Rub' al Khali – le Quartier Vide d'Arabie
Introduction
Une silhouette solitaire se tenait devant les braises, sa dishdasha blanche flottant comme un spectre à la lueur de l’aube. Sa voix, portée par le vent du nord, appelait à la prière. Le soleil n’était qu’une pâle lueur sous l’horizon et le sable restait froid au toucher. Nous étions dans le Rub’ al Khali, le Quartier Vide, un nom qui décrit à merveille cet espace infini.
Premiers pas dans le désert
Allongé dans mon sac de couchage au milieu des dunes, j’écoutais les versets arabes se mêler au souffle du vent. Mohammed, ranger local, se levait chaque matin pour appeler à la prière nos compagnons omanis, parfois en donnant un petit coup de pied aux dormeurs profonds. Pendant que je dégustais ma bouillie, les hommes s’inclinaient d’un seul mouvement vers La Mecque. Le contraste avec mon enfance à Colchester, en Essex, était saisissant : des champs verts, un ciel gris et des pluies fréquentes opposés aux dunes dorées du Rub’ al Khali.
De l’Angleterre au cœur du désert
Devenu biologiste spécialisé en conservation, j’ai finalement rejoint la British Exploring Society et me suis retrouvé, par un hasard incroyable, dans cette étendue aride du sud d’Oman. En janvier, après les fêtes et le vin chaud, nous avons pris la route nouvellement goudronnée au nord de Salalah, ville natale du sultan Qaboos. Le Dhofar, autrefois théâtre d’une guerre de guérilla dans les années 1970, est aujourd’hui une oasis de calme.

Traversée des dunes
Nous avons quitté Thumrait, ancienne halte de la route caravanière, pour une piste discrète qui s’enfonçait dans la poussière orange soulevée par nos véhicules. De petites dunes surgissaient d’abord au milieu de la route, comme un avertissement, puis de gigantesques monticules de sable s’étendaient à perte de vue, jusqu’aux frontières de l’Arabie Saoudite, des Émirats et du Yémen.
Les dunes, épaisses et imprenables, formaient des crêtes semblables à des couteaux. Entre elles, des plaines de gravier recelaient des géodes de toutes tailles, du petit caillou au ballon de basket, aux cristaux verts, violets ou translucides. En plein jour, la chaleur rendait le sable mou et nous bloquait régulièrement, nous obligeant à creuser sous le soleil de midi.


À la découverte de la vie désertique
En tant que biologiste, j’avais l’idée d’un désert stérile. La nuit, sous un ciel étoilé, le Rub’ al Khali s’est animé : des traces d’animaux, des buissons tenaces et des plantes verdoyantes surgissaient dans les creux des dunes. Nous avons installé des pièges photographiques à déclenchement infrarouge, des pièges à fosse pour insectes et reptiles, ainsi que des boîtes à petits mammifères pour capturer jerboas et jirds.
En quelques semaines, nous avons enregistré la présence de renards du désert (Vulpes ruppellii), de lièvres, de lézards à queue épineuse (dhubs) et même d’un chameau curieux qui s’est approché de notre sac de couchage au petit matin. Chaque découverte, même la plus petite, était une victoire : le désert n’est pas vide, il regorge de vie discrète mais résiliente.
Conclusion
Avant de quitter le Rub’ al Khali, nous avons visionné les vidéos des pièges : des moustaches, des dents, des mouvements furtifs qui nous rappelaient que le désert est un monde vivant, bien que silencieux. En partant vers les montagnes côtières du Dhofar, le sable s’est dissipé derrière nous comme un nuage de poussière. Comme le disait Wilfred Thesiger, « personne ne quitte le désert inchangé ». Le Rub’ al Khali m’a profondément marqué et j’aspire à y revenir.




