Randonnée à la Cité perdue de Teyuna, Colombie
Une cité oubliée au cœur de la Sierra Nevada
Enfouie dans le parc national de la Sierra Nevada, sur la côte nord de la Colombie, la Cité perdue de Teyuna (ou Ciudad Perdida) était interdite aux visiteurs pendant des décennies. Après la fin de la période sombre de violences paramilitaires et du trafic de drogue, les ruines précolombiennes sont à nouveau accessibles, toujours sacrées pour les populations indigènes qui y pratiquent des rituels. Découverte en 1972 par des pilleurs de tombes, la ville ne peut aujourd’hui être atteinte qu’à pied, lors d’une randonnée guidée de quatre à six jours.
Rencontre avec Selso, guide Wiwa
Selso, notre guide de Wiwa Tours – une entreprise gérée par les peuples indigènes – nous a accueillis avec un espagnol lent et chantant, un sourire en coin et une moustache de cowboy. Vêtu de coton fait main, il portait un petit sac de fibres contenant des feuilles de coca séchées, et une queue de cheval noire sous son chapeau de feuilles de palmier.
Le groupe et le départ
Nous étions six : un Gallois, un Anglais, trois Colombiens vivant en Espagne et moi-même. Dès le premier pas le long du fleuve, les conversations s’animaient, les regards se portaient partout. Selso nous a alors proposé de sauter d’une corniche sur l’eau – une bonne raison d’enfiler son maillot de bain avant de marcher.
Dans une clairière, les trois Colombiens observaient le paysage au téléobjectif. Un grand busard, aux ailes mi‑blanches, mi‑noires, planait au-dessus de la forêt – un messager mythique dans la tradition maya.
Première nuit sous la canopée
Après une ascension longue et épuisante à travers des fourrés et des clairières brûlantes, nous avons atteint le camp au bout de quatre heures. Trempés de sueur, les jambes couvertes de terre, nous avons laissé nos sacs et nous sommes glissés dans des hamacs. Le dîner a été suivi d’une baignade nocturne dans une lagune éclairée par un projecteur, alimentée par une cascade. L’eau cristalline a détendu nos muscles douloureux, tandis qu’une petite plage bordée de fougères et de palmiers s’étirait au loin.
Matinée au camp
Au lever du jour, papillons, colibris et perruches vertes virevoltaient autour du camp, attirés par les fleurs et les arbres fruitiers. Un petit tournesol jaune‑blanc et une orchidée rouge, semblable à un gland étoilé, ponctuaient le paysage. Au petit déjeuner – œufs, fruits et pain – le cuisinier Enrique évoquait le climat changeant : rivières à sec, hiver semblable à l’été. Selso écoutait sans ajouter de commentaire.
Départ pour le deuxième camp
À 8 h, nous avons traversé un pont de fortune, puis, après une heure, nous avons descendu un ravin vers le camp suivant. Une montagne voilée de brume nous attirait. Vers 10 h, la chaleur était accablante, mon maillot trempé alourdissant mon sac de 50 L, bien que les autres ne transportaient que de petits sacs de jour. Midi, nous sommes arrivés au camp Wiwa.
Vie au camp Wiwa
La famille Wiwa, gardienne du camp, avait plusieurs enfants aux cheveux noirs et aux vêtements simples en coton. Ils jouaient au football pieds nus et nous invitaient à les rejoindre. Au crépuscule, des papillons jaunes‑bruns flottaient dans l’air. Le soir, à la lueur de bougies, Selso a raconté l’histoire des quatre tribus de la Sierra Nevada – Wiwa, Kogi, Arhuaco et Kankuamo – descendants des Taironas, gardiens de la terre qui vivent en harmonie avec la nature et protègent le territoire des développeurs. Il a expliqué le « poporo », gourde creusée contenant une poudre de coquillages broyés qui active les feuilles de coca, stimulant modestement la faim et l’énergie.
Après ce récit, je me suis endormi en pensant aux mots d’Álvaro Mutis : « Il n’y a aucun mystère dans la jungle… » Ces paroles résonnaient comme une vérité brute.
Ascension des 1 200 marches
Le quatrième jour, nous avons grimpé les 1 200 marches de pierre menant aux plateformes rituelles. La canopée nous enveloppait, l’air vibrait d’une énergie presque musicale. Au sommet, nous avons découvert le premier quartier de la cité : des cercles d’herbe bordés de pierres, sous d’immenses arbres durs. Selso a raconté que les Taironas avaient abandonné le site face aux conquistadors espagnols qui, dès 1525, fondèrent Santa Marta et massacraient les populations locales.
Un tableau de pierre situait la Cité perdue à côté de Machu Picchu et d’autres cités majeures de l’époque. Nous avons parcouru les ruines aux teintes d’émeraude et de chartreuse, suivant les passages de pierre qui s’enfonçaient dans la canopée. Des plateformes en terrasses concentriques s’élevaient, surplombant une cascade à l’ouest et les montagnes sacrées à l’est, enveloppées de brumes.
Nous avons observé le système de canaux sophistiqué qui acheminait l’eau à travers la ville. Un grand crapaud chantait, et Selso a repéré un jeune fer‑de‑lance qui s’est rapidement enfui dans les sous‑bois.
Retour et réflexion
Après le déjeuner, nous avons entamé la descente vers le camp Paraiso. Fatigués, nous marchions en silence. À 16 h, mon genou gauche a commencé à faire mal ; Selso m’a offert une canne de marche. J’ai été dépassé par un couple de seniors dynamiques qui m’ont encouragé avec un sourire complice.
Arrivé au camp après la tombée du jour, je me suis glissé dans mon hamac, conscient que le lendemain marquerait le dernier petit trek de trois heures vers la modernité. Perdu dans la Sierra Nevada, j’avais ressenti l’esprit d’un explorateur d’autrefois, parcourant un passé figé dans la verdure, où d’autres cités perdues attendent d’être découvertes.




