Sur les routes de Cuba
« La route, c’est la vie », écrivait Jack Kerouac dans son classique des années 1950 On the Road. Cette phrase résume parfaitement le paysage des transports à Cuba après la période spéciale. Les Cubains se déplacent dans des véhicules rétro, ingénieusement hybridés grâce à une créativité débordante, offrant un aperçu intime du cœur résilient du quotidien insulaire.
La Guerre froide sur roues
Grâce à des mécaniciens hors pair, Cuba est un musée vivant des modèles américains d’avant 1959, importés de Detroit. Ces icônes lisses évoquent une époque de carburant bon marché et de liberté juvénile, avec leurs décapotables Oldsmobile.
Le romantisme s’efface lorsqu’on apprend qu’un véhicule sur quatre à Cuba est russe – une Lada. De nombreuses voitures américaines vintage fonctionnent même avec des moteurs Lada.

La Lada (VAZ‑2101), dérivée utilitaire de la Fiat 124 née à Tolyatti en 1966, était moquée ailleurs. À Cuba, les liens soviétiques en ont fait une récompense précieuse pour les travailleurs modèles des années 1970‑80. Sa construction robuste a prospéré sur les routes plein de nids de poule, alimentant taxis, pièces d’appareils ménagers et même des Plymouth de 1951.
L’innovation cubaine ultime ? Le « Stretch » Lada limo, bricolé par des chauffeurs de taxi des années 1990 à l’aide de chalumeaux et d’une imagination sans limites.

Maîtrise des motos à Cuba : les Harley ressuscitées
Au-delà des voitures, Cuba compte entre 80 et 100 Harley‑Davidson d’avant 1959, presque toutes hybridées comme les appareils électroménagers de l’île. Introduites dans les années 1920 et utilisées par la police de La Havane, elles ont presque disparu après le blocus américain de 1962 – jusqu’à ce que José « Pepe » Lorenzo Cortés les revive dans les années 1970‑80 grâce à une cannibalisation experte, inspirant une nouvelle génération de Harlistas.
Cette communauté soudée se réunit lors d’événements comme le Día del Motorista Ausente en juin, au cimetière Colón de La Havane, où l’on rend hommage à Cortés avant de partir en balade collective.

Panneaux révolutionnaires : quand l’art rencontre la propagande
Dans une Cuba sans publicité commerciale, les panneaux gouvernementaux dominent le paysage. L’artiste Raúl Martínez les a sublimés dans les années 1960 avec des motifs éclatants qui captivent, même si les messages restent parfois grinçants.
Parmi les slogans récurrents : En cada barrio revolución (devise des CDR), Volverán (pour les agents emprisonnés) et Siempre es 26 (référence à l’attaque de la Moncada). Des affiches comme « Señores imperialistas, no les tenemos absolutamente ningún miedo » près de la section des intérêts américains, ou « Guantánamo tiene que tener » près de la base, attirent les touristes.

Covoiturage légalisé : le road‑trip cubain ultime
Hacer botella – le covoiturage officiel avec les amarillos (agents en uniforme jaune) – représente l’authenticité cubaine à son apogée. Il requiert patience face aux pénuries de transport ; les véhicules à plaque bleue doivent s’arrêter.
Médecins, étudiants, tout le monde fait la queue, échange des histoires. Les trajets varient d’une Fiat exiguë à un autocar de luxe – pure sérendipité.




