Triomphes et mésaventures sur la route circulaire d'Islande
Voyager hors saison implique souvent d’abandonner ses plans et de profiter de ce qui se présente. Sherri Rifkin et son compagnon aventureux ont passé une semaine folle à parcourir l’Islande en voiture, entre météo hostile, étendues désolées, paysages à couper le souffle et, qui sait, quelques fées.
ISLANDE – Tout a commencé avec le film Land Ho! que mon copain Rich et moi avons vu au Festival de Tribeca au printemps dernier. L’histoire de deux septuagénaires partant en road‑trip improvisé en Islande nous a donné envie de vivre la même aventure. Après le générique, la chanson « In a Big Country » retentissait, et je me suis tournée vers Rich en lui disant, surprise de moi-même : « Ça a l’air génial ! J’aimerais y aller. »
« Vraiment ? » a‑t-il répondu, déjà enthousiaste. « Ça figure sur ma liste depuis toujours. »
Rich – surfeur et skieur alpin – est bien plus « outdoor » que moi. Il a déjà parcouru l’Antarctique, l’Afrique, la Thaïlande… tandis que je suis cycliste d’intérieur et yogini, avec un passeport bien moins tamponné.
Alors, pourquoi pas ? Si deux septuagénaires peuvent affronter la géographie unique et les éléments rudes de l’Islande, je le peux aussi.
ÉLABORATION DE NOTRE PLAN
Nous avons décidé que l’été était trop touristique et cher ; nous avons donc opté pour une semaine en automne, période où le film a été tourné.
Nous n’avons pas réservé nos billets d’avion à l’avance – cela a peut‑être influencé le prix, qui reste élevé hors saison. Octobre fin était moins cher qu’octobre début, ce qui a scellé notre choix. Le temps serait plus capricieux, et le soleil de minuit absent, mais la perspective d’apercevoir les aurores boréales nous a séduit.
Rich m’a envoyé une boîte remplie d’équipement de performance – pantalon et anorak imperméables et coupe‑vent. « Il faut superposer les couches », a‑t‑il expliqué. « Un parapluie ne servira à rien ici, même à Reykjavik. »
Plan A : parcourir l’île en suivant la célèbre Route 1, la « Ring Road », en partant de Reykjavik et en faisant un grand détour autour d’une péninsule à l’ouest. Ce circuit exclut le Cercle d’Or, mais nous garantit chutes d’eau, volcans et merveilles naturelles à travers tout le pays.
Des avis contradictoires – amis, locaux, office du tourisme, forums TripAdvisor – débattaient de la faisabilité d’un boucle de six jours et des risques météo dans le nord. Le Plan B était de se concentrer sur le sud‑ouest, mais cela impliquait des allers‑retours que nous ne voulions pas. Finalement, le Plan A a prévalu : beaucoup de temps en voiture, mais c’est notre truc.

Église Hallgrímskirkja.

Reykjavik Roasters.
EN ROUTE
JOUR 1 : NY → Reykjavik
Vol nocturne avec Icelandair, arrivée tôt le matin. Aucun programme. Le temps était frais mais agréable, nous avons donc arpenté la ville à pied et photographié. Les célèbres pulls en laine et le matériel outdoor de marques islandaises sont omniprésents, mais en convertissant les prix ils perdent de leur attrait (et la laine est très rugueuse). Le soir, nous avons cherché la vie nocturne de Reykjavik : aucune adresse n’était ouverte, même à 23 h un vendredi.
Points forts
Hallgrímskirkja : orgue de 5 275 tuyaux en cours d’accordage lorsque nous sommes arrivés – meilleure que le « Phantom of the Opera ». Montez au sommet pour une vue panoramique sur la ville, l’eau et les montagnes.
Laugardalslaug : baignade dans la piscine géothermique extérieure en fin d’après‑midi. Plus une piscine publique qu’un spa, l’eau est divine.
Hébergement
City Center Hotel : boutique branchée avec petit‑déjeuner copieux et bar à bières artisanales, à deux pas de Laugavegur.
Restauration
Petit‑déjeuner au Prikið : ambiance diner américain, menu très localisé.
Déjeuner au Bergsson Mathús : café scandinave proposant soupes, pains maison et salades fraîches.
Café de l’après‑midi au Reykjavik Roasters : torréfacteur local.
Dîner au Fish Market (Fiskmarkaðurinn) : très cher mais raffiné, réservation en ligne recommandée.

Église à Búðir.

Exploration du ravin Rauðfeldsgjá sur la péninsule de Snæfellsnes.
JOUR 2 : Reykjavik → Stykkishólmur
Déviation majeure : boucle autour de la péninsule de Snæfellsnes. Paysages splendides, océan d’un côté, montagnes enneigées et le volcan‑glacier Snæfellsjökull de l’autre. Cette zone a servi de décor à Voyage au centre de la Terre de Jules Verne. Nous avons passé la nuit à Stykkishólmur, village presque désert hors saison.
Points forts
Settlement Centre à Borganes : décrit comme un Louvre par Lonely Planet, mais réellement très kitsch.
Rauðfeldsgjá : chute d’eau enchantée accessible en quelques minutes de marche, menant à une petite grotte.
Búðir : village de pêcheurs abandonné avec une minuscule église noire‑blanche au milieu d’un champ de lave – pure carte postale.
Hellnar et Arnastapi : sentier côtier entre deux vieux villages de pêche, à ne pas manquer.
Hébergement
Prévu : Hotel Egilsen (annulé). Finalement : Hotel Stykkishólmur, simple mais propre.
Restauration
Déjeuner à l’Hotel Rjúkandi : soupes maison et pain frais.
Dîner (presque) à Plassid : cuisine fermée à 20 h, nous avons reçu une soupe aux champignons sans champignons et du pain beurré.

L’animal totem de Rich.

Rich rencontre son animal totem. Photo de Sherri Rifkin.
JOUR 3 : Stykkishólmur → Akureyri
Long trajet vers la deuxième plus grande ville du pays. Nous avons choisi la route du nord, majoritairement gravillonnée mais praticable. Le soleil nous a accompagnés la moitié du trajet, offrant des vues sur montagnes, troupeaux de moutons et fjords.
Rich a trouvé son animal totem : le cheval islandais. Après une demi‑heure de photos, l’un d’eux a suivi la voiture, pressant son museau contre la vitre.
Hébergement
Skjaldarvik Guesthouse : petite auberge avec salle de bain partagée, jacuzzi et balades à cheval près du fjord Eyjafjörður.
Restauration
Déjeuner à Potturinn à Blönduós : cuisine locale et plats continentaux.
Dîner au Bautinn à Akureyri : pâtes simples un dimanche soir.
Dessert à Eymundsson – librairie‑café locale.

Bassin de boue et fumarole à Hverir.

Chute d’eau Goðafoss.
JOUR 4 : Akureyri → Lac Mývatn
Arrivée au lac Mývatn vers midi. Région plus petite que prévu mais regorgeant de merveilles naturelles.
Points forts
Goðafoss : la neige a rendu la cascade particulièrement dramatique.
Krafla / Viti / Leirhnjúkur : cratère vert d’eau turquoise et terrain volcanique, difficile d’accès à cause de la neige et routes non déneigées.
Hverir : zone géothermique avec fumaroles, mares de boue bouillonnante et odeur de soufre, visibilité atténuée par la neige.
Mývatn Nature Baths : version plus intime du Blue Lagoon, idéale pour une soirée enneigée.
Dettifoss : déception, route impraticable à cause de la neige.
Hébergement
Dimmuborgir Guesthouse : petites cabanes au bord du lac.
Restauration
Déjeuner rapide au centre d’information de Reykjahlíð.
Dîner au Vogafjós Cowshed Café & Guesthouse : mozzarella maison, pain cuit par la chaleur géothermique, vue sur la salle à bétail.

Routes dangereuses le long de la côte sud‑est.

Coucher de soleil sur la côte sud.
JOUR 5 : Mývatn → Hornafjörður
Le plus long trajet : du nord à l’extrême sud‑est, environ six heures de conduite, sous des conditions météo très difficiles.
Nous avons choisi le raccourci non déneigé, risqué mais plus rapide. La neige et la visibilité réduite ont rendu la traversée du col montagneux difficile, mais Rich a conduit avec brio, aidé peut‑être par les elfes islandais. Une fois le col franchi, nous avons été récompensés par une vue spectaculaire sur la côte et un coucher de soleil suivi d’une lune éclatante.
Points forts
Stand d’information d’Egilsstaðir : « Ce n’est pas la quantité de neige, c’est le type de neige qui compte », a déclaré l’employée, tout en mentionnant que quinze voitures avaient déjà emprunté le raccourci non déneigé depuis minuit.
Hébergement
Hali Country Hotel : situé à Hornafjörður, 60 km à l’ouest de Höfn, bord de mer, chambres simples mais spacieuses.
Restauration
Déjeuner au Salt Café & Bistro à Egilsstaðir : pizzas à la pâte fine.
Dîner au restaurant de l’hôtel Hali Country House : correct, sans prétention.

Lagon glaciaire Jökulsárlón au lever du soleil.

Randonnée sur le glacier Svínafellsjökull.

Surface marbrée du glacier Svínafellsjökull. Photo de Sherri Rifkin.

Observation d’elfes sur la plage de sable noir de Vík.
JOUR 6 : Hornafjörður → Skógar
Itinéraire le plus court, nous avons pu profiter pleinement des sites locaux.
Points forts
Jökulsárlón : lagon glaciaire vu avant le lever du soleil, calme, eaux cristallines. La traversée en bateau était impossible à cause de la glace, mais les photos étaient spectaculaires.
Svínafellsjökull dans le parc national Vatnajökull : marche guidée avec crampons et piolets, deux heures d’exploration du glacier, crêtes, crevasses et moulins de glace.
Vík : plage de sable noir, falaises et grottes, ambiance pluvieuse et sombre, où nous avons juré avoir aperçu un elfe.
Hébergement
Hotel Skógar : auberge cosy avec sauna, jacuzzi, à proximité de la cascade Skógafoss.
Restauration
Déjeuner rapide à la station‑service, dîner au restaurant de l’hôtel.

Cascade Skógafoss.

Au sommet, le troll se cache sur la corne.
JOUR 7 : Skógar → Aéroport international de Keflavík
Dernier jour : trois arrêts avant de rejoindre l’aéroport.
Points forts
Skógafoss : cascade de 60 m, montée des escaliers pour admirer la chute.
Seljavallalaug : piscine géothermique des années 1920, mais le vent violent a rendu la montée impossible.
Centre d’accueil d’Eyjafjallajökull : petit musée avec un film sur l’éruption volcanique de 2010.
CE QUE J’AI COMPRIS LE DERNIER JOUR QUE J’AURAIS DÛ SAVOIR AU PREMIER
En dehors de Reykjavik et de quelques villages, l’Islande est largement dépourvue de civilisation, ce qui peut être à la fois fascinant et angoissant. De vastes étendues enneigées offrent des paysages époustouflants, mais on y trouve peu de vie animale ou végétale.
Parfois, on a l’impression de parcourir une route principale du pays sans jamais croiser d’autre véhicule ou signe d’humanité, comme si l’on était seuls sur la Lune. Cette impression provient sans doute du voyage hors saison ; l’été est bref et le pays reste très isolé.
Nous n’avons pas vu les aurores boréales, mais nous avons découvert des décors qui semblent tout droit sortis de contes de fées ou de romans de science‑fiction. L’Islande reste gravée dans nos mémoires bien après le retour.

Route secondaire menant à un banc de phoques sur la côte sud de Snæfellsnes.

Oiseau sur un iceberg à Jökulsárlón.
PLANIFIEZ VOTRE VOYAGE
Conduite
Location d’une voiture 2WD chez Fox. Pneus neige obligatoires, connaître la différence entre routes asphaltées, gravillonnées et de terre.
Assurances spécifiques à l’Islande : dommages causés par le gravier, vent, portes qui se détachent sous les rafales, etc. Nous avons découvert la force du vent le dernier jour, qui a arraché les lunettes de Rich.
Attention aux troupeaux (moutons, chevaux, rennes) qui traversent les routes, surtout en été ; les éleveurs peuvent tenir les conducteurs responsables.
Météo
La météo islandaise est imprévisible et change rapidement. Consultez régulièrement les prévisions locales.
Vêtements
Superposez les couches : imperméable, coupe‑vent, polaire. Chaussures de randonnée indispensables, bottes de neige utiles même en octobre.
Langue
L’anglais est largement parlé. Les noms de lieux sont longs et difficiles à prononcer.
Saison hors‑pointe
Vérifiez l’ouverture des restaurants, boutiques, guides et hébergements avant de partir. Le guide Lonely Planet est orienté été ; adaptez vos attentes.
Quelques notes sur les salles de bains
1. L’eau géothermique sent les œufs pourris, mais on s’y habitue rapidement.
2. Cette eau peut assécher les cheveux ; apportez beaucoup d’après‑shampoing.
3. Les aires de repos sont rares ; la nature devient souvent vos toilettes.
MAIS ATTENDEZ, IL Y A ENCORE PLUS
Comment faire de l’autostop sur la Ring Road ? Sagas islandaises et Skyr ? Bienvenue à Reykjavik.




