Petra : les secrets de la cité perdue de Jordanie
Des falaises de grès imposantes s’élèvent au-dessus de la vallée aride de Wadi Musa, semblables à d’immenses monolithes d’argile cuite au soleil. Malgré ce décor brûlant, l’ombre y règne. Des parois de 200 m de haut enveloppent le canyon du Siq d’une obscurité permanente, comme si elles perçaient le cœur même de la montagne. À l’aube, un silence profond s’installe – aucun chant d’oiseau ne résonne sur la mosaïque de roches et de sable sous vos pas solitaires.
À travers une fissure éclairée comme un éclair, Petra se dévoile : la façade majestueuse du Trésor, taillée dans le grès tendre, domine les guides bédouins, les chameaux et les chats errants qui s’y rassemblent.

Redécouverte de Petra
« C’est l’une des plus élégantes vestiges de l’Antiquité », écrivait l’explorateur suisse Jean‑Louis Burckhardt dans son journal de 1812. Premier Occidental à pénétrer Petra après plus de six siècles – la ville était protégée par des fortifications naturelles et restée cachée depuis les Croisades. Les tribus bédouines locales la connaissaient mais en gardaient le secret, redoutant les chercheurs de trésors.
À l’apogée, aux temps du Christ, Petra abritait près de 30 000 habitants, soutenus par des systèmes hydrauliques ingénieux au cœur du désert. Capitale du vaste royaume nabatéen, quatre fois plus grand que la Jordanie actuelle, elle était dirigée par des Arabes nomades qui amassaient des fortunes grâce au commerce caravanière d’encens et de myrrhe. Le Trésor, supposé être la sépulture d’un roi nabatéen, symbolisait cette richesse aux marchands de passage, bien qu’il ne contienne aucun or. Son urne centrale, criblée de trous de balles, a alimenté les mythes d’un trésor caché.
La quête de Burckhardt était avant tout scientifique, pas cupide. Installé à Alep, il maîtrisa l’arabe, se convertit à l’islam sous le nom de Sheikh Ibrahim bin Abdullah, et se fondit dans le paysage avec un teint hâlé et une barbe, adoptant les coutumes bédouines.

Le plan secret de Burckhardt
En route pour Le Caire, les rumeurs sur les ruines de Wadi Musa le poussèrent à une ruse : « J’ai fait semblant d’avoir fait le vœu de sacrifier une chèvre en l’honneur d’Haroun (Aaron), dont la tombe se situerait au bout de la vallée », note‑t‑il. Cette supercherie lui ouvrit les portes.
Une fois à l’intérieur, il peinait à dissimuler son émerveillement à son guide. Plus loin, des tombes, un vaste amphithéâtre et des grottes dépouillées, striées de veines minérales naturelles, le laissaient sans voix. Après avoir surpris son guide par des escalades, ils atteignirent la Rue des Colonnes et le temple Qasr Al‑Bint. Sa dernière exploration provoqua des cris d’« infidèle ! » craignant que son journal ne soit découvert, Burckhardt rebroussa chemin.

Au‑delà du sentier touristique
La plupart des visiteurs se cantonnent aux sites majeurs ; s’aventurer plus loin offre la solitude au milieu des collines « suburbaines » parsemées de modestes habitations et de tombes inachevées, révélant les techniques nabatées de sculpture de haut en bas, interrompues avant l’expansion urbaine.
En montant, une tombe richement décorée, reconvertie en habitation bédouine, apparaît, sa porte scellée par un oasis de jardin. À midi, la Terrasse d’Haroun domine le Jebel Haroun : le Mont Hor biblique, lieu de la tombe d’Aaron (Haroun pour les musulmans), sacré tant pour les chrétiens que pour les musulmans.

Un creuset culturel
L’architecture de Petra mêle les styles égyptien, assyrien, hellénistique, mésopotamien et romain, rehaussés d’une touche nabatée. Le Monastère, le monument le plus imposant, taillé dans la roche après 800 marches autrefois parcourues par les pèlerins, illustre cette ambition : d’abord tombe du IIIᵉ siècle av. J‑C., il devint plus tard temple puis église byzantine, ornée de croix.
Petra a vu s’élever et tomber des empires ; même Indiana Jones et la Dernière Croisade l’a utilisée comme lieu du Saint Graal. Burckhardt n’y parvint jamais, mourant à 32 ans de dysenterie après des voyages incessants. Deux siècles plus tard, explorateurs et chercheurs continuent à percer ses mystères.




