Au premier rang du Super Bowl polynésien
Demandez aux jeunes mariés de se pousser ! Une fête se déroule sur l'eau et tout le monde est invité.
TAHA'A, Polynésie française – Football, tennis, natation… Oubliez ! Le plus grand événement sportif de toute la Polynésie est une course de pirogues à balancier. Chaque novembre, 100 équipes de six rameurs, venues d’Hawaï aux Marquises en passant par la France, s’affrontent pendant trois jours lors de la compétition inter-îles appelée Hawaiki Nui Va'a. D’abord, une épreuve de 44,5 km entre l’île de Huahine et celle de Raiatea. Puis, une course de vitesse dans le lagon entre Raiatea et Taha'a. Enfin, une épreuve d’endurance de 52 km à travers l’océan jusqu’à Bora Bora.
Heureusement, j’étais logé sur l’île de Taha'a au moment où la deuxième étape débutait. Le charmant et discret hôtel Le Taha'a a organisé une sortie en bateau festif avec la dynamique Terainu Tours Tahaa, qui a emmené une douzaine de clients vers les courses. Nous avons chargé le bateau de bières, de collations, de crème solaire, puis nous sommes partis à toute vitesse sur l’eau avant les pirogues.
Le spectacle était incroyable : des spectateurs bordaient les côtes, des kayaks faisaient du “tailgate”, des petites embarcations motorisées viraient, des catamarans étincelants défilaient, et les hors-bord criaient pour leurs équipes favorites.



Nous repérions les pirogues au loin tandis que les bateaux de fête cherchaient à se rapprocher des glisseurs à balancier. L’ambiance devenait tumultueuse – jet‑skis et chaloupes créaient des vagues et des distractions – mais les équipes continuaient sans faiblir.
Après un moment, notre embarcation a suivi le cortège jusqu’à divers motus, ces petites îles de sable inhabitées qui ressemblent à des dessins de cartoons d’îles désertes. En Polynésie française, les terres sont transmises de génération en génération au sein des familles tribales, ce qui permet à quiconque de les utiliser pour des pique‑niques isolés, des barbecues bruyants ou de longues séances de bronzage.
Nous avons jeté l’ancre à quelques mètres du rivage. Le lagon était d’une transparence cristalline, scintillant sous le soleil, peuplé de poissons colorés et de jardins de coraux.
J’ai plongé avec mon masque de snorkeling et me suis dirigé vers le passage entre deux motus. Un courant naturel m’a entraîné rapidement de l’autre côté, me permettant d’observer les lits de corail à quelques pieds de profondeur. Cette technique s’appelle le « drift snorkeling » : aucune énergie de nage n’est requise, il suffit de flotter et de contempler le paysage marin comme sur un manège.
Lorsque je suis revenu au bateau, le pique‑nique sur le motu battait son plein. Des feuilles de palmier formaient une petite table flottante. Les pétoncles étaient ouvrés et transformés en ceviche dans leur coquille. Des noix de coco étaient fêlées pour préparer des cocktails. Des fruits découpés étaient disposés sur un plateau de feuilles. Le fraisier débordait de bières, de baguettes au jambon et au fromage (ça, c’est le goût français en Polynésie).


Nous nous sommes tous rassemblés autour du repas, les cuisses immergées dans l’eau, écoutant les récits d’aventures en mer du capitaine, de son équipage et de leurs amis arrivés à bord de leurs propres embarcations. Nous étions chauds, rassasiés, bronzés et, pour une journée ensoleillée, membres d’une même communauté. Ce n’est pas ce que l’on trouve habituellement dans une station balnéaire remplie de plages privées, de bungalows privés et d’îles privées. C’était pourtant comme une fête de quartier d’une ville, sauf que, au lieu de s’asseoir sur le pas d’une maison, je pataugeais, tandis qu’un écosystème entier prospérait sous mes pieds.
Le soleil s’est couché d’un coup, nous surprenant tous. L’un des membres de l’équipage s’est alors révélé être chanteur et, accompagné d’un ukulélé, nous a offert une sérénade jusqu’au quai.
OÙ LE TROUVER
Hawaiki Nui Va'a est une course d’outre‑mer à balancier de trois jours, l’événement le plus suivi par les spectateurs en Polynésie.




