tracé 14,2 km de ligne le long du cours d’eau, utilisant la technique du linage avant‑arrière pour transporter les kayaks. Le vent et la grêle ont frappé brutalement, mais, comme le temps patagonien, ils sont rapidement passés, laissant place à un soleil éclatant.

Nous avons découvert une petite cabane construite par le « Ermite de Balmaceda », un gaucho local nommé Pekein. Autour d’un Maté chaud, nous avons étudié nos deux cartes, qui différaient mais confirmaient qu’il restait encore un long chemin à parcourir.

Le défi des neiges

En approchant d’un virage sud, une nouvelle vague de vent et de neige s’est abattue sur nous. Nous avons traversé des canaux boueux, luttant contre le froid qui pénétrait nos combinaisons. Malgré la fatigue, chaque pas vers le sommet du défi nous apportait une forme de plaisir masochiste : la perspective du succès était déjà visible.

Le passage étroit

À deux tiers du trajet, nous sommes arrivés aux « narrows », où les rives s’élèvent et le courant se renforce autour des rochers. En attachant nos kayaks côte à côte et en alternant les coups de rame, nous avons franchi la section la plus difficile et, après avoir glissé près d’un iceberg, trouvé un canal sans courant.

Arrivée au Lago Geike

Après un dernier effort contre le courant, nous sommes entrés dans un monde dominé par des milliers d’icebergs, entourés de montagnes, baigné par les derniers rayons dorés. La surface du lac reflétait le bleu des glaces, créant une atmosphère presque irréelle. Les nuages se sont ouverts, laissant tomber une neige scintillante comme des voiles d’or.

Nous avons installé notre camp sur une petite terrasse rocheuse, cuisiné du bacon et préparé du Maté, observant le paysage mythique sombrer dans l’obscurité.

Le matin suivant

Le vent du matin a ouvert un passage parfait entre les icebergs, nous offrant un trajet calme et dégagé vers le glacier Geike. Nous avons pagayé le long d’une langue d’eau bleue qui s’enfonçait dans les montagnes enneigées, atteignant le bord du glacier. La proximité du mur de glace, à quelques longueurs d’aviron, était à la fois exaltante et terrifiante.

Après avoir touché le glacier, nous avons repris le chemin du retour, traversant le fleuve Serrano en une heure grâce à la météo clémente. Arrivés à Puerto Toro sous un vent et une pluie persistants, nous avons partagé nos récits autour d’un verre de vin avec d’autres paddlers et même un renard curieux.

Cette expédition fut pour Matt une immersion dans la Patagonie qu’il n’oubliera pas, et pour moi, la réalisation d’un rêve longtemps nourri par les légendes d’Ultima Thulé.

Notes de voyage
  • De Sitka à Hoonah

    Contexte historique Un soir de juillet 1741, le navire russe St. Paul aperçut des oiseaux et des troncs darbres flottants, signe indiscutable quil avait atteint la côte inexplorée de l’Amérique du Nord. Le capitaine Alexei Chirikov, séparé depuis plusieurs semaines du commandant Vitus Bering et de son St. Peter, décida d’envoyer une petite embarcation à terre pour revendiquer le territoire au nom de la Russie. Aucun des deux bateaux n’est jamais revenu, et le St. Paul dut repartir, à court d’eau

  • Traversée de l Islande à pied – du sud au nord

    Finançant notre périple grâce à la vente de thé au sommet d’une colline près de l’université, mon ami Rémi et moi avons échappé aux examens pour une année supplémentaire. Après un vol depuis l’Écosse, nous avions un objectif clair : traverser l’Islande du coin le plus sud au point le plus au‑nord, uniquement à pied. Faux départ Trois jours après notre atterrissage à Reykjavik, nous observions la poussière de cendre se déposer sur la route vide. Notre véhicule, laissé à Kötlutangi, était parti ;

  • Dartmoor

    Ceci est le deuxième volet de notre série sur la cueillette et la cuisine sauvage explorant différents paysages et ingrédients au Royaume-Uni. Pour suivre les itinéraires et obtenir plus didées, visitez Viewranger.com.La brume saccroche encore aux murs tapissés de lierre qui encadrent notre voiture tandis que nous avançons prudemment dans les ruelles étroites du Devon. En traversant un petit village, je constate que le paysage et le rythme de vie nont guère changé depuis que jai vécu et travaill