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Nuits étoilées et omelettes berbères

Montée sous le soleil de l'Anti-Atlas

Mes pneus crissent sur le sol rougeâtre, la seule sonorité dans l’air étouffant. Le soleil semble me saisir à la tête et me fondre, tandis que je garde un régime de pédalage constant en vitesse basse, suivant les courbes d’une route de gravier coloniale qui s’accroche aux sommets abrupts de l’Anti-Atlas. Au loin, la route serpente le flanc de la montagne ; plus haut, un concurrent apparaît comme un point noir se frayant un chemin dans le décor brûlé.

Le passage impossible

Soudain, la route disparaît : un ravin abrupt se dresse devant moi, le sol n’est plus qu’une mer de roches rouges. Je ne suis pas assez rapide pour risquer la chute, alors je m’arrête, décroche mon vélo et le pose délicatement. Il faut maintenant ramper le long du rebord, puis remonter l’autre côté pour rejoindre la piste.

Après quelques efforts, je soulève mon vélo sur mon épaule – une blessure commence à poindre à l’endroit où je le porte – et je descends dans ce qui fut sans doute un ancien lit de rivière, où l’eau n’est plus qu’un souvenir. J’appelle Will, le coureur qui m’a suivi, en plaisantant sur l’installation d’un relais. Malgré l’impossibilité apparente, je sais que c’est faisable : je me hisse, équilibre le vélo sur mon dos et grimpe la pente raide. Au sommet, je prends quelques photos de Will avant de repartir.

Nous répétons cette manœuvre quatre fois de plus pour franchir ce segment oublié, qui a occupé tout mon après‑midi.

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Coucher de soleil et première nuit

Un coucher de soleil rosé m’accueille au sommet. La terre sèche, hostile quelques heures plus tôt, se pare d’une lueur chaleureuse alors que le ciel se rafraîchit. Après quatre jours de ride sous un soleil implacable, le corps réclame du repos. Je roule doucement le long de la piste sinueuse, profitant de la vue avant que la nuit n’enveloppe le paysage. Ma lampe frontale n’éclaire que quelques mètres ; ce sera tout ce que je verrai de l’Atlas pendant les dix prochaines heures.

En retard sur le timing, j’atteins le bas de la descente qui mène au prochain point de ravitaillement. Une gorgée d’eau de ma bouteille poussiéreuse me redonne un peu d’énergie. Pour rester concentrée, je n’avais pas touché mon téléphone, mais sous le ciel étoilé je décide d’y jeter un œil. Peu de femmes participent à la course, et les récits d’incidents varient de gênants à terrifiants. Tous les vélos sont équipés de traceurs SPOT, ce qui me permet de vérifier où se trouvent les coureurs masculins. Un groupe semble encore dans un café ; je dois donc descendre avant leur départ.

Un message m’avertit du danger : le sentier est étroit, bordé d’un précipice, et je n’ai pas le choix. Je règle ma lampe au maximum, serre les leviers de frein et lance la descente nocturne. Une omelette berbère et la compagnie des autres concurrents m’attendent au village.

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Descente périlleuse dans l’obscurité

Le sentier s’enfonce brutalement le long du flanc de la montagne. De grosses roches projettent la roue avant au bord du précipice. Je ne vois pas la profondeur, mais les lumières d’Issafen, au fond de la vallée, me rappellent que toute erreur serait fatale. Les mains crispées sur les freins, je me penche en arrière, glissant sur le gravier lâche, guidée par le mince faisceau de ma lampe.

Arrivée enfin sur l’asphalte, je respire un soupir de soulagement et rejoins les coureurs qui dînent au village. Après un repas, je charge le vélo de provisions et repars dans la nuit.

Le ciel de l’Atlas

Les nuits intérieures du Maroc offrent l’un des ciels les plus purs du monde : aucune lumière artificielle, aucune nuage, seulement les étoiles, la Voie lactée et la lune brillante. Je pédale sous ce voile céleste, levant parfois les yeux pour admirer la voûte scintillante. Vers minuit, épuisée, je me glisse derrière un rocher, espérant ne pas être dérangée par les phares des autres, et m’assoupis pendant deux heures.

Ce cycle – deux à trois heures de sommeil sous les étoiles, ride jusqu’au lever, recherche d’eau, ride jusqu’à l’épuisement, puis à nouveau sous le ciel nocturne – se répète pendant six jours, trois heures et treize minutes. Et les omelettes berbères, toujours présentes, assurent le carburant nécessaire.


Notes de voyage
  • Photo d’une route sinueuse et longue en Italie

    Cette image capture une route sinueuse traversant le paysage italien, prise en novembre 2021.Route sinueuse en Italie, prise en novembre 2021.

  • Vallée de montagne verdoyante et route blanche sinueuse

    Scène époustouflanteUne vallée de montagne impressionnante sétend, traversée par une route blanche immaculée qui serpente entre des arbres luxuriants.

  • Dîner à Milton et Park Road

    Après avoir été l’un des premiers quartiers à connaître une revitalisation urbaine, Milton – et plus particulièrement Park Road – est devenu le petit coin européen de Brisbane. On y trouve une myriade de restaurants, cafés, bars et boutiques, ainsi que la fameuse tour Eiffel de la ville. Café et brunch, ça vous tente ? Commencez votre matinée dans le garage couvert de vigne du Bunker, où l’on sert l’un des meilleurs cafés de Brisbane. Si vous préférez éviter la caféine, laissez‑vous tenter par l