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Une courte randonnée dans l’autre Afghanistan

Le corridor du Wakhan, un recoin méconnu

Coincé entre les géants de l’Hindou Kouch et du Pamir, le corridor du Wakhan forme une bande étroite en forme de manchette au nord‑est de l’Afghanistan. Cette zone, quasiment inaccessible, attire chaque année quelques aventuriers désireux d’explorer un territoire montagneux vierge.

Départ depuis Douchanbé

Par une chaleur étouffante de plus de 40 °C à Douchanbé, nous entamons un trajet de vingt heures en SUV jusqu’à la ville frontalière d’Ishkashim. La route, partie de la légendaire « Pamir Highway », longe la rivière Panj, serpente dans des gorges profondes et longe des rives verdoyantes. De l’autre côté du fleuve, c’est l’Afghanistan qui s’étend.

Origine historique du corridor

Créé à la fin du XIXᵉ siècle pendant le « Grand Jeu », le corridor de 400 km était une zone tampon entre les empires britannique et russe. Cette immunité a, de fait, protégé la région des conflits qui ont ravagé le reste du pays.

Traversée de la frontière afghane

À la frontière, les autorités afghanes nous réservent un accueil chaleureux, même en nous proposant un taxi. Malgré cela, l’inquiétude persiste. Quatre permis manuscrits, obtenus après une matinée de formalités et de nombreuses tasses de thé, nous autorisent à pénétrer le plateau du Petit Pamir, 300 km à l’est.

Sur la route du Wakhan

Notre Toyota Landcruiser parcourt la vallée poussiéreuse du Wakhan, sans fin apparente. Les récentes pluies de mousson au Pakistan ont laissé la Hindou Kouch débordante. Sans ponts, le conducteur franchit les rivières en cherchant des passages peu profonds, l’eau glacée montant le long des portes.

À la recherche du sentier

Lorsque la route disparaît sous les flots du fleuve Wakhan, nous devons parcourir à pied les 90 km restants jusqu’au point de départ du trek, Sarhad‑e‑Broghil. C’est la saison des récoltes, et l’activité dans les villages nous fait apprécier la dureté de notre aventure.

Une courte randonnée dans l’autre Afghanistan

Rencontre avec le guide Otembik

Dans l’ombre du sommet pyramidal de Baba Tangi (6 515 m), le hameau de Kurut nous fournit notre guide, Otembik, grâce à un cri du porteur d’âne qui porte son nom. Sans internet ni réseau mobile, c’est la seule façon de le contacter. Il accepte de nous accompagner pendant deux semaines, malgré le court préavis.

Arrivée à Sarhad‑e‑Broghil

Après trois jours, nous atteignons Sarhad‑e‑Broghil (3 265 m). Le village, entouré de champs de colza et d’orge, de peupliers et de pics glaciaires dépassant les 6 000 m, ressemble à un Shangri‑La. En hiver, les températures peuvent chuter à –30 °C, isolant le village de tout accès routier de octobre à avril.

Vers le Petit Pamir

Accompagnés de notre yak, capable de porter plus de 100 kg jusqu’à 5 500 m, nous partons vers les plaines venteuses du Petit Pamir. Cette ancienne route commerciale, empruntée par Marco Polo au XIIIᵉ siècle, nous mène à des villages en ruines, où nous traversons des rivières glacées et le vent violent du « bad‑e‑Wakhan », qui souffle 120 jours par an.

Le plateau du Petit Pamir

Au campement de Khachigosh, nous présentons nos autorisations manuscrites au chef du village. Le plateau, à plus de 4 000 m d’altitude, se trouve entre les montagnes colorées du Pamir au nord et les sommets escarpés de l’Hindou Kouch au sud. À l’est, à cinq jours de marche, s’élèvent les géants de la province du Xinjiang, en Chine.

Une courte randonnée dans l’autre AfghanistanUne courte randonnée dans l’autre Afghanistan

Le lac Chaqmaqtin

Nous franchissons une couche épaisse de boue fondue avant d’atteindre le lac translucide de Chaqmaqtin, entouré de yourtes. Les Kyrgyz du plateau y cherchent des pâturages pour leurs yaks et leurs moutons à queue courte, principale source de revenu.

Le Grand Pamir et la traversée des cols

Après avoir franchi un col à 4 600 m, nous visitons le village de Showr, où l’hôte Safdar nous sert du thé au beurre de yak. C’est le jour de l’Aïd al‑Fitr, mais à cette altitude les célébrations restent discrètes. Les prochains jours nous obligent à gravir les cols de 4 887 m (Uween‑e‑Sar) puis de 4 820 m (Kotel‑e‑Qarabel), plus hauts que n’importe quel sommet alpin.

Retour et détente

Épuisés par le froid et la perte d’appétit, nous redescendons vers Sarhad‑e‑Broghil, où une source thermale nous attend. Nous espérons que la route sera à nouveau praticable pour traverser le retour vers le Tadjikistan. Inshallah.


Notes de voyage
  • Retour dans l Arctique

    Jour 3 – Retour dans l’Arctique Notre troisième journée dans l’immense wilderness de la chaîne Brooks nous a ramenés, après une randonnée d’après‑midi, au pingo en forme de dôme visible depuis notre camp sur les rives de la rivière Noatak. Nous marchions aux côtés de Jim Slinger et d’Andrew « Tip » Taylor, deux hommes avec qui nous avions échangé des courriels pendant plusieurs années mais que nous découvrions enfin en personne. Cette sortie était une occasion bienvenue de dégourdir les jambes e

  • Le blizzard – périple en traîneau à travers l’île de Baffin

    Notre communicateur satellite émet un bip, la lumière verte clignote : « Vents de 90 km/h et blizzard prévu aujourd’hui. Construisez un mur de neige », nous indique le message de notre ami à Iqaluit, à 150 km au sud de notre camp. Dans notre tente rouge en forme de tunnel, deux poêles font fondre la neige du jour. Je réchauffe mes doigts autour d’une tasse de chocolat chaud. La toile de la tente frémit légèrement. Le voyage se déroule bien ; nous sommes en avance sur le programme, le temps est f

  • Sur les traces des Celtes

    Départ sous la pluie Ce n’était pas tant la pluie que l’immersion : collines, prairies et plantes trempées donnaient un départ peu prometteur à notre aventure de plusieurs jours en paddle et en camping. Nous avions traversé le nord de l’Écosse pour fuir le tumulte urbain, loin des bureaux, ordinateurs et télévisions. Nos planches gonflées, nos sacs secs bien rangés, nous avons traversé d’immenses tapis d’algues vertes pour atteindre l’eau. Le léger bruine s’est dissipée quand notre petite équipe