Perdu puis retrouvé
De la vie de yacht à la liberté du van
Imaginez un monde où l’argent semble infini, où l’on ne vit que pour exhiber des yachts de plusieurs millions de dollars, de l’or et des reflets scintillants. Quand l’été européen approche, on n’est personne si l’on n’est pas amarré quelque part sur la Côte d’Azur, entouré d’It‑Girls. Dans cet univers, l’arrogance est attendue et tolérée.
Ce n’était pas le décor idéal pour un jeune Australien élevé dans une ferme tasmanienne, étudiant l’éducation en plein air, ni pour une Néo‑Zélandaise rêvant de voguer sur les vagues et d’explorer de nouvelles cultures. Mais le glamour du secteur nous a attirés comme un aimant. Nous nous sommes retrouvés plongés dans le style de vie des yachts, les destinations luxueuses et le rêve de devenir milliardaire.
Le choc du quotidien à bord
Nous avons été jetés immédiatement dans la vie du yachting : récurer, polir, passer l’aspirateur… nos âmes libres, habituées aux voyages, étaient désormais enfermées dans un travail pénible, jour après jour. Horaires stricts, listes de contrôle à n’en plus finir, pauses regimentées… Ce n’était pas ce que nous avions imaginé. Les propriétaires hautains, les invités condescendants, obsédés par leur statut, n’étaient pas les personnes avec qui nous voulions nous entourer. Il était temps de retrouver l’aventure que nous cherchions réellement.
Le van Victor Whiskey, notre nouvelle aventure
À Chester, en Angleterre, nous avons découvert Victor Whiskey, un Volkswagen LT35 de 1995 reconverti d’un minibus en l’un des vans les plus charismatiques d’Europe. C’était le véhicule d’aventure parfait. Nous avons chargé le strict nécessaire, pris le ferry pour la France et commencé à rouler vers le nord, avec pour unique objectif de revenir à l’essentiel et d’aller le plus loin possible.
Explorations scandinaves
Randonnées, feux de camp au coucher du soleil, vues imprenables au réveil… Voilà ce qui occupait nos pensées. Les jours se succédaient sans que l’on sache même quel jour de la semaine c’était – et c’est ainsi que nous l’aimions. Un mois s’est écoulé entre le Danemark et la Suède. Sur la plage de Rømø, nous avons appris que conduire imprudemment sur le sable pouvait conduire à un appel de secours avec une remorque. Libérés, nous avons repris la route sur le sable dur pour obtenir la photo tant attendue.



En Norvège, nous avons été frappés par la beauté des fjords qui s’étendaient à perte de vue, des lieux silencieux où l’on pouvait entendre battre son propre cœur. Nous savions que nous devions atteindre Trolltunga. Au lieu de rejoindre la foule, nous avons décidé de gravir le rocher pendant la nuit pour admirer le lever du soleil en toute quiétude.
Nous avons enfilé nos bottes juste avant minuit et nous sommes dirigés vers le point de départ. En chemin, nous avons croisé plusieurs groupes partageant le même projet, qui prévoyaient de camper et de repartir à l’aube. Revigorés, nous avons continué, passant de la boue au sable glacé, puis à la neige profonde. À 3 h du matin, seuls sur la crête, nous avons trouvé un abri dans la roche, nos doigts gelés mais nos visages illuminés par les teintes roses‑violettes du ciel.
Vers le cercle arctique
Nous avons poursuivi notre route vers le cercle arctique, traversant d’innombrables fjords. Le droit scandinave d’« Allemansrätt », qui autorise chacun à explorer la nature, nous a offert des campings idylliques, loin de toute civilisation, baignés par le soleil de minuit. Le jour constant rendait le sommeil difficile, mais qui voudrait dormir dans un tel décor ?
Nous sommes arrivés à Bodø, puis avons pris le ferry pour les îles Lofoten, le point d’attente le plus excitant de notre périple. En approchant, les montagnes sont passées de silhouettes lointaines à d’imposants monolithes dorés par le soleil de minuit. Même à 3 h du matin, nous ne pensions plus aux campings, mais cherchions la prochaine montagne à gravir.


Nous avons garé le van au pied de Reinebringen, ne gardant que de l’eau et des snacks dans le véhicule. En une heure, nous avons atteint le sommet, épuisés mais émerveillés par les rayons orange qui dansaient encore autour des falaises à 4 h du matin. C’était la connexion la plus profonde que j’aie jamais ressentie avec un lieu.
Les Lofoten ont dépassé toutes nos attentes. Les sommets que nous avons gravis sont devenus des points de rencontre avec d’autres voyageurs. Nous avons rejoint une communauté nomade qui grillait du poisson fraîchement pêché au feu de camp, tout en sirotant du whisky dans la demi‑lumière. C’est là que nous avons rencontré une Australienne installée depuis huit ans, survivante du cancer, dont la positivité et la passion pour la nature nous ont profondément inspirés.
À 2 h du matin, dans nos kayaks, entourés d’eaux cristallines et de pics roses‑orange, nous étions exactement là où nos rêves nous avaient menés. Au lieu de la fausseté du luxe yachting, nous avions trouvé la vraie aventure dans les mers froides des Lofoten. Un kayak prévu à 6 h a finalement été lancé à minuit, sous un soleil qui teintait les nuages d’orange et un vent doux. Le fjord était désert, renforçant notre sentiment de liberté totale. Les listes de contrôle, les horaires, les plans… tout cela appartenait désormais au passé.
Conclusion
Certains mesurent le succès à la taille d’un yacht de 200 millions de dollars. Nous, nous mesurons le nôtre à un kayak de 200 dollars, partagé au petit matin avec un ami, face aux pics déchiquetés des Lofoten. L’essentiel, c’est que nous avons prouvé à nous‑mêmes que revenir à l’essentiel était exactement ce que nous recherchions.




