Hey, l'étranger : comment faire de l'auto‑stop sur la rocade islandaise
Ta mère t’a sûrement dit de ne pas parler aux inconnus, et encore moins de monter dans leurs voitures. Mais tu es en Islande, il fait trop froid pour rester prudent. Étends le pouce et commence à faire de l’auto‑stop. Deux étudiantes racontent leur aventure.
Un premier arrêt inattendu
ISLANDE – Nous nous sommes arrêtés pour que notre conducteur, Herman, nous montre la ferme ancestrale de sa famille à l’horizon. Le paysage éclatant a brûlé mes yeux non protégés, mais Claire et Herman souriaient en versant quelque chose de son thermos. J’ai cru d’abord à du mousse islandais (ou à de l’alcool), mais il a simplement ri : « C’est du thé ». La vapeur herbacée m’a réchauffé les os pendant que nous écoutions. Deux heures plus tard, en déchargeant nos sacs du coffre, il nous a proposé un hébergement lorsqu’il reviendrait vers le nord.
Pourquoi choisir l’auto‑stop ?
L’auto‑stop reste une façon de voyager acceptable en Islande. Ses avantages : c’est économique et cela facilite les rencontres avec les locaux – souvent très hospitaliers. Les inconvénients : les fjords de l’Ouest et les Hautes Terres sont pratiquement inaccessibles aux auto‑stoppeurs. Rester sur la Route circulaire (Ring Road) est le choix le plus sûr. Patience et apparence soignée raccourcissent l’attente. Nous attendions entre 15 minutes et 3 heures selon la météo et le lieu. Nos conducteurs étaient généralement jeunes‑libres ou des « parents de substitution », et nous avons été bien pris en charge pendant la majeure partie du voyage.

L’aventure commence.
Dormir à la belle étoile
Le camping sauvage (gratuit, hors campings organisés) est autorisé presque partout, à l’exception des parcs nationaux. La règle d’or : ne pas gêner les habitants. Évitez les résidences et gardez vos distances des sites de camping officiels. Vous saurez que vous êtes trop près quand le propriétaire du terrain vient réclamer vos papiers. Dans les grandes villes comme Akureyri ou Egilsstaðir, vous trouverez parfois de petits bois où vous cacher, mais le meilleur choix reste la nature profonde : un champ ou le flanc d’une colline.
Le temps islandais change rapidement. Si votre tente fuit sous la pluie ou si votre sac de couchage se condense sous le soleil de minuit, n’hésitez pas à rejoindre un camping. Pour 1000 kr (≈ 9 $) par personne ou 400 kr (≈ 3,5 $) par tente, vous accédez à un bâtiment type club‑house avec cuisine, Wi‑Fi gratuit, lave‑linge, etc.

C’est pourquoi on l’appelle Islande.
Élargir son palais
Suivez les panneaux jaunes avec les cochons roses jusqu’à Bonus, une grande surface où vous pouvez acheter des basiques comme des ramen pour 200 kr. Dans les petites villes, vous trouverez des spécialités locales à ne pas manquer : skinka (agneau fumé) et hardfiskur (poisson séché) se conservent très bien. Ne comptez pas sur les marchés fermiers pour des produits frais ; la plupart des légumes sont importés du Royaume‑Uni.
Dans la plupart des cafés le long de la Ring Road, un grand pot de soupe et un panier de pain attendent les voyageurs. Pour 1500 kr (≈ 13 $) vous pouvez vous resservir à volonté. Le même principe s’applique au café : servez‑vous, mais restez raisonnable, les randonneurs n’apprécient pas les gloutons.
Osez les viandes atypiques ! Les Islandais mangent cheval, renne, puffin et même baleine. Ils utilisent des méthodes de fermentation pour conserver la nourriture pendant l’hiver : requin fermenté ou poisson séché au vent sont courants dans les villages de pêcheurs. Décidez à l’avance ce qui vous convient moralement, afin de pouvoir accepter ou décliner sans hésitation lorsqu’on vous propose un plat.

Salut, gros bonhomme.
Explorer le grand air
Cherchez une source d’eau chaude naturelle. L’Islande est l’une des terres les plus géothermiques du monde, et les piscines naturelles sont partout. Elles sont généralement gratuites ; les habitants ont leurs spots favoris et un conducteur sympathique pourra vous révéler un secret local. Testez toujours la température avec la main avant d’entrer. Algues étranges et odeur de soufre sont normaux.
Prenez le temps de visiter les petites villes. Nous ne l’avons fait qu’en arrivant à Borgarfjörður, dans les fjords de l’Est, à mi‑parcours. Ces villages offrent un aperçu de la vraie vie islandaise, loin des stations‑service et des grandes surfaces.
Frottez les chevaux. Même sans monter, vous pouvez vous approcher d’une clôture ; le cheval viendra souvent se faire caresser. Ils sont plus amicaux que les moutons et sentent meilleur. Restez prudent : les chevaux sont grands, curieux et peuvent s’emballer. N’entrez jamais dans un pré sans la présence du propriétaire et ne les nourrissez qu’avec de l’herbe.
Randonnez. Si vous avez un sac lourd et que vous tenez le coup, les sentiers de plusieurs jours de l’Est offrent des cabanes d’alpinistes isolées. Sinon, laissez vos sacs au camp et faites une journée de marche. Chaque office de tourisme vend des cartes de randonnée ; les conducteurs et les hôtes de camp peuvent aussi indiquer les bons itinéraires.

En avant, vers la nature !
Prendre des risques mesurés : si le soir est ensoleillé et qu’il ne pleut pas, dormez sans tente et admirez le coucher de soleil qui dure six heures avant le lever du jour. Un habitant bavard vous invite à son lieu de repos ? Suivez‑le. Vous avez passé quatre heures en voiture à discuter avec un étudiant de tout, du élevage de moutons à la politique d’immigration, et il vous propose une soirée sur le campus ? Vérifiez le feeling du groupe, et si tout le monde est à l’aise, allez manger des hot‑dogs. L’auto‑stop, c’est sortir de sa zone de confort et saisir les opportunités qui n’apparaissent pas quand on suit un itinéraire strict. Mais ne mettez jamais votre sécurité en danger.
Se laisser inspirer
Si rien de ce qui précède ne vous convainc, voici quelques sources d’inspiration : les sagas islandaises, véritable patrimoine littéraire, les vidéos qui ont déclenché mon envie de partir, et le livre qui m’a fait acheter mon billet.
Planifier votre voyage
Le moyen le plus simple d’arriver en Islande est de voler vers l’aéroport international de Keflavík. Le ferry depuis le Danemark jusqu’à Seyðisfjörður est aussi une aventure. Un bus vous conduit du terminal à Reykjavik ou directement à votre hôtel ; réserver à l’avance permet d’économiser. Plutôt que de tenter l’auto‑stop depuis Reykjavik, prenez le bus jusqu’à Akranes puis commencez à faire du stop. Nous avons bouclé la Ring Road en environ sept jours, mais nous aurions aimé étirer le périple à dix ou quatorze jours. La plupart des voyageurs font le circuit dans le sens antihoraire, mais le sens horaire (du nord‑ouest au sud‑ouest depuis Reykjavik) permet de perdre quelques jours à explorer le parc national de Snæfellsnes sans craindre de rater le vol de retour. On peut rattraper du temps dans le nord ou le sud en sautant quelques sites touristiques.
Continuer à explorer l’Islande
Vous voudrez peut‑être faire votre demande en mariage en Islande.
Sagas islandaises et Skyr à la cuillère.
Nordique par nature : un chef d’aquavit parcourt l’Islande à la recherche de saveurs.




