Expédition d’alpinisme au Kurdistan irakien
Introduction
Partir à l’assaut des sommets irakiens est une occasion rare. Avant mes partiels universitaires, j’ai choisi de privilégier l’ascension du plus haut pic du Kurdistan, le Cheekah Dar, dans les montagnes Zagros. L’expédition, organisée par Secret Compass – l’entreprise pour laquelle je travaillais à temps partiel – visait un sommet qui n’avait été conquis que deux fois auparavant, dont une première ascension hivernale l’année précédente.
Arrivée à Erbil
Nous avons atterri à Erbil, ville fondée vers 6000 av. J.-C., où le chaos se mêle à la modernité. L’aéroport ultra‑sécurisé, les boutiques vendant du surplus militaire et la rare présence de touristes occidentaux – majoritairement des travailleurs du secteur pétrolier ou des ONG – donnent une impression d’étrangeté. Notre itinéraire prévoyait de rejoindre la ville de montagne de Choman avant de pousser vers Cheekah Dar, mais la réalité du terrain a rapidement modifié nos plans.
Rencontres imprévues
Après une nuit passée au-dessus de Choman, la police locale nous a convoqués. Cette entrevue a mené à une seconde réunion, plusieurs heures plus loin, avec la famille qui contrôle la zone. Le rendez‑vous s’est tenu dans un manoir entouré de hautes clôtures, où les propriétaires circulaient en Range Rover flambant neufs – un décor plus britannique qu’irakien. On nous a imposé de gravir le mont Halgurd, le deuxième plus haut sommet d’Irak, sous prétexte que Cheekah Dar, situé à la frontière iranienne, était surveillé par les Iraniens et régulièrement bombardé par l’Armée de l’air turque. Malgré notre frustration, nous avons dû accepter.
Hospitalité kurde
Au lieu de passer la nuit dans nos tentes, les autorités nous ont logés au poste de police – « mesure de sécurité » selon eux. Les habitants se sont montrés extrêmement accueillants, nous invitant chez eux, nous faisant découvrir leur musique et même une petite exposition d’armes. La plupart des Kurdes rencontrés étaient ravis de recevoir des visiteurs et souhaitaient développer le tourisme, rappelant que le Kurdistan reste une région relativement autonome et sûre.
Départ pour le Halgurd
Le lendemain, nous avons embarqué dans les véhicules de police et pris la route du Halgurd. Dès notre arrivée, la ligne blanche de la neige s’est imposée rapidement ; malgré la fin du mois de mars, les chutes étaient abondantes et la neige profonde rendait chaque pas difficile avec plus de 20 kg de charge. Un champ de mines présumé a accru l’anxiété du groupe.
Conditions météorologiques extrêmes
En fin de journée, le ciel bleu a cédé la place à une tempête blanche. Un camarade a failli glisser d’un petit précipice, arrêté in extremis grâce à une bonne prise de piolet. Nous avons installé un camp sous des vents violents, luttant pendant plus de 16 heures pour ériger des tentes qui se sont avérées instables et claustrophobes.
Nouvelle tentative et décision difficile
Le jour suivant, le soleil a percé, mais les rafales persistaient. À 3 000 m d’altitude, l’effort était plus lourd, la respiration plus difficile. Le temps s’est rapidement détérioré, rendant toute progression vers le sommet incertaine. Face à des prévisions défavorables pour le lendemain, le groupe s’est divisé : poursuivre l’ascension ou redescendre. Priorisant la sécurité, nous avons choisi la retraite, malgré la déception de ne pas avoir atteint le sommet.
Première descente à ski en Irak
Après la descente, notre coéquipier norvégien, Kit, a pu chausser ses skis et devenir le premier à skier en Irak, après les avoir transportés jusqu’à 3 500 m. Nous nous sommes réfugiés dans un bâtiment abandonné où, malgré la tempête, nous avons pu préparer du thé et du café.
Une petite victoire
Le temps s’est calmé brièvement, nous permettant d’escalader un petit pic probablement jamais gravi en hiver. Atteindre ce sommet a redonné le moral à l’équipe et offert une vue imprenable sur les montagnes enneigées.
Retour et conclusions
Les conditions météorologiques étant restées mauvaises, nous avons décidé de quitter les montagnes. Cette expédition, bien que ne s’étant pas soldée par un sommet, a été riche en enseignements : la solidarité, l’hospitalité kurde, les défis logistiques et la nécessité de placer la sécurité avant l’ambition. L’Irak, avec ses montagnes vierges, ses villes marquées par les conflits et sa population accueillante, recèle un potentiel d’aventure encore largement inexploré.




