Día de Muertos : une célébration Carpe Diem
Perdre un être cher est toujours douloureux, mais la fête mexicaine Día de Muertos nous permet de nous sentir plus proches des défunts. Pour Helena Madrid, stagiaire chez Fathom et Mexicaine d'origine, le décès de son grand‑père a ravivé son désir de participer à cette magnifique tradition.
Cette année a été parmi les meilleures de ma vie : j’ai déménagé à New York, décroché un stage dans un site de voyages tendance et découvert ce que je veux réellement accomplir. Mais elle a aussi été l’une des plus difficiles : j’ai perdu mon grand‑père, qui était pour moi comme un père, intensifiant mon sentiment déjà très réel de solitude. C’était un homme fort, sage et aimant, prêt à sacrifier ses désirs pour aider les autres. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un d’aussi déterminé à provoquer le changement, à éveiller les consciences et à lutter contre l’injustice. Il était un révolutionnaire – je ne trouve pas de mot plus juste.
Mon grand‑père s’est engagé très tôt dans les mouvements sociaux, fondant la Grande Loge Maçonnique des Émancipateurs de Puebla Benito Juárez, où il a exercé les fonctions de Grand Maître. Il aimait le Mexique ; il est né le jour du Drapeau mexicain et, de façon symbolique, il est mort le Cinco de Mayo.
J’ai grandi à Puebla (à deux heures de route de Mexico), où les traditions mexicaines se vivent encore sans la contamination culturelle d’Halloween. Le Día de Muertos est le syncrétisme des traditions espagnoles et indigènes, un festival extrêmement coloré et doux‑amer où l’on honore la mémoire des morts, célèbre leurs vies et s’émouvant de leurs esprits. La fête s’étend sur une semaine à la fin d’octobre/début novembre : on dresse un autel, on visite et décore les pierres tombales des proches, et on admire les autels publics, les décorations et les costumes (vous avez sûrement vu des gens déguisés en La Catrina, la déesse de la mort). On écrit des calaveritas literarias, des poèmes satiriques qui, typiquement, critiquent l’ordre oppresseur – les Mexicains ont un talent particulier pour rendre tout politique.
J’ai toujours aimé cette fête. C’était l’occasion de passer du temps avec ma grand‑mère et mes cousins, cueillir des fleurs, préparer les plats favoris en l’honneur de nos défunts, décorer les autels, le tout dans une ambiance chaleureuse. Ma grand‑mère, comme beaucoup d’abuelas, était passionnée par le Día de Muertos. Femme forte et débrouillarde, elle ressentait toujours la perte de ses proches. Elle menait les célébrations familiales, mais après son décès, je me suis installée à Monterrey, interrompant ma participation au rituel annuel.
La culture mexicaine nous enseigne à ne pas fuir la mort, mais à accepter l’inévitabilité de la fin. Cette fête nous invite à célébrer une vie bien vécue – un véritable « carpe diem ». Nous ne refusons pas le deuil, mais nous l’abordons avec humour et célébration, comme si chaque jour où nous sommes vivants était une victoire sur la mort.
Mes parents ont divorcé quand j’étais bébé, et c’est mon grand‑père qui assistait à mes concerts scolaires et me réprimandait quand je me comportais mal. Je le voyais et lui parlais presque quotidiennement. Il était d’une intelligence exceptionnelle et toujours ouvert à la conversation. Il m’a transmis curiosité, passion et sacrifice – vivre par l’exemple, répondre aux ennemis par le travail et la gentillesse. Il n’était pas parfait, mais même ceux qui n’étaient pas d’accord avec ses opinions lui accordaient du respect.
Sa perte m’a brisé le cœur, d’autant plus que j’étais loin et que je n’ai pu assister à ses funérailles. Sa mort a toutefois clarifié certaines choses pour moi. Je ressens une responsabilité de réussir à New York pour honorer sa mémoire, comme si je lui devais cela. Les jours où je me sens engourdie, je recherche les traditions mexicaines pour me sentir plus proche de lui. Je ne pourrai pas être au Mexique pour le Día de Muertos cette année, et c’est acceptable. J’ai encore du mal à accepter la perte de mon grand‑père, mais je vais installer une version simplifiée de mon autel à New York.
Ce jour de souvenir est aussi un moment de réflexion. Peut‑être que je n’aurai pas la vie que j’imaginais, mais je peux avoir une existence qui compte et inspire les autres. Je continuerai à vivre avec passion, en gardant en mémoire ceux dont les souvenirs remplissent mon cœur d’une magie presque palpable.
En attendant, je vous encourage à découvrir cette fête, à affronter vos propres pertes, à consacrer une journée aux souvenirs joyeux et, surtout, à vous permettre de ressentir.




